Lyon : « Adopter un budget genré, ce n’est pas peindre les murs de la ville en rose », selon Florence Delaunay, adjointe en charge des égalités

POLITIQUE La ville de Lyon doit faire adopter, le 25 mars, le premier « budget genré » de son histoire

Caroline Girardon

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La ville de Lyon doit faire adopter, le 25 mars, le premier budget genré de son histoire.
La ville de Lyon doit faire adopter, le 25 mars, le premier budget genré de son histoire. — SYSPEO/SIPA
  • La ville de Lyon fera adopter ce mois-ci le premier « budget sensible au genre » de son histoire sera la première grande ville de France à le faire.
  • Il s’agit d’analyser les dépenses et investissements de la ville afin de veiller à ce qu’ils profitent autant aux hommes qu’aux femmes.
  • Cette pratique, née en Australie, reste peu connue en France.

Malgré le contexte sanitaire, la ville de Lyon célébrera ce lundi la journée internationale des droits des femmes autour d’une thématique : la ville a-t-elle un genre ? La municipalité s’apprête d’ailleurs à faire voter, le 25 mars, le premier « budget genré » de son histoire. Ce qui serait une première en France. Si d’autres cités comme Brest, Bordeaux, Ivry-sur-Seine ou Grenoble ont adopté une approche genrée dans les secteurs de la culture, des loisirs ou du sport, aucune ne l’a encore fait dans son intégralité. Mais qu’entend-on par budget « genré » ? Qu’est-ce que cela changera concrètement ?

La pratique de la « budgétisation sensible au genre », née en 1984 en Australie et déjà appliquée en Islande, Vienne, Barcelone, ou encore Ixelles, permet d’analyser plus finement, dans chaque organisation, à qui profite réellement l’argent dépensé. Et s’il « favorise autant les femmes que les hommes », complète Florence Delaunay, adjointe à la mairie de Lyon en charge des droits et égalité.

«Il ne s'agit pas de couper des subventions»

La municipalité, qui prévoit d’y consacrer 700 millions d’euros, va procéder, dans un premier temps, à un état des lieux. « Nous allons examiner toutes les lignes du budget de la ville », poursuit l’élue. Les attributions de marché, les subventions accordées aux associations ou établissements culturels, les dépenses, les investissements, l’argent dédié à la formation et à l’éducation… Tout sera donc passé à la loupe afin de procéder à des ajustements, dans la mesure du possible.

« Il ne s’agit pas de dire qu’il y a trop d’hommes dans les piscines et demander aux établissements de faire le tri. Ni de couper les subventions à des associations qui accueilleraient trop de garçons, clarifie d’emblée Florence Delaunay. L’objectif est de trouver des solutions pour favoriser la mixité en modifiant, par exemple, les créneaux d’occupation des équipements sportifs ». Ou en mettant en avant des sportives de haut niveau afin de « lutter contre les stéréotypes de genre ».

Aménagement urbain «sous le prisme du genre»

La mairie a déjà fait savoir qu’elle entendait acheter 900 places de foot féminin au Groupama Stadium pour les redistribuer aux associations. Elle prévoit aussi de réaménager les cours de récréation dans les écoles afin de casser les schémas traditionnels. Et d'aménager les espaces publics «sous le prisme du genre».

« Cela ne veut pas dire peindre les murs en rose et mettre des marguerites dessus, sourit l'élue. Les aménagements genrés, ça ne se voit pas. C’est travailler sur les mobilités, le harcèlement, la présence dans l’espace public, l’utilisation des parcs et équipements sportifs ». Et de citer en exemple les espaces de « street work out », implantés sur les berges du Rhône et « majoritairement fréquentés par les hommes ».

« Très clairement, on ne va pas les détruire ni chasser ceux qui les utilisent mais cela nous amène à réfléchir. Aujourd’hui, on voit que beaucoup de choses sont cloisonnées. On a des jardins d’enfants, d’un côté, et 200 mètres plus loin, des espaces pour pratiquer du sport librement en plein air. Pourquoi ne pas concevoir des espaces publics qui mêleraient les deux. Ils pourraient convenir aussi bien aux enfants qu’à leurs parents », expose Florence Delaunay. Et de poursuivre : « Les changements passent parfois par de petites choses, comme l’éclairage public ou le mobilier urbain. Le fait de remplacer des bancs traditionnels de deux places par des bancs tout en longueur permet, par exemple, de trouver la distance nécessaire à chacun pour se sentir en sécurité ou tranquille ».

Trois expériences ont d’ailleurs déjà été menées pour faire en sorte que les femmes se sentent plus en sécurité. Elles feront l’objet d’une évaluation dans les quartiers de Moncey-Voltaire, Mermoz-Sud et sur le square des marronniers à la Duchère. D’autres projets de plus grande ampleur sont à venir. Des groupes de travail ont déjà commencé à réfléchir sur la façon de réaménager la place Gabriel-Péri dans le secteur de la Guillotière.