Coronavirus : Que peut-on espérer comme situation sanitaire « dans quatre à six semaines » ?

EPIDEMIE Emmanuel Macron s'est donné ce délai avant un possible allégement des mesures. Qu'est-ce qui pourrait le justifier ?

Jean-Loup Delmas

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Emmanuel Macron a annoncé un délai de quatre à six semaines avant un possible allègement des mesures.
Emmanuel Macron a annoncé un délai de quatre à six semaines avant un possible allègement des mesures. — Benoit Tessier/AP/SIPA
  • Interrogé sur un possible réaménagement du couvre-feu, Emmanuel Macron a demandé un délai de quatre à six semaines avant un possible allégement des mesures.
  • Une durée qui nous amène en mi-avril, alors que la France reste pour le moment sur un plateau très haut.
  • Peut-on vraiment espérer une meilleure situation épidémique à ce moment-là ?

Lundi, lors d’un échange avec des jeunes dans un centre de formation aux métiers industriels à Stains (Seine Saint-Denis), Emmanuel Macron a été interpellé par un jeune homme qui lui demandait de reporter le couvre-feu à 19 heures « parce que c’est dur ». A cela, le chef de l’État a souri et lui a demandé de « tenir encore quelques semaines », avant de donner un chiffre encore plus précis : « quatre à six semaines ».

Si on prend l’estimation la plus large, six semaines, rendez-vous est donc pris pour le lundi 12 avril. D’ici là, qu’est ce qui peut avoir changé qui pourrait justifier un allégement des mesures contre le coronavirus, voire la levée du couvre-feu ? Le président de la République s’est montré très flou sur le sujet, ne donnant aucune précision sur les raisons de ce délai, ce qui motivait son espoir ni même les objectifs à atteindre pour un allégement des mesures. Mais d’ici la mi-avril, quelques facteurs de changement peuvent effectivement intervenir.

Renforcer pour mieux alléger

Premier facteur… De nouvelles mesures. Serrer la vis plus fort pour pouvoir la desserrer plus rapidement, en somme. « Si on en croit les modèles de prévisions, on attend un pic de contaminations dû aux variants d’ici deux à trois semaines. On peut renforcer des mesures de distanciation physique dès maintenant, afin de limiter ce pic », plaide Franck Clarot, médecin du collectif « Du côté de la Science ». Pour lui, des mesures plus efficaces dès maintenant permettraient d’entraîner enfin à terme une baisse des cas, et donc un possible allégement. Pas nécessairement un confinement à l’échelle nationale, « mais a minima dans les régions susceptibles de connaître une flambée épidémique, comme l’Ile de France par exemple ».

Interrogé sur France 2 ce lundi, le ministre de la Santé Olivier Véran a indiqué que pendant les quatre à six semaines indiquées par Emmanuel Macron, le couvre-feu et les mesures actuelles « seront un minimum », et qu’il espérait « ne pas aller au-delà à l’échelle du pays ».

La vaccination, efficace dès mi-avril ?

Mais peut-on espérer une amélioration de la situation sans nouvelles mesures ? Deux éléments pourraient y contribuer. Premièrement, la vaccination. L’exemple d’Israël montre que la vaccination fonctionne en population réelle et entraîne des chutes dans les courbes du virus, que ce soit les cas, les hospitalisations, les réanimations et les décès. Dans le cas de la France, alors que 80 % des résidents d’Ehpad ont reçu au moins une première dose, la mortalité dans ces résidences a chuté de près de 50 % en trois semaines.

« Il est certain que la vaccination fonctionne », s’enthousiasme Michaël Rochoy, chercheur en épidémiologie. Mais, « en six semaines, le nombre de nouveaux Français vaccinés semble trop faible pour inverser à ce point la tendance ». Neuf millions de doses de Pfizer sont attendues en mars, pour 19,3 millions de doses en avril. 1,5 million de doses de Moderna sont attendues en mars, pour 3,2 millions de doses en avril. 6,4 millions de doses d’AstraZeneca sont prévues en France en mars, pour 9,6 millions de doses en avril. 2,7 millions de doses livrées du vaccin Jansen sont attendues en avril. Si on cumule toutes ses doses, le pays pourrait être en capacité de vacciner 17,8 millions de personnes d’ici fin avril (en retenant un taux de perte de 5 %) soit environ l’ensemble des personnes dites « fragiles » en France. Sauvé ?

La saturation des hôpitaux, problème constant

Plusieurs points viennent ternir ce bilan. Premièrement, des délais de plusieurs semaines sont nécessaires entre la première et la seconde dose. Or, il y aura moins de doses en mars qu’en avril, donc moins de primo injecté et à terme de vaccinés avec deux doses d’ici fin avril. Deuxièmement, on estime qu’il faut plusieurs jours une fois la seconde dose reçue avant d’atteindre une totale protection. Troisièmement et surtout, il s’agit ici du nombre de vaccinés potentiels d’ici fin avril, or Emmanuel Macron parle de fin mars à mi-avril comme calendrier.

D’ici là, sans doute la majorité des personnes les plus âgées (plus de 75 ans) auront reçu les deux doses de vaccins. Une nouvelle qui devrait naturellement faire chuter le nombre de décès, mais « ce n’est pas cette population qui engorge les hôpitaux. Il s’agit plus des personnes entre 50 et 65 ans, qui ne seront pas toutes vaccinées d’ici mi-avril », déplore Michaël Rochoy. Autrement dit, la saturation des hôpitaux, celle-là même qui a conduit au premier et au second confinement, sera probablement encore d’actualité.

D’autant plus que « plus de contaminations signifient nécessairement plus d’hospitalisations », appuie Franck Clarot. « Quand le virus explose, il augmente en exponentielle, là où la vaccination ne le fait pas encore… On aura donc du mal à rattraper le nombre de personnes contaminées par la vaccination. » Et puis même avec toutes les personnes fragiles vaccinées, « le virus touche également les jeunes et des personnes sans comorbidité ou fragilité », rappelle le docteur.

L’espoir du printemps

Dernier point, le beau temps à venir. Mais là aussi, il faut savoir raison garder. « Certes, avec le retour de la chaleur, il y a une diminution de certains comportements à risque : on note une meilleure aération, plus de rassemblements à l’extérieur et moins en intérieur, des fenêtres plus souvent ouvertes », note Franck Clarot. Pour autant, si des liens commencent à être étudiés entre température et impact direct sur le coronavirus, il n’y a rien d’officiellement établi, ni de très référencé sur le sujet. Et Michaël Rochoy prévient d’emblée : « C’est faire fausse route que de penser que le coronavirus va disparaître avec le retour des beaux jours ». Preuve en est, sa violence en Californie, Floride, Italie, Brésil, etc. ou simplement la première vague en France, majoritairement en mars et en avril.

Alors oui, l’été 2020 fut relativement calme en France. Mais plus que la chaleur, « il faut rappeler qu’on sortait d’un confinement très lourd et strict, avec une circulation très basse du virus, qu’il y avait les grandes vacances scolaires, beaucoup de chômage partiel ou de vacances chez les salariés », recontextualise le chercheur. Des critères qui ne seront pas de mise mi-avril. Reste alors, comme l’a dit Olivier Véran ce lundi, à « croiser les doigts ».