Assurance chômage : Où en est la réforme d’Elisabeth Borne ?

TRAVAIL A un peu plus d’un an de l’élection présidentielle, Elisabeth Borne martèle que la réforme est « nécessaire »

Lucie Bras

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Elisabeth Borne, le 3 septembre 2020 à l'Elysée.
Elisabeth Borne, le 3 septembre 2020 à l'Elysée. — Ludovic Marin / AFP
  • La ministre du Travail Elisabeth Borne réunit en visioconférence les partenaires sociaux ce mardi sur la réforme controversée de l’assurance-chômage, afin de présenter les arbitrages du gouvernement.
  • La réunion promet d’être tendue alors que les cinq organisations syndicales représentatives ont réaffirmé dans un communiqué commun leur « profond désaccord avec le principe fondateur de cette réforme ».
  • Mais pour Eric Courpotin, de la CFDT, « le poids de cette réforme ne pèse que sur les demandeurs d’emploi, sans aucune autre contrepartie des employeurs ».

C’est l'ultime réunion des partenaires sociaux avant la mise en place de la réforme. Ce mardi, Elisabeth Borne réunit syndicats et patronat pour présenter le plan du gouvernement pour réformer l'assurance-chômage. La ministre du Travail se dit déterminée à « aller au bout » mais les syndicats ont exprimé leur défiance sur une réforme qui « est un non-sens », martèle Eric Courpotin, de la CFTC. 20 Minutes fait le point.

A quoi va servir la réunion de ce mardi ?

Pour le gouvernement, cette réunion en visioconférence va permettre à Elisabeth Borne de présenter ses arbitrages. Le décret d’application des futures règles du chômage doit être finalisé dans les semaines qui viennent pour une entrée en vigueur en juillet ou août, et non le 1er avril comme prévu.

Mais la semaine dernière, fait rare, les cinq organisations syndicales représentatives (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT et FO) ont publié un communiqué commun pour réaffirmer leur « profond désaccord avec le principe fondateur de cette réforme selon laquelle la baisse des allocations-chômage inciterait à un retour plus rapide à l’emploi ».

Qu’est-ce qui change ?

A partir de cet été, les malus pour les entreprises qui multiplient contrats courts vont être mis en place… mais ne seront effectifs que l’an prochain après une période d’observation d’un an. Autre mesure majeure : la réforme du calcul du salaire journalier de référence (SJR), qui devrait impacter 850.000 demandeurs d’emploi selon l'Unedic. Ils verront en moyenne leur allocation fondre de 22 %.

Deux mesures vont être conditionnées à la reprise du marché du travail, sévèrement impacté par l’épidémie de Covid-19, selon le JDD. Il faudra désormais avoir travaillé six mois au cours des 24 derniers mois pour toucher des allocations, contre quatre mois précédemment. Mais cette mesure ne s’appliquera pas pour les jeunes, le temps que la situation se stabilise. Même scénario pour la dégressivité des revenus pour les salaires supérieurs à 4.500 euros brut par mois.

Qu’est-ce qui bloque ?

Pour Yves Veyrier (FO), « le mot d’ordre c’est "on veut repartir d’une feuille blanche" », mais il craint que le gouvernement ne veuille pas « perdre la face ». Le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, « veut dire qu’il a fait quelque chose mais il voit bien que la période ne s’y prête pas ».

Eric Courpotin craint que cette réforme ne pèse trop lourd sur les plus précaires : « C’est ceux qui ont le plus de mal à trouver du travail que l’on va pénaliser. Pour certains, c’est difficile d’aligner six mois » pour accéder aux allocations, prévient-il.

La seule disposition qui trouve grâce aux yeux des syndicats est le système de bonus-malus sur les contrats courts, « nécessaire pour décourager les employeurs abusant des contrats précaires ». Mais pour Eric Courpotin, « le bonus-malus arrivera au mieux en 2023 et encore, c’est très hypothétique. C’est ce qui nous fait dire que le poids de cette réforme ne pèse que sur les demandeurs d’emploi, sans aucune autre contrepartie des employeurs. »

Que veut faire le gouvernement avec cette réforme ?

Décidée en juillet 2019 par le gouvernement Philippe après l’échec d’une négociation sociale très encadrée par l’exécutif, la réforme visait alors à réaliser de 1 à 1,3 milliard d’économies par an. Du fait de la crise liée au Covid-19, le gouvernement a reporté à plusieurs reprises son application. Elisabeth Borne a ouvert une concertation fin 2020, en se disant prête à discuter des « paramètres » de la réforme, mais sans en abandonner l’esprit.

« Au départ, la réforme avait été écrite dans un contexte d’emploi assez favorable. Elle était peut-être valable à l’époque, mais là elle tape très fort et surtout sur les plus précaires. On ne peut pas accepter ça », affirme Eric Courpotin. « On attend de voir ce que la ministre va nous annoncer, mais on n’aborde pas ça sereinement. »