Haute-Garonne : Mais qui sont ces « pros » qui volent les ruches à grande échelle ?

PIQUES AU VIF Après une série de vols de ruches près de Toulouse, les apiculteurs d’Occitanie voient rouge et alertent sur cette nouvelle délinquance très lucrative

Hélène Ménal

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Des abeilles sur leur ruche. Illustration.
Des abeilles sur leur ruche. Illustration. — Harald Matern - PixaBay
  • En quelques jours, 157 ruches ont été volées en Occitanie, essentiellement en Haute-Garonne.
  • Les apiculteurs soupçonnent des spécialistes alors que la raréfaction des abeilles fait flamber le prix des colonies.
  • Denis Sapène, une des victimes, a vu s’envoler cinquante de ses ruches et estime le préjudice à 10.000 euros.

« En quarante ans de métier, je n’ai jamais vu ça ! Il ne restait plus que les socles. » Denis Sapène, apiculteur professionnel au nord-ouest de Toulouse, a presque dû se pincer : ses ruches, cinquante en tout installées dans deux prés différents de Thil et du Grès, se sont envolées en l’espace d’un week-end, « entre vendredi soir et dimanche dernier ».

L’ampleur du vol est telle, qu’il ne peut pas s’agir d’un larcin d’opportunité. « Il faut venir avec un camion, la nuit pour ne pas perdre des butineuses, et charger les caisses », énumère la victime. Bref, il faut avoir préparé son coup. Et maîtriser les techniques apicoles, voire être carrément spécialisé dans la razzia de ruchers. D’autant que Denis Sapène n’a pas été le seul visé. « En l’espace de quelques jours, cinq vols de ruches ont été commis en Haute-Garonne, et un autre dans le Gard […] Au total les(s) voleur(s) a (ont) dérobé 157 ruches prêtes à produire du miel à quatre apiculteurs », alerte Olivier Fernandez, le président du Syndicat des apiculteurs d’Occitanie.

Un prix des essaims qui grimpe et allèche

Les spécialistes ne sont pas très étonnés : « Ces dernières années, la dégradation de l’environnement de l’abeille engendre des taux de mortalité dépassant les 35 % en France. De ce fait le prix des essaims, avant qu’ils ne produisent, augmente », explique le syndicat.

« A 200 euros la ruche, faites le compte, j’ai perdu 10.000 euros », calcule l’apiculteur de la vallée de la Save. Evidemment, vu qu’il n’avait jamais vu ça, il ne pense pas que ses ruches étaient assurées contre le vol. « Je vais devoir mettre les bouchées doubles pour reconstituer le cheptel, dit-il. J’approche de la retraite mais je n’ose pas imaginer la catastrophe si ça arrive à un jeune qui vient de s’installer ».

Une page Internet pour recenser les vols

Le phénomène est d’autant plus rageant que le syndicat des apiculteurs soupçonne les voleurs d’appartenir à leur communauté. « Ce sont désormais le plus souvent des apiculteurs malhonnêtes qui volent pour reconstituer leurs pertes hivernales ou pour la revente », souligne-t-il dans un communiqué.

Piquée au vif, l’organisation professionnelle a décidé d’être « intraitable ». Elle appelle les apiculteurs à redoubler de vigilance et à signaler sur son site les ruches volées. Elle s’est aussi adjoint les services d’un avocat pour accompagner les victimes dans leurs démarches et se constituera éventuellement partie civile dans les dossiers. Qui s’y frotte…