Accusations d’islamophobie à Sciences po : « Des tentatives de pression et d’intimidation » selon Frédérique Vidal

GRENOBLE Ce dimanche, plusieurs personnalités politiques ont réagi à la polémique qui touche Sciences po Grenoble, où deux professeurs sont accusés d’islamophobie par une association étudiante

E.F. avec AFP

— 

Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, le 23 février 2021.
Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, le 23 février 2021. — AFP
  • Depuis plusieurs semaines, le campus de l’IEP de Grenoble est en proie à une série de polémiques après des accusations d’islamophobie visant deux enseignants.
  • Ces professeurs ont vu leurs noms placardés sur les murs de Sciences politiques jeudi.
  • Une enquête a été ordonnée par le parquet de Grenoble à la suite de cette action et ce dimanche, plusieurs personnalités politiques ont réagi à cette affaire, à commencer par la ministre Frédérique Vidal.

La polémique, qui anime depuis des semaines le campus de Sciences Po à Grenoble (Isère), entraîne des réactions en chaîne ce dimanche. La ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal a condamné « fermement », dans un communiqué, les accusations d’islamophobie contre deux professeurs de Sciences Po Grenoble, dénonçant des « tentatives de pression et d’intimidation » qui feront l’objet d’une enquête de l’inspection générale de l’éducation.

Une mission de l’inspection générale de l’Education bientôt diligentée

Une enquête pour « injure publique » et « dégradation » a été ouverte par le parquet de Grenoble après un collage d’affiches jeudi à l’entrée de l’Institut d’études politiques (IEP), sur lesquelles on pouvait lire : « Des fascistes dans nos amphis. L’islamophobie tue », avec les noms de deux professeurs.

La ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation « condamne fermement ces faits et dénonce ces tentatives de pression et d’intimidation qui viennent troubler les missions de l’établissement », a-t-elle fait savoir ce dimanche. « En complément de l’enquête judiciaire », le ministère « prendra toute sa part afin d’apporter soutien à la direction de l’IEP de Grenoble et protection à ses agents », a-t-elle ajouté, soulignant que « les menaces, les injures et les pressions n’ont pas leur place dans l’enseignement supérieur ».

Frédérique Vidal « diligentera dans les meilleurs délais une mission de l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche afin d’établir les responsabilités de chacun et de contribuer à rétablir la sérénité au sein de cet établissement », a-t-elle complété.

Du « terrorisme intellectuel » selon Valérie Pécresse

Un peu plus tôt dans la journée, plusieurs responsables de la droite et de l’extrême droite se sont émus des accusations d’islamophobie visant un professeur d’allemand et un enseignant en sciences politiques de l’IEP. Des accusations qualifiées de « terrorisme intellectuel » par Valérie Pécresse, candidate potentielle de la droite pour 2022.

« Quand on jette en pâture des enseignants et qu’on les accuse sans aucune preuve, en leur mettant quasiment une cible dans leur dos, je considère que c’est du terrorisme intellectuel », a fustigé Valérie Pécresse (ex-LR, Libres !), présidente de la région Ile-de-France, sur BFMTV. « C’est un appel à délation qui a été fait. Il faut que l’université porte plainte contre ces étudiants », insiste Mme Pécresse qui assure que « ça vient d’un syndicat étudiant, l’UNEF, qui est en pleine dérive, en plein naufrage ». « Je n’oublie pas ce qui est arrivé à Samuel Paty », professeur assassiné en octobre par un jeune radicalisé, ajoute encore la présidente de l’Ile-de-France qui estime que « l’islamo-gauchisme est une réalité à l’université ».

« Ce sont ces méthodes qui sont fascistes. Après la décapitation d’un de nos enseignants, après les menaces qui pèsent sur trop d’entre eux, l’UNEF met donc sciemment en danger deux enseignants. C’est quoi la prochaine étape ? », s’interroge pour sa part dans un tweet la députée LREM Aurore Bergé, issue de la droite.

La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a dénoncé « une affaire sordide » qui démontre, selon elle, « toute la réalité d’un islamogauchisme répugnant, sectaire et sans limite ». « Une partie de la gauche a sombré dans ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme », a abondé son lieutenant Jordan Bardella dimanche sur France Inter.

L’Unef s’explique

De son côté, l’Unef Grenoble a déclaré : « des propos que nous considérons islamophobes, racistes et réactionnaires ont été tenus par des enseignants. Et qu’il est de notre devoir de les dénoncer ». Le syndicat explique dans un communiqué avoir relayé la semaine passée, sans être à l’initiative de cette action, les photos des affiches collées jeudi sur le campus, accusant nommément les professeurs, puis avoir retiré cette publication.

« Nous avons entendu l’émoi suscité chez eux et au-delà et nous ne voulions pas ajouter de la confusion à notre refus du racisme contre les musulmans suite à la campagne générée par la droite et l’extrême-droite. Nous avons donc retiré cette photo, mais nous ne retirons pas notre condamnation aux propos islamophobes et à la discrimination face aux études pour appartenance syndicale », martèle le syndicat.