Coronavirus en Bretagne : Un allégement des restrictions dans la région ? « Il faut l’envisager », estime un épidémiologiste

EPIDEMIE La région est la moins touchée par l’épidémie de Covid-19 et voit sa pression hospitalière baisser

Camille Allain

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La petite commune voisine de Tregastel, non loin de Ploumanac'h dans les Côtes d'Armor.
La petite commune voisine de Tregastel, non loin de Ploumanac'h dans les Côtes d'Armor. — F. Kovacs
  • En Bretagne, des élus réclament un allégement des mesures sanitaires imposées par l’Etat français pour lutter contre l’épidémie de Covid-19.
  • Le taux d’incidence y est plus bas que partout ailleurs et la pression hospitalière diminue.
  • Selon un médecin, un allégement progressif pourrait être envisagé même si la réouverture des bars et restaurants devra sans doute attendre.

Les voix se font de plus en plus nombreuses. En Bretagne, des élus locaux commencent à faire entendre leur lassitude face aux mesures contraignantes imposées par l’État pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. Il faut dire que la région est de loin la moins touchée par le Covid-19. Vendredi, le taux d’incidence régional était de 108 cas pour 100.000 habitants. Soit deux fois moins que la moyenne nationale et presque six fois moins que dans les Alpes-Maritimes.

Alors que certains territoires très touchés font l’objet d’un durcissement des mesures, la Bretagne souhaiterait à l’inverse qu’on allège son protocole. « Je me réjouis qu’on puisse enfin renouer avec des mesures locales, ciblées. En revanche, je ne comprends pas que cette territorialisation ne puisse pas s’effectuer dans le sens d’un allégement des mesures, qui restent très lourdes et difficiles à supporter », a lancé le député du Morbihan Paul Molac lors des dernières questions au gouvernement.

Dans son département, il n’est pas le seul à penser de la sorte. A Plœmeur, charmante commune de 17.000 habitants jouxtant Lorient, le maire plaide pour un allégement progressif des contraintes. « On a la possibilité d’expérimenter, de fixer des règles. Pourquoi ne pas imposer un seuil qui permettrait de rouvrir progressivement les musées, les salles de spectacle, de reprendre le sport ? Quand je regarde les chiffres, j’ai l’impression que la situation le permettrait. Si ce n’était pas le cas, je ne l’envisagerais pas », explique Ronan Loas.

« Il ne faut pas négliger le risque et ne pas faire n’importe quoi »

Serait-il possible d’alléger le protocole en Bretagne, mais aussi dans les Pays-de-la-Loire ou en Nouvelle-Aquitaine, où le virus circule moins ? 20 Minutes a posé la question au professeur Pierre Tattevin, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Rennes. « C’est légitime de s’interroger et je comprends ces élus. On voit que le gouvernement a une riposte graduée dans les territoires les plus affectés. Cela paraîtrait assez logique d’avoir la même réflexion dans des territoires moins touchés », estime le professeur. Pour lui, ce déconfinement progressif, « il faut l’envisager ».

Illustration d'une terrasse d'un café, ici place Saint-Michel, à Rennes.
Illustration d'une terrasse d'un café, ici place Saint-Michel, à Rennes. - C. Allain / 20 Minutes

S’il se permet d’être aussi affirmatif, c’est que le médecin a une très bonne connaissance de la pression hospitalière dans la région. « Au CHU de Rennes, nous avons eu jusqu’à 140 personnes en réanimation. Nous sommes actuellement à 110 donc il reste une grosse charge de travail. Mais la vaccination fonctionne très bien et nous voyons que le nombre de personnes âgées prises en charge tend à diminuer ».

La Bretagne serait donc prête à rouvrir ses nombreux cafés et restaurants ? Pas si vite… « Il ne faut pas négliger le risque et ne pas faire n’importe quoi. Les études montrent que les bars et restaurants sont des lieux de contamination car nous n’y portons pas de masques. Je pense qu’il faudra attendre encore un peu. Mais pourquoi ne pas rouvrir les cinémas, autoriser le sport en plein air… Ce ne serait pas fou », estime le professeur Tattevin.

Imaginez que le Finistère affiche un taux d’incidence proche des 50 cas pour 100.000 habitants. Un chiffre que les Alpes-Maritimes ont atteint pour la dernière fois au cœur du mois d’août, avant que l’épidémie ne reparte à la hausse et flambe à Nice et autour. Pendant ce temps, les territoires bretons ne comptent qu’une poignée de nouveaux cas chaque jour. « On voit qu’on a de plus en plus de mal à faire accepter certaines mesures. Avec les jours qui rallongent et le beau temps, c’est délicat de faire appliquer un couvre-feu à 18 h dans des territoires où il n’y a presque aucun cas positif », estime le maire divers droite Ronan Loas, qui espère que le couvre-feu sera a minima décalé à 20 h. « Je mesure la lassitude et l’exaspération des personnes qui peinent à s’adapter à des mesures strictes, d’autant plus lorsqu’ils demeurent dans une zone où la propagation du virus est maîtrisée », embraye le député régionaliste Paul Molac.

Au premier déconfinement, « c’était la bamboche partout »

Si la Bretagne s’avance comme volontaire pour « expérimenter » un retour progressif à la normalité, doit-elle craindre un afflux massif de visiteurs ? L’hypothèse est vite balayée. « Ce ne serait pas forcément une bonne idée d’avoir un afflux soudain d’habitants de territoires très touchés par le virus. On le sait, le brassage peut accélérer la circulation. Mais ce n’est pas la provenance qui fait le risque, c’est le comportement », estime le professeur Tattevin.

Les élus locaux n’en pensent pas moins. « De toute façon, les gens se voient, se regroupent et on ne peut pas leur interdire. On l’a vu à Dunkerque où les contaminations ont explosé après le carnaval. Il faut assouplir mais le faire dans un cadre », estime Ronan Loas. Le maire de Plœmeur se souvient notamment du premier déconfinement, où la population avait soudainement retrouvé une vie « normale », au mépris de certaines règles de distanciation. « C’était la bamboche partout ». En Bretagne, l’allégement pourrait même être territorialisé pour coller au mieux à la réalité de l’épidémie. Chacun comprendra facilement que rouvrir les bars du Conquet n’aurait pas les mêmes conséquences que de rouvrir les bistrots à Rennes.