Nuage de sable du Sahara : C’est quoi cette histoire de particules radioactives ?

NUCLEAIRE Soixante ans après le début des essais nucléaires français en Algérie, des particules radioactives se sont retrouvées en France à la faveur de vents forts venus du Sahara

Lucie Bras

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Le nuage de sable a touché une grande partie de l'Europe, comme ici à Anzere, en Suisse, le 6 février dernier.
Le nuage de sable a touché une grande partie de l'Europe, comme ici à Anzere, en Suisse, le 6 février dernier. — LAURENT GILLIERON/AP/SIPA
  • Au mois de février, deux épisodes de pollution due aux poussières venues du Sahara ont été enregistrés en France, colorant d’ocre le ciel ou la neige dans certaines régions.
  • La semaine passée, l’association Acro a publié un communiqué alertant sur la présence de particules radioactives dans l’un de ces deux épisodes.
  • « Il faut bien distinguer les situations de contamination de l’air qui nécessitent des mesures sanitaires, comme la catastrophe de Tchernobyl en 1986, et cette présence d’éléments radioactifs artificiels, qui ne nécessitent pas de précaution particulière », explique Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire.

Le 13 février 1960, la France a procédé à son premier essai nucléaire, baptisé « Gerboise bleue » dans le désert du Sahara en Algérie. Soixante ans plus tard, les retombées radioactives des essais nucléaires Français sont encore palpables, et ce jusqu’en Europe, alertent des spécialistes.

Le 24 février, l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (Acro) a publié des mesures de radioactivité dans les nuages de sable venus du Sahara. Au mois de février, la France et une partie de l’Europe ont connu deux de ces épisodes météorologiques, donnant au ciel une teinte ocre. Résultat : environ 80.000 Becquerels de césium 137 au kilomètre carré, estime l’association, après avoir mesuré la fine couche de particules qui s’était posée sur une voiture.

Une radioactivité artificielle

« D’une manière générale, dans les poussières de l’air ambiant, il y a toujours un certain niveau de radioactivité naturelle », explique Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, directeur de la Criirad, un laboratoire de recherche indépendant sur la radioactivité. « Mais ces poussières du Sahara contiennent des particules de radioactivité artificielle, comme le césium 137 », détaille-t-il.

Un marqueur des essais nucléaires humains, qui se déplacent à la faveur d’épisodes météorologiques, comme ici le vent, ou de phénomènes accidentels, comme les incendies autour de Tchernobyl cet été. « Ces événements remettent en suspension ces éléments dans l’air », note Bruno Chareyron.

Pas de mesure sanitaire nécessaire

Aucun impact sur la santé n’est à craindre, « même s’il ne faut pas banaliser la présence de poussières à des taux importants dans l’air, en dehors de la radioactivité », nuance le spécialiste. « Dans votre corps, du fait de la radioactivité naturelle du potassium, vous pouvez mesurer 6.000 Becquerels. La zone mesurée par l’association mesure un kilomètre sur un kilomètre, c’est une concentration extrêmement faible », compare Geneviève Baumont, experte retraitée de l’Institut de recherche pour la sûreté nucléaire (IRSN).

« Il faut bien distinguer les situations de contamination de l’air qui nécessitent des mesures sanitaires, comme la catastrophe de Tchernobyl en 1986, et cette présence d’éléments radioactifs artificiels, qui ne nécessitent pas de précaution particulière », insiste Bruno Chareyron.

Plus de 200 tirs nucléaires français

« Cet événement sert plutôt à se rappeler du passé de la France au Saraha, c’est plutôt mémoriel », poursuit Geneviève Beaumont. « Au tout début des années 1960, la France a procédé à des essais nucléaires atmosphériques dans le Sahara algérien (Reggane) exposant aux radiations ses propres soldats mais aussi les populations sédentaires et nomades de la région », peut-on lire dans le communiqué de l’Acro. Depuis ce premier essai au Sahara en 1960 jusqu’à l’ultime expérimentation de 1996 en Polynésie française, la France aura procédé à 210 tirs nucléaires. « En 1965, on avait une concentration radioactive incroyable dans l’hémisphère nord, qui n’était pas loin de celle de Tchernobyl », rappelle Geneviève Baumont. Une expérimentation arrêtée définitivement en janvier 1996 par Jacques Chirac.

Plus de soixante ans après ces essais dans la région, une partie des éléments radioactifs sont toujours présents dans le sol, en particulier dans le Sahara, provoquant une contamination locale. Le 7 février dernier, le général algérien Bouzid Boufrioua a d’ailleurs de nouveau réclamé que la France décontamine ces sites, sur le principe du « pollueur-payeur » reconnu par l’ONU.

En France, ces retombées de particules radioactives sont chroniques et très surveillées par de multiples balises disposées par différents organismes sur le territoire. Malgré les appels de différents collectifs à la dénucléarisation, il existe encore plus de 17.000 armes nucléaires sur Terre, selon l'Ican, dont autour de 300 en France.