Nantes : Les livraisons à scooters dans le centre-ville piétonnier, c'est fini

RESTAURANTS La mairie décide d'interdire les scooters de livreurs dans les rues piétonnes. De plus en plus nombreux, ils sont jugés trop bruyants et trop dangereux

Frédéric Brenon

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Un livreur Deliveroo place Royale à Nantes.
Un livreur Deliveroo place Royale à Nantes. — F.Brenon/20Minutes
  • L’arrêté d’interdiction de la ville de Nantes prend effet le lundi 8 mars.
  • Il concerne la zone piétonne, laquelle concentre un grand nombre de restaurants.
  • La mesure va fortement compliquer le travail des jeunes livreurs travaillant pour Uber Eats ou Deliveroo.

Ce sera la première grande ville française à adopter un arrêté spécifique. Confrontée à la très forte hausse des livraisons à scooters depuis le début de la crise sanitaire, la mairie de Nantes a décidé d’en interdire la circulation dans les zones piétonnes à partir du lundi 8 mars. Concrètement, les livreurs scootéristes seront interdits sur le plateau piétonnier de 11h30 à 6h du matin, comme l’étaient déjà les camions de livraison. Seuls les scooters et véhicules électriques resteront tolérés. Objectif : réduire les nuisances sonores et les problèmes de sécurité routière.

« La livraison à domicile s’est énormément développée. Et les livreurs, pour faire face à la demande et tirer un revenu pas trop minable, puisqu’ils se font exploiter les pauvres, ont remplacé leurs vélos par des scooters beaucoup plus rapides et bruyants », justifie Pascal Bolo, adjoint au maire de Nantes. « On ne veut pas empêcher les Nantais de se faire livrer chez eux, poursuit l’élu socialiste. On ne veut pas non plus empêcher les restaurateurs de sauver ce qu’ils peuvent dans les circonstances actuelles, ni empêcher les livreurs de travailler. Ce qu’on veut, c’est réguler cette pratique qui en avait grand besoin. »

« On a relevé plus d’un scooter par minute ! »

Les livreurs autoentrepreneurs seraient plus de 500 sur Nantes. Leur activité se concentre principalement sur le transport de repas depuis les quartiers Bouffay, Commerce et Graslin. « Un midi ou un soir, les livraisons se comptent en milliers, c’est énorme », évalue Corinne Rotach. Avec son association Ras le Scoot, cette habitante du centre-ville effectue des comptages. « Place Royale, on a relevé plus d’un scooter par minute ! Pour les piétons c’est dangereux et pour les riverains c’est infernal. Surtout le soir, la ville s’apaise et le bruit résonne dans ces petites rues encaissées. » Bien que clients des plateformes de livraison (Uber Eats et Deliveroo principalement), les restaurateurs sont « bien conscients des problèmes », assure Olivier Dardé, président de l’association des commerçants du centre-ville. « Ça devenait n’importe quoi. Les voisins se plaignent beaucoup », raconte-il.

Désormais, les livreurs devront donc garer leurs scooters aux stations prévues à cet effet​ (une quarantaine autour du périmètre piéton). Et effectuer à pied, ou à vélo, la distance les séparant du restaurant. « On va de toute évidence leur compliquer la vie, reconnaît Pascal Bolo. Mais ils devront s’adapter à la règle. Je ne connais pas de profession qui n’ait pas de contraintes de règles à respecter. » Le mois de mars sera consacré à la « pédagogie et à l’information ». Ensuite, un contrevenant s’exposera à une amende de 135 euros.

Les stationnements seront-ils suffisants ?

Le porte-parole des commerçants craint que la mesure soit « un peu difficile à appliquer », surtout en ce qui concerne les stationnements. « Il faut que les emplacements soient suffisamment identifiés et pratiques. Sinon les livreurs laisseront leurs scooters dans les petites rues à proximité. Près du Mc Donald’s de Feydeau, où il y a parfois plus de 30 livreurs, ça risque d’être la foire d’empoigne par exemple. » Olivier Dardé s’inquiète aussi des conséquences pour les intéressés. « Ce sont encore ces jeunes aux conditions de travail extrêmement difficiles qui vont trinquer. Aucun n’aura les moyens de s’acheter un scooter électrique. »

Un livreur Deliveroo place Royale à Nantes.
Un livreur Deliveroo place Royale à Nantes. - F.Brenon/20Minutes

Hamari travaille pour Deliveroo depuis bientôt un an. Il explique qu’il est « trop difficile d’aller d’un quartier à un autre autrement qu’en scooter ». « Ceux qui sont à vélo ne vont pas assez vite. Si on doit attacher le scooter et marcher pour récupérer la commande, on sera en retard nous aussi et on gagnera moins d'argent. Je ne sais pas comment ça va se passer », s’interroge-t-il.

« Une grande inquiétude de la part des restaurants et des livreurs »

Sollicitée par 20 Minutes, la plateforme de livraison Uber Eats ne cache pas son mécontentement. Elle juge le moment mal choisi et reproche à la municipalité un manque de concertation. « L’arrêté pris par la ville de Nantes génère une grande inquiétude de la part des restaurants utilisant l’application, notamment la centaine d’entre eux situés dans la zone piétonne, et de la part de nombreux livreurs, réagit un porte-parole. Nous restons convaincus que seule une approche collaborative et ouverte permettra de construire une solution durable pour répondre aux attentes de toutes les parties prenantes. »

Uber Eats assure avoir prévenu les livreurs de la nouvelle réglementation en vigueur. Elle affirme aussi leur avoir rappelé les dispositifs d’aide pour l’achat d’un vélo électrique. « C’est le système de rémunération mis en place par les plateformes qui pousse les livreurs à rouler comme des fous. Ce sont bien elles les responsables », fustige l’association Ras le scoot.

« L’arrêté de la ville de Nantes fera des émules, est convaincu l’adjoint au maire Pascal Bolo. Toutes les grandes villes sont confrontées à cette problématique depuis un an. » A Montpellier, les scooters non électriques, pilotés par des livreurs ou non, sont interdits sur le plateau piétonnier. La mairie est vigilante et a dressé de nombreuses amendes depuis le mois de janvier.

Les deux-roues motorisés déjà interdits

Les motos et scooters pilotés par des particuliers étaient déjà interdits sur le plateau piétonnier du centre-ville de Nantes. Seuls les livreurs étaient jusque-là tolérés.