Toulouse : A Sciences-Po, des voix s’élèvent pour en finir avec les humiliations et les violences sexuelles

SCIENCESPORCS Alors qu’une mission d’inspection diligentée par le ministère de l’Education nationale a lieu à Sciences-Po Toulouse, des étudiants et enseignants se sont mobilisés pour dénoncer le climat après la plainte d’une étudiante pour viols

Béatrice Colin

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A Sciences-Po Toulouse (illustration).
A Sciences-Po Toulouse (illustration). — Lionel Bonaventure / AFP
  • Après avoir témoigné sur les réseaux sociaux, le 6 février, une étudiante toulousaine de Sciences-Po Toulouse portait plainte pour viols en marge des soirées d’intégration de septembre 2018.
  • Après la déflagration du mouvement « SciencesPorcs » et la multiplication des témoignages de violences sexuelles, le ministère de l’Education nationale a diligenté une mission d’inspection en visite à Toulouse lundi et mardi.
  • Des étudiants, chercheurs et enseignants se sont mobilisés lundi pour dénoncer la culture des violences, notamment sexistes, au sein de l’établissement et demander des moyens pour endiguer ce phénomène.

Le 6 février dernier, Juliette, une jeune étudiante de Sciences-Po Toulouse, portait plainte pour viols, des faits commis en marge des soirées d’intégration de septembre 2018. Une déflagration pour l’établissement supérieur qui a conduit depuis de nombreuses autres étudiantes à témoigner sur les agressions sexistes et humiliations dont elles ont été victimes depuis leur entrée à l’Institut d’études politiques. Ici, comme ailleurs.

De quoi susciter une mission de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) diligenté par l’Education nationale au sein des différents Sciences-Po de France. Et leur première visite, de deux jours, ils l’ont réservé ce lundi à l’établissement de la Ville rose. Le jour même où des étudiants et des jeunes chercheuses de l’IEP ont décidé de prendre la parole pour dénoncer les violences sexistes et humiliations récurrentes et demander des mesures pour que les mentalités changent.

« Notre parole ne doit pas être un buzz parmi tant d’autres. Il faut regarder les choses en face, les bizutages, les violences, les injures, les insultes, il convient de savoir comment nous en sommes arrivés là, pourquoi cette impunité, cette domination », a témoigné Juliette dans une lettre lue par un des élèves.

Une libération de la parole qui ne doit donc pas se limiter à des mots pour nombre des personnes présentes dans la cour du numéro 2 de la rue des Puits Creusés. « Il faut changer le regard sur ces phénomènes. Dans ce qui est constitutif d’une logique de corps, d’appartenance à l’institution, il y a des blagues et des jeux qui ont l’air anodins, mais poussés à l’extrême rendent possible des formes de violences sexistes, sociales, racistes et homophobes », relève Bérénice, une des membres du collectif des jeunes chercheuses de Sciences-Po Toulouse.

A ses côtés, sa collègue Bérengère cite en exemple « le tribunal des salopes », où les étudiantes doivent faire la liste de leurs conquêtes ou encore « ce qu’ils appellent le grand Chelem lors du Critérium Inter-IEP, où l’objectif est de coucher avec une personne de chaque IEP », poursuit la chercheuse. « Ces rituels d’intégration sous forme de compétition sexuelle relèvent de la logique de prédation », insiste-t-elle.

Ce contexte, les premières années s’y confrontent dès l’arrivée dans l’établissement, selon l’association féministe des étudiants de Sciences-Po «Les Sans Culottes» qui travaille sur l’égalité hommes-femmes. « Quand on arrive à l’intégration, on sait par le bouche-à-oreille qu’il y a des personnes à éviter. Pour les victimes de ces agressions, c’est très dur d’en parler, il y a une impunité des agresseurs et une sanction sociale des victimes », déplorent Eva et Leslie, deux de ses membres.

Formations obligatoires et moyens

Pour changer la donne, le collectif des jeunes chercheuses de Sciences-Po propose que des formations obligatoires soient mises en place, aussi bien pour les personnels que les étudiants. Tout comme un accompagnement juridique pour les victimes et une campagne d’informations visibles sur ces questions.

La direction a déjà lancé une refonte de sa cellule d’écoute mise en place il y a deux ans. Christine Mennesson, l’enseignante qui en assure désormais la coordination, explique avoir reçu ces derniers jours de nouveaux témoignages de violences sexuelles. Au-delà des dispositifs mis en place pour contrer ce fléau, cette dernière espère que les échanges avec les membres de la mission diligentée par le ministère de l’Education nationale permettront d’aborder la question des moyens. « C’est l’un des points les plus importants, surtout dans un petit établissement comme le nôtre. Je suis favorable à l’idée de formations obligatoires. La seule possibilité c’est d’avoir un travail de fond, qui passe aussi par la question de l’éducation, la façon dont on forme les filles et les garçons de notre société », conclut cette enseignante de sociologie, spécialisée dans la construction du genre dans le monde sportif.