Saint-Tropez : Un yacht de 30 m échoué depuis deux ans démantelé aux frais de l’Etat

NAUTISME L’Etat va débourser 150.000 € pour démanteler ce mois-ci « l’Ipsum », un yacht échoué et abandonné à Saint-Tropez, comme de plus en plus de navires en Méditerranée

Mathilde Ceilles

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L'épave d'un yacht échoué démantelé à Saint-Tropez — 20 Minutes
  • « L’Ipsum » est un yacht de 30 m échoué depuis mai 2019 à Saint-Tropez, et laissé à l’abandon par son propriétaire, insolvable.
  • L’Etat a donc pris le relais et organise à partir de lundi son démantèlement.
  • Le phénomène serait en pleine croissance selon la préfecture maritime de Méditerranée.

Une immense carcasse, sur le flanc, qui gît depuis mai 2019 en Méditerranée. Pendant cinq ans, « l’Ipsum », un yacht de 30 m, a été au mouillage en rade de Saint-Tropez, loué pour des événements ou en guise d’hôtel immobile sur l’eau. Le 5 mai 2019, une nuit de vent, le yacht part à la dérive et percute un autre après d’importantes rafales de vent, avant de s’échouer à l’entrée de Saint-Tropez, avec dix personnes à bord heureusement saines et sauves.

Restait depuis la question délicate du devenir de ce navire qui, une fois échoué, représente une véritable menace environnementale, ne serait-ce pour les herbiers de posidonie sur lesquels il s’est fracassé. Mais depuis 2019, la situation était au point mort, et le navire au cœur d’un bras de fer entre l’Etat et son propriétaire.

Un propriétaire insolvable

« Comme nous étions dans l’espace maritime, une première mise en demeure avait été adressée au propriétaire, au titre de l’urgence, le 9 mai 2019, par la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) du Var, indique Eric Lefebvre, directeur adjoint de la DDTM du Var. »

« Le propriétaire a été mis devant ses responsabilités très rapidement, poursuit le commissaire général Thierry Duchesne, adjoint à la direction de l’action de l’Etat en mer au sein de la préfecture maritime de la Méditerranée. Il s’est aperçu que son assurance ne couvrait pas le retirement du navire et n’avait pas les moyens de le faire. »

Près de 150.000 euros déboursés par l’Etat

Une seconde procédure avec une mise en demeure aboutit à l’expropriation de ce navire au profit de l’Etat, tandis que le propriétaire est condamné le 30 décembre dernier par le tribunal administratif à 1.500 € d’amende et 500 € d’astreinte par jour d’occupation.

Résultat : ce sera donc l’Etat qui prendra en charge le démantèlement complexe de ce yacht, qui démarrera lundi pour une dizaine de jours. « L’affaire était suffisamment grave, car le bateau fait plus de trente mètres, pour trouver une solution, poursuit Thierry Duchesne. Aujourd’hui, c’est près de 150.000 € que l’Etat va devoir débourser pour retirer ce navire. Ce n’est pas quelque chose de normal pour le contribuable. On vient d’adresser deux factures au propriétaire de ce navire de près de 20.000 €. La passivité n’est pas une solution. J’en appelle à la responsabilité de tout le monde sur ce sujet. »

Une problématique croissante

Selon Thierry Duchesne, le nombre de navires abandonnés comme celui-ci ne cesse de croître dans la région, au point d’inquiéter les autorités. « "L’Ipsum" est une épave importante et emblématique qui illustre bien une difficulté que nous avons en Méditerranée. Actuellement, nous avons près de 180 épaves qui sont échouées. Cette problématique croît parce qu’on a un vieillissement de la flotte de plaisance, avec des propriétaires plus âgés, des navires qui sont vieux et difficilement vendables. Parfois, les propriétaires n’ont pas les moyens de l’entretien de leur navire et donc de le mettre dans un port. Ils ont donc tendance à le mettre au mouillage. »

Pour tenter d’endiguer le phénomène, la préfecture maritime envisage donc de réglementer le mouillage des yachts et autre navires en Méditerranée. « Un bateau comme "l’Ipsum" au mouillage pendant cinq ans et qui fait office de Airbnb, ce n’est pas normal », s’agace Thierry Duchesne. Un prochain arrêté pourrait être bientôt pris pour limiter la durée du mouillage à quelques jours en Méditerranée.