A Berlin, des militantes féministes luttent contre le manspreading dans le métro avec des pantalons d'occasion

MILITANTISME Deux vingtenaires berlinoises veulent sensibiliser au partage de l'espace urbain entre les sexes

20 Minutes avec AFP

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Elena Buscaino et Mina Bonakdar veulent lutter contre le manspreading dans le métro berlinois.
Elena Buscaino et Mina Bonakdar veulent lutter contre le manspreading dans le métro berlinois. — STEFANIE LOOS / AFP

Un activisme d’un nouveau genre a vu le jour outre-Rhin, dans le métro berlinois, en 2020. Militantes féministes, Elena Buscaino et Mina Bonakdar veulent lutter contre le manspreading, cette posture, théorisée par des féministes, qui consiste pour certains hommes à s’asseoir dans un lieu public en écartant les cuisses et en occupant plus d’espace qu’un siège. Le 28 janvier dernier, le journal allemand Berliner Zeitung décrivait leur mode opératoire pour le moins surprenant.

Les deux vingtenaires sensibilisent les usagers du métro en pratiquant elles-mêmes le manspreading, tout en dévoilant des slogans inscrits dans l’entrejambe de leur pantalon. Elles ont baptisé leur collectif « Riot Pant project », pour « projet de pantalon d’insurrection ».

Arme vestimentaire

Plus largement, les performances de ces deux Berlinoises mêlant humour et provocation questionnent les enjeux de domination et le partage de l’espace urbain entre les sexes. « Il est parfaitement possible de s’assoir confortablement dans les transports sans prendre deux places en écartant les jambes », explique Mina Bonakdar, 25 ans.

Avec son amie Elena, comme elle étudiante en design, elle a créé « Riot Pant Project » qui transforme des pantalons d’occasion en support de revendications. Cette arme vestimentaire ne révèle son message politique caché – « Stop mansreading ! », « Give us space » («Donnez-nous de l’espace ») ou « Toxic masculinity »- qu’en imitant l’attitude de son vis-à-vis : cuisses ouvertes exhibant le slogan collé en lettres capitales dans l’entrejambe.

Imiter pour faire comprendre ?

« Ce n’est que par l’imitation que l’interlocuteur comprend l’effet que produit son comportement », estime Elena Buscaino. Cependant, reconnaît la jeune femme, « très peu changent leur posture sur l’instant », comme l’a constaté l’AFP lors d’une intervention dans le métro berlinois. Ils sont souvent étonnés que des femmes puissent se tenir ainsi face à eux », poursuit l’activiste qui espère surtout donner matière à réfléchir. 

Pour Mina Bonakdar, le simple fait de porter ce pantalon permet aux femmes de « se sentir plus fortes et gagner en confiance ». Interrogée par l’AFP, la compagnie des transports berlinois BVG assure que les plaintes sont néanmoins trop peu nombreuses pour justifier une campagne séparée, « pour le moment ».

Un problème ancien

Si elle peut pour certains paraître anecdotique, la problématique du « manspreading » existe quasiment depuis l’apparition des transports collectifs. « Asseyez-vous avec vos membres près du corps et ne décrivez pas un angle de 45 degrés avec vos jambes, ce qui reviendrait à occuper la place de deux personnes », prévenait dès 1836 le Times of London dans un article consacré à la bienséance dans l’autobus, explique dans « History of the Bakerloo Line » Clive D.W. Feather, spécialiste du métro londonien.

Le terme s’est popularisé en 2013 lorsque des utilisatrices du métro new-yorkais ont publié, sur les réseaux sociaux, des photos de voyageurs prenant leurs aises et de leurs voisines recroquevillées. New York a été l’une des premières villes au monde à tenter de freiner ce comportement. En 2014, son gestionnaire des transports (MTA) avait collé des autocollants dans les wagons avec pour message : « Mec, arrête de t’étaler s’il te plaît. » Depuis, des campagnes similaires sont apparues en Corée du Sud, au Japon ou à Istanbul. A Madrid depuis 2017, les usagers du bus s’exposent même à une amende s’ils sont pris en flagrant délit « d’étalement masculin ».

Sujet inflammable

Sur internet, le sujet est rapidement inflammable, certains hommes justifiant leur posture par leur spécificité anatomique. Un argument qu’aucune étude scientifique n’a pu jusqu’à présent confirmer.

C’est plutôt « une question de répartition des sexes » au sein de la société, affirme à l’AFP Bettina Hannover, psychologue et professeure à l’Université libre de Berlin. « Les hommes […] montrent leur domination par leur position assise, analyse-t-elle. Les femmes sont censées prendre moins de place et surtout se comporter de manière décente ».