Gironde : « Les périurbains demandent qu’on leur foute la paix sur leur façon de vivre ! »

ETUDE L’agence d’urbanisme Bordeaux Aquitaine a mené une étude sur le périurbain en Gironde, démontant quelques clichés sur ce territoire souvent stigmatisé

Mickaël Bosredon
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Illustration maison individuelle
Illustration maison individuelle — GILE Michel/SIPA
  • Il vaudrait mieux appeler les périurbains « des ruraux, ou des "rurbains", cela leur irait beaucoup mieux » explique la géographe Cécile Rasselet.
  • Le périurbain est un choix : seuls 18 % des habitants déclarent avoir emménagé dans leur logement par contrainte.
  • En revanche, la voiture est effectivement reine, puisque plus de 50 % des interrogés disent l’utiliser tous les jours ou presque.

« Sortir des idées reçues »… L’A’Urba, l’agence d’urbanisme de Bordeaux Aquitaine, s’est penchée sur le  périurbain, ce territoire aux portes des villes, mais pas totalement à la campagne. Une enquête a ainsi été publiée sur le mode de vie de 1.600 personnes en Gironde, pendant un an. Il en ressort que la voiture est bel et bien le mode de déplacement privilégié, et que le pavillon avec jardin est représentatif de l’habitat du territoire, en revanche, les habitants disent majoritairement avoir choisi le périurbain, et ne pas avoir emménagé par contrainte.

L’Insee considère 230 communes comme périurbaines en Gironde, « nous, on estime que presque tout le département peut être englobé dans le périurbain, soit 510 communes » explique Cécile Rasselet, urbaniste géographe, et directrice d’équipe. Seule la bande littorale et les communes les plus centrales comme Bordeaux, c’est-à-dire celles qui sont le plus « drainées » par les transports en commun et proposant une alternative à la voiture, ont ainsi été sorties de l’étude. « Cela nous fait quand même potentiellement un million d’habitants avec un mode de vie périurbain. » 20 Minutes revient sur cinq clichés caractérisant souvent le périurbain et qui, même quand ils sont vrais, méritent d’être analysés.

On habite le périurbain car on n’a pas les moyens d’habiter en ville

Faux. Seuls 18 % des périurbains déclarent avoir emménagé dans leur logement par contrainte. Les motivations sont nombreuses : la tranquillité, la sécurité, la convivialité, l’accession à la propriété… « Les mouvements pavillonnaires datent des années 1960, aujourd’hui nous sommes sur la deuxième voire la troisième génération de périurbains, explique Cécile Rasselet. C’est un mode de vie acquis, et certains ont toujours été là, il y a une part d’héritage. Certains sont partis en ville à un moment de leur vie, pour faire des études ou au début de leur vie professionnelle, mais reviennent aux sources. Tout le monde n’a pas envie de densité, et il n’y a pas que le problème de l’écart de prix entre la ville centre et les territoires plus excentrés, pour expliquer le choix du périurbain. Les parcours résidentiels sont plus complexes que cela, la majorité des gens sont là parce qu’ils l’ont choisi. Et en gros, ils demandent qu’on leur foute la paix sur leur façon de vivre ! »

Le périurbain n’est qu’un « dégradé de l’urbain »

Faux. « Quand on interroge les personnes, elles se revendiquent plus de la campagne que du périurbain, explique Cécile Rasselet. C’est même un mot qui ne leur va pas, elles ne se considèrent pas à la "périphérie" des choses, elles ont fait le choix d’un cadre de vie plus nature, elles assument d’être à la campagne. » La majorité des enquêtés ne connaissait même pas le terme périurbain… « Il vaudrait donc mieux cesser de les appeler des périurbains, mais des ruraux, ou des "rurbains", cela leur irait beaucoup mieux. »

Le règne de la voiture

Vrai. « Etre périurbain en Gironde c’est être un automobiliste » tranche l’étude. Et pour cause : plus de 50 % des interrogés disent utiliser la voiture tous les jours ou presque, et son utilisation augmente à mesure que l’on s’éloigne du centre-ville. « Ils se déplacent beaucoup en voiture, c’est évident, confirme Cécile Rasselet. Les distances dans ces territoires n’ont rien à voir avec celles des centres-villes, et il n’y a pas beaucoup d’alternatives à la voiture. Ce n’est pas qu’une histoire de transports en commun d’ailleurs : les trottoirs ne sont pas toujours aménagés, il n’y a pas toujours de pistes cyclables… Il y a une question très importante sur laquelle il va falloir se pencher, c’est celle de l’accompagnement des enfants à l’école. Comment faire en sorte que les enfants aillent davantage à l’école à pied, alors qu’aujourd’hui la plupart du temps on les dépose en voiture avant d’aller au travail, ce qui génère des nappes de parking, qui sont vides en dehors des heures d’entrée et de sortie des écoles… Mais c’est très difficile de structurer tout cela puisqu’il y a peu de densité. »

Le modèle du pavillon avec jardin

Vrai. La majorité des interrogés déclarent en effet vivre en maison individuelle, corroborant les données de l’Insee qui confirment que ce type d’habitat est représentatif du périurbain. Toutefois, bien qu’elle soit minoritaire, la part des appartements a tendance à augmenter à mesure que l’on se rapproche de la ville centre. « Les périurbains sont attachés à leur intimité, analyse Cécile Rasselet, et la maison avec jardin est une sorte de refuge. Mais au fond, c’est un peu ce que tout le monde recherche. Dans le cadre de notre étude, ce qui nous importe essentiellement, c’est comment améliorer le vivre ensemble dans le périurbain, pour cela il faudra travailler l’espace public, réfléchir ensemble à ces campagnes urbaines car tout cela manque d’organisation collective. »

L’attirance pour les centres commerciaux

Vrai et faux. « Tout le monde n’a pas envie d’aller faire ses courses au centre-ville de Bordeaux, et certains préfèrent le centre commercial » confirme Cécile Rasselet. Selon l’étude, 25 % des habitants disent se rendre moins d’une fois par mois à Bordeaux, 11 % ne s’y rendent jamais. « Mais il est vrai qu’on ne s’est jamais posé la question de l’intégration de ces espaces privés que sont les centres commerciaux. Il faudrait améliorer les relations entre toutes ces polarités. »