Confinement en Ile-de-France : Le cas par cas est-il faisable ?

CHEZ SOI En Ile-de-France, si tous les départements ont dépassé le seuil d’alerte maximale, la situation épidémique est très variable

C.Po.

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Les quais de Seine étaient bondés le week-end dernier, le seront-ils à nouveau?
Les quais de Seine étaient bondés le week-end dernier, le seront-ils à nouveau? — BERTRAND GUAY / AFP
  • Jeudi à 18 heures, Jean Castex doit préciser si les départements en « surveillance renforcée » font l’objet de nouvelles mesures.
  • En Ile-de-France, le taux d’incidence varie de 265 cas pour 100.000 habitants dans les Yvelines à plus de 401 cas en Seine-Saint-Denis.
  • Les autorités sanitaires locales craignent que l’épidémie de coronavirus devienne incontrôlable. Près de 75 % des lits de réanimation que compte habituellement l’Ile-de-France sont déjà occupés par des patients infectés par le Covid-19.

Les quais de la Seine seront-ils ce week-end aussi vides que le front de mer dunkerquois ou la promenade des Anglais à Nice ? Réponse ce jeudi en fin d’après-midi. Le Premier ministre, Jean Castex, doit préciser au cours d’une conférence de presse le sort des vingt départements, dont tous ceux d’Ile-de-France, placés la semaine dernière en « surveillance renforcée ». Seront-ils à leur tour confinés pour les deux ou trois week-ends à venir ou, au contraire, décision sera prise de temporiser une semaine supplémentaire dans l’espoir de voir les courbes s’infléchir ?

Des réalités différentes d’un département à l’autre

Le gouvernement prône désormais une approche territorialisée, un « cas par cas » qui s’adapterait au plus près à la situation du terrain. C’est ainsi par exemple qu’à Dunkerque comme à Niceelle n’a pas reconfiné l’ensemble du département mais les zones où l’épidémie flambait. En Ile-de-France, également, la situation est loin d’être uniforme. Certes, tous les départements ont dépassé le seuil d’alerte maximale de 250 nouveaux cas pour 100.000 habitants mais l’épidémie n’évolue pas de manière uniforme.

Dans le nord et l’est de la région, le nombre de cas augmente de manière très rapide depuis la mi-février et ne semble pas marquer le pas. En Seine-Saint-Denis, département dans lequel la situation est la plus problématique, le taux d’incidence est passé en une quinzaine de jours de 242 à plus de 400. Et le taux de positivité des tests est désormais de près de 14 %. A l’inverse, dans l’ouest et le sud de l’Ile-de-France, les courbes sont stables, voire marque, à l’instar des Yvelines ou de l’Essonne, une certaine inflexion. A Paris, une légère baisse a également été observée la semaine dernière.

Du cas par cas est-il faisable en Ile-de-France ?

Mais la stratégie territorialisée est-elle applicable dans une zone aussi dense et interdépendante qu’est l’Ile-de-France ? Lorsque le premier adjoint de la maire de Paris, Emmanuel Grégoire, avait lancé l’idée d’un confinement strict de la capitale pendant trois semaines – avant de rétropédaler –, de nombreux élus des villes de petite et grande couronnes ont avancé l’impossibilité pratique de mettre en place une telle mesure. Certes, le télétravail est privilégié mais quid des transports en commun qui quadrillent la région ou du trafic ? « Autant on peut faire de la dentelle dans nos politiques de prévention ou de vaccination, en ciblant une ville ou une zone en difficulté, autant confiner la moitié de la région et pas l’autre semble difficilement concevable, il y a trop de déplacements », estime-t-on au sein de l’agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France.

A cela s’ajoutent des divergences politiques. Valérie Pécresse a fait savoir, dans les colonnes du Parisien mercredi, qu’elle ne s’opposerait pas à un reconfinement le week-end… A condition que cette mesure s’accompagne d’une accélération de la campagne de vaccination et d’opérations de dépistage dans le milieu scolaire. Anne Hidalgo, elle, juge « inhumaine » une telle mesure et réclame à ce que les parcs et jardins restent ouverts.

Le gouvernement pourrait, en effet, opter pour un statu quo. C’est en tout cas ce que laissent entendre depuis mercredi soir quelques indiscrétions politiques. Le reconfinement partiel de Dunkerque et Nice avait été décidé alors que le taux d’incidence était largement supérieur (plus du double dans les deux cas). Un choix qui, s’il est suivi, fait craindre aux autorités sanitaires que l’épidémie devienne incontrôlable. Près de 75 % des lits de réanimation que compte habituellement la région sont déjà occupés par des patients infectés par le Covid-19. « La situation commence vraiment à nous rappeler le début de la seconde vague », confie-t-on à l’ARS.