Lille : « Depuis le confinement, je ne traite quasiment que de l’adultère », confie un détective privé

EN TOUTE DISCRETION Détective privé est un métier en pleine expansion en France. A mille kilomètres de l’image véhiculée par les polars et le cinéma américain, les directeurs d’enquête investiguent dans un cadre très réglementé pour des missions allant de l’adultère à la fraude en entreprise

Mikaël Libert

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Jonathan Carpentier, en planque dans sa voiture.
Jonathan Carpentier, en planque dans sa voiture. — E3P
  • Le métier de détective privé se démocratise en France. Rien que sur la métropole lilloise, ils sont une dizaine.
  • Jonathan Carpentier est l’un d’eux. Installé depuis trois ans à Lezennes, près de Lille.
  • Depuis la fin du premier confinement, il ne traite quasiment plus que des affaires d’adultère.

Davantage fantasmée que véritablement connue, la profession de détective privé relève finalement moins du boulot de rêve que du sacerdoce tant son exercice est laborieux. Pour autant, ils sont de plus en plus nombreux à tenter leur chance et la concurrence commence à se faire sentir, y compris en métropole lilloise, où ils sont une dizaine. Relativement limitées par le droit, les missions des directeurs d’enquêtes sont généralement équitablement réparties entre investigations économiques et recherches privées. La crise du coronavirus a d’ailleurs fait exploser les demandes pour cette seconde catégorie.

Cela fait maintenant trois ans que Jonathan Carpentier a monté E3P, son agence d’enquêtes privées à Lezennes, près de Lille. A 29 ans, le détective parle facilement de son métier mais rechigne à montrer son visage, « discrétion oblige ». Et pour faire ce boulot, dont il rêve depuis ses 14 ans, Jonathan a dû suivre une formation rigoureuse : « Il y a une quinzaine d’années, il suffisait de s’inscrire en préfecture. Aujourd’hui, il faut obtenir une licence de droit option recherches privées et être ensuite agréé par le  Conseil national des activités privées de sécurité », explique-t-il.

« Je ne traite quasiment que de l’adultère depuis le confinement »

Depuis qu’il s’est installé, le directeur d’enquête traite quasiment à parts égales des dossiers professionnels et privés : « Pour les entreprises, c’est beaucoup de la surveillance d’arrêts maladie abusifs, de vols ou de la concurrence déloyale. Pour les clients privés, ce sont essentiellement des recherches pour des soupçons d’adultère », détaille le détective. Mais cette proportion a été largement bouleversée avec l’arrivée de la crise sanitaire du coronavirus.

« Le confinement a changé beaucoup de choses. On n’a quasiment plus que de l’adultère et des recherches de personnes », constate Jonathan Carpentier. Les demandes qu’il traite lui permettent de constater que le confinement a fait « exploser pas mal de couples » : « Le fait d’être restés trop l’un sur l’autre, la découverte de choses bizarres sur le portable de monsieur ou de madame… Je n’ai fait que ça entre les deux confinements », assure le détective. Mais attention, il ne fait pas tout et surtout pas n’importe quoi. « Pour surveiller quelqu’un, il doit exister un contrat entre le demandeur et cette personne, que ce soit un mariage ou un contrat de travail. On ne peut pas me demander de suivre sa petite copine ou son petit copain », insiste-t-il

Pour changer de ses dossiers vaudevillesques, Jonathan Carpentier enquête actuellement sur une affaire plus sombre : « J’ai été engagé par un avocat pour rechercher les antécédents d’un homme soupçonné d’attouchements sur mineure. Cela devrait permettre d’étayer une plainte qui sera déposée devant le procureur », déclare-t-il de manière volontairement vague. Un dossier que l’on pourrait donc rapidement retrouver dans les colonnes de 20 Minutes.