Coronavirus : Objectifs chiffrés, organisation, élèves concernés… Les questions qui se posent sur les tests salivaires dans les écoles

EDUCATION Les tests salivaires sont déployés massivement à partir de ce lundi dans les établissements scolaires afin de dépister les élèves

Delphine Bancaud

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Jean-Michel Blanquer dans une école à Lavoncourt où les tests salivaires sont déployés, le 1er mars 2021.
Jean-Michel Blanquer dans une école à Lavoncourt où les tests salivaires sont déployés, le 1er mars 2021. — AFP
  • La rentrée de vacances de la zone A, associée à la progression du variant britannique, fait craindre une accélération de la vague de contaminations au coronavirus.
  • Pour casser les chaînes de contamination, le ministère de l’Education déploie à partir de cette semaine une large campagne de tests salivaires.
  • 20 Minutes vous explique quels élèves seront concernés et comment se déroulera ce dépistage massif.

Casser les chaînes de contamination du coronavirus dans les écoles. Voilà le défi que s’est fixé le gouvernement, alors que les élèves de deux zones (la A la semaine dernière, la C ce lundi) ont repris la classe après les vacances de février. Pour ce faire, il organise une campagne de tests salivaires dès cette semaine. Un prélèvement moins invasif et moins désagréable sur les enfants que les tests nasopharyngés.

20 Minutes fait le point sur cette initiative de grande ampleur et les questions qu’elle pose.

Quels élèves seront testés ?

Le gouvernement souhaite déployer des tests salivaires en priorité dans les écoles maternelles et élémentaires. Ils seront organisés de façon aléatoire et répété à échéance régulière dans certains établissements pour suivre l’évolution des contaminations nouvelles au sein d’un établissement. D’autres seront réalisés dans les zones où le virus circule beaucoup, pour rompre au plus vite les chaînes de contamination. « Les ARS et les rectorats décideront quels seront les établissements testés », explique à 20 Minutes l’entourage de Jean-Michel Blanquer.

Dans un communiqué publié ce lundi, l’ARS d’Ile-de-France explique par exemple que « l’échantillonnage des établissements sélectionnés se fait en coordination entre les rectorats de Paris, Créteil et Versailles et l’ARS d’Ile-de-France, en ciblant particulièrement les zones à forte circulation virale, tout en veillant à une bonne couverture du territoire régional ». Une initiative saluée par les syndicats : « Des données précises sur la contamination dans les écoles manquaient. Car pour l’heure, nous ne disposons que des chiffres qui reposent seulement sur les déclarations des familles. Or, toutes ne disent pas quand leur enfant est testé positif et beaucoup ne le font pas dépister », souligne Stéphane Crochet, secrétaire général du Se-Unsa.

A quel rythme ?

« Cette semaine, entre 50.000 et 80.000 tests salivaires devraient être effectués. Nous visons 140.000 la suivante, avec l’objectif d’en réaliser 300.000 la semaine du 15 mars », explique l’entourage de Jean-Michel Blanquer. Ces chiffres laissent les syndicats dubitatifs. « Ce rythme risque d’être difficile à tenir car il va nécessiter de gros moyens humains. On peut craindre un certain retard », estime Stéphane Crochet.

Comment seront-ils réalisés ?

Seule la salive sera récupérée par un crachat dans un flacon ou, chez les plus petits, via une pipette sous la langue. Le laboratoire qui les analysera livrera les résultats sous 24 ou 48 heures aux parents et aux médecins conseillers départementaux de l’Education nationale. Des variants seront systématiquement recherchés sur les tests positifs. Les parents devront informer le directeur d’école si le test de leur enfant est positif. A défaut, l’établissement saura seulement le nombre de cas dépistés, mais non qui est malade. « On peut s’attendre à ce qu’un plus grand nombre de classes ferment dans les prochaines semaines », prédit Stéphane Crochet. « Nous fermons lorsqu’il y a trois cas de variant anglais et lorsqu’il y a un cas du variant sud-africain ou brésilien », a d’ailleurs confirmé ce mardi Jean-Michel Blanquer sur France Inter en évoquant le nouveau protocole renforcé.

Par qui seront-ils réalisés ?

« Un personnel de laboratoire sera obligatoirement présent lors de la première opération de prélèvement », explique le ministère de l’Education. Les 7.400 infirmiers de l’Education nationale, des personnels des agences régionales de santé ou de laboratoires privés seront aussi mis à contribution. Mais ces derniers jours, une polémique a vu le jour. « Une note diffusée la semaine dernière dans l’académie de Lyon laissait entendre que les enseignants pourraient être mis à contribution pour faire passer les tests », explique Stéphane Crochet. « Dans certains départements, les équipes enseignantes seraient mises à contribution après une "formation" expresse délivrée par un personnel de laboratoire », affirmait aussi vendredi le Snuipp-FSU dans un communiqué.

Une controverse éteinte ce lundi par le ministre de l’Education lors d’un déplacement dans une école de Haute-Saône. Il a affirmé que ces tests seraient réalisés par des « personnels de santé » et non par des enseignants. « Le reste des personnels de l’Education nationale peuvent être volontaires pour aider dans la supervision vis-à-vis d’enfants ou le suivi administratif de ce qui se passe », a précisé Jean-Michel Blanquer. « Les enseignants pourront accompagner les élèves au moment de la récupération de la salive pour les rassurer. Mais ils ne réaliseront pas d’actes médicaux », nous précise le ministère.

Reste que les inquiétudes ne sont pas toutes levées. « Nous ne savons pas ce qui va peser sur nos épaules, nous sommes dans le flou », s’inquiète Saphia Guereschi, secrétaire générale du SNICS-FSU, le syndicat majoritaire des infirmières de l’Education nationale. Ce mardi Jean-Michel Blanquer a annoncé sur France Inter que 1. 700 médiateurs de santé allaient bientôt être recrutés pour effectuer ces tests. Il s’agira d’étudiants en médecine, en pharmacie…

Ces tests seront-ils obligatoires ?

Non. Ils seront réalisés sur la base du volontariat et une autorisation parentale sera nécessaire pour les faire passer. « Mais ils vont susciter sûrement une large adhésion de la part des familles, surtout dans les zones où l’épidémie est déjà fortement répandue », estime Stéphane Crochet. Pour exemple, à l’école de Lavoncourt (Haute-Saône) où Jean-Michel Blanquer s’est déplacé ce lundi, 90 % des familles se sont portées volontaires pour que leur enfant soit testé.

Les tests salivaires vont-ils être déployés dans les collèges et les lycées ?

Pour l’instant non. Ce sont les tests antigéniques nasopharyngés qui y sont déployés. « Un million de tests y sont proposés par mois », nous explique le ministère de l’Education. Mais cela ne veut pas dire qu’ils sont effectués. Selon le Snes-Fsu, mi-février, seulement 200.000 tests de ce type auraient été réalisés. « Les élèves et les personnels ne vont pas se faire tester s’il n’y a pas de foyer infectieux dans leur établissement, car le dépistage nasopharyngé les rebute. Il faudrait leur proposer aussi des tests salivaires », suggère Stéphane Crochet.