Lyon : La maison Au Tambour ! tend la main aux femmes de la rue ou précaires

REPORTAGE Ouverte depuis juillet, Au Tambour ! est le premier lieu non mixte de la métropole de Lyon dédié au bien-être des femmes victimes de précarité, de violences ou d’isolement

Caroline Girardon
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L'association Au Tambour accueille à Lyon des femmes en grande précarité, comme ici Amira, pour leur offrir des vêtements, des soins, une douche ou un peu de temps libre.
L'association Au Tambour accueille à Lyon des femmes en grande précarité, comme ici Amira, pour leur offrir des vêtements, des soins, une douche ou un peu de temps libre. — C. Girardon / 20 Minutes
  • La maison Au Tambour ! a ouvert ses portes le 1er juillet dans le 6e arrondissement de Lyon.
  • Il s’agit du premier lieu non-mixte dédié aux bien-être des femmes vivant dans la rue, victimes de violences ou d’isolement.
  • Ces deux derniers mois, la fréquentation des lieux a triplé. Les femmes y viennent avant tout pour prendre une douche et changer de vêtements.

Dans les tiroirs des commodes, les vêtements sont soigneusement triés par taille. Les chaussettes, d’un côté, les culottes de l’autre. Les manteaux, eux, sont alignés sur des cintres. Et les pulls rangés sur des étagères. Dans le couloir, menant au « dressing », des boîtes s’entassent. Chacune regorge de protections périodiques, dentifrice, crèmes de jour, gel douche ou tout autre produit d’hygiène. Ouverte dans le 6e arrondissement de Lyon depuis le 1er juillet avec l’aide de la Fondation Abbé Pierre, la maison Au Tambour !, ne désemplit pas. Il s’agit du premier lieu non mixte de la métropole dédié au bien-être des femmes victimes de précarité, de violences ou d’isolement.

« Sur la période juillet-décembre, nous avons accueilli 84 femmes différentes et enregistré 444 passages dans nos locaux. Depuis le début de l’année, environ 60 femmes sont venues pour 300 passages », expose en préambule Lucille Marcelin, coprésidente de l’association. Et de constater : « Ces deux derniers mois, les chiffres de fréquentation ont triplé voire quadruplé. Cela prouve que le besoin est réel. »

« L’accès à l’hygiène est généralement la porte d’entrée »

En France, on estime à 5 millions le nombre de femmes vivant en dessous du seuil de pauvreté. « Les femmes précaires, qui vivent dans la rue sont bien moins visibles que les hommes pourtant elles représentent 40 % des SDF en France », appuie Anne Kahlhoven, fondatrice du projet et directrice des lieux. Ici, toutes sont acceptées quel que soit leur parcours, qu’elles dorment sous un pont ou dans un squat, qu’elles vivent du RSA ou d’une toute petite retraite. A deux conditions toutefois : être majeures et non accompagnées d’enfants.

La maison Au Tambour ! reçoit majoritairement des femmes francophones, âgées de 30 à 70 ans. « Cet endroit est fait pour boire un café, pour être en sécurité. On y fait également du dépannage vestimentaire mais beaucoup viennent, avant tout, pour prendre une douche et avoir des protections périodiques, révèle Anne Kahlhoven. L’accès à l’hygiène est généralement la porte d’entrée, la raison de venir ici. C’est aussi la première marche à franchir pour retrouver de la dignité et l’estime de soi. » Aucun détail n’a été oublié. Les cabines de douche ont été conçues pour que chacune se sente « comme à la maison ».

Quant aux sessions d’habillage, elles sont pensées comme des « séquences de shopping ». « Ce sont souvent dans ces moments-là que les femmes se livrent sur leurs parcours », explique Charline Rico, trésorière. Et d’ajouter : « Nous recevons beaucoup de vêtements et de produits qu’il nous faut trier. C’est super mais nous avons besoin de produits d’hygiène neufs, non ouverts. Ce n’est pas parce que les femmes sont en situation de précarité qu’elles doivent utiliser des gels douche déjà entamés ou des crèmes périmées. C’est une question de décence. » Idem pour les vêtements.

« C’est important d’être bien habillée, ça change le regard des gens »

Amira ne dira pas le contraire. Chapeau vissé sur la tête et visage soigneusement maquillé, cette dame de 61 ans vient de pousser la porte de la maison avec son caddie. Elle vient ici tous les quinze jours depuis deux mois et demi. « C’est le seul endroit où on écoute réellement les gens. J’ai fréquenté plusieurs centres, notamment à Perrache, mais ce n’était jamais pareil. Là, on vous donne des vêtements propres et croyez-moi, ça fait la différence car recevoir des habits sales ou abîmés peut être blessant », relate la sexagénaire qui tient à être élégante en toutes circonstances. « C’est important d’être belle et bien habillée, ça permet de changer le regard des gens. Ils ne voient pas que vous êtes pauvres. »

Le jour où nous l’avons rencontrée, Amira s’était inscrite à un atelier théâtre pour apprendre à parler en public et se préparer à d’éventuels entretiens pouvant lui permettre de trouver un petit boulot. En plus des permanences l’après-midi, Au Tambour ! propose, trois matinées par semaine, des séances de théâtre, yoga et des rendez-vous esthétiques (pose de vernis, soin du visage, soin du corps, manucure et pédicure mais aussi épilation).