Précarité menstruelle : Des protections hygiéniques gratuites sur les campus, ça existe déjà en Occitanie

UNIVERSITES Des initiatives ont été mises en place à Montpellier ou à Nîmes ces dernières années

Nicolas Bonzom

— 

Quatre distributeurs ont été placés à l'université de Nîmes
Quatre distributeurs ont été placés à l'université de Nîmes — Louise Da Costa / Trace
  • La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a promis de proposer à toutes les étudiantes des protections hygiéniques gratuites à la rentrée prochaine.
  • Mais en Occitanie, des initiatives existent déjà : à Montpellier, une maîtresse de conférences, Mélanie Jaoul, a mis en place des paniers proposant des serviettes et des tampons, dans les toilettes de son établissement, dès 2019.
  • A Montpellier et à Nîmes, des distributeurs de l’entreprise bretonne Marguerite & Cie ont également été mis en place, grâce à l’action d’associations étudiantes.

En Occitanie, on n’a pas attendu la promesse de Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, pour mettre des protections hygiéniques à la disposition des étudiantes. A Montpellier (Hérault) et à Nîmes (Gard), des initiatives ont fleuri, ces dernières années, pour offrir aux plus précaires des serviettes ou des tampons.

En 2019, Mélanie Jaoul, maîtresse de conférences en droit à Montpellier Management, a eu l’idée de placer, dans les toilettes de son établissement, de petits paniers, avec des protections hygiéniques. « C’est un accès difficile, voire quasi-impossible, pour certaines étudiantes, confie l’enseignante. Quand elles ont payé leurs charges, il ne leur reste que 80 à 100 euros par mois, pour manger, acheter des protections périodiques, et tous les à-côtés. Avec mes quelques moyens, mon réseau, j’ai installé des boîtes, et je les ai achalandées, pour que ces étudiantes n’aient plus à y penser. » Et ça a connu, tout de suite, un vrai succès. « Les étudiantes se sont passé l’information sur les réseaux sociaux, reprend Mélanie Jaoul. Je remplissais la boîte une fois, voire plusieurs fois par semaine. Et d’autres étudiantes et des personnels administratifs ont pris aussi le relais. »

Des paniers ont été installés par Mélanie Jaoul à Montpellier Management
Des paniers ont été installés par Mélanie Jaoul à Montpellier Management - Mélanie Jaoul

Quatre distributeurs à Nîmes

A l’université Paul-Valéry, c’est en février 2020 qu’une initiative similaire a été lancée. Au sein de l’Espace solidarité, un distributeur de serviettes avec ailettes et de tampons avec et sans applicateur a été mis en place, sous l’impulsion de plusieurs associations étudiantes. Mais c’est à l’université de Nîmes (Gard) que ces distributeurs sont les plus nombreux : quatre ont été installés en septembre dernier sur les différents campus, trois sur le site Vauban, un sur le site Hoche et un autre sur les Carmes. Dans les toilettes, « pour plus de discrétion et de praticité », souligne l’université.

C’est Louise Da Costa, présidente de l’association transfilière contre la précarité étudiante, qui a porté ce projet, en s’appuyant sur l’expérience des étudiants de Rennes-II. Coût de l’opération : 19.000 euros, réunis grâce à une enveloppe de la contribution à la vie étudiante et de campus (CVEC) de l’université (13.000 euros) et du Crous (6.000 euros). Épaulée par les services de l’université, l’association recharge régulièrement le distributeur, par paquets de 100 serviettes, et 200 tampons avec et sans applicateur.

Un distributeur de Marguerite et Cie placé à l'université de Nîmes
Un distributeur de Marguerite et Cie placé à l'université de Nîmes - Louisa Da Costa / Trace

2,6 % des étudiantes interrogées se sentent « tout le temps » en précarité menstruelle

« Nous allons les remplir une fois par semaine, ou toutes les deux semaines, confie Louise Da Costa. Ça me semble tout de même important, dans une période où l’on n’a pas encore beaucoup de cours en présentiel. En temps normal, sans la crise du Covid-19, je suis persuadée que la gestion des stocks aurait été beaucoup plus importante. »

L’association nîmoise a accompagné l’installation de ces distributeurs d’un sondage auprès des étudiantes. Ainsi, sur les 662 répondantes, 22,8 % ont indiqué qu’elles n’avaient déjà pas pu se procurer de protections hygiéniques par « manque d’argent » et 10,6 % par « honte d’aller en acheter ». Parmi elles, 2,6 %, soit 17 étudiantes, se sentent même « tout le temps » en précarité menstruelle. « Je suis assez fière d’avoir porté ce projet avant que cela se démocratise, de savoir que les mentalités bougent, et qu’on ne reste pas planté en regardant la misère », confie Louise Da Costa.

Des serviettes et des tampons en coton bio et en cellulose naturelle

Les distributeurs installés à Montpellier et à Nîmes ont été imaginés par Marguerite & Cie. « Louise fait partie des pionnières », sourit Gaële Le Noane, la fondatrice de cette entreprise bretonne. « Ces distributeurs sont en location, gratuite, explique-t-elle. Les clients les montent eux-mêmes, c’est très, très simple. Ce qui est payant, ce sont les produits que l’on place à l’intérieur, qu’on leur envoie régulièrement. » Et ces serviettes et ces tampons, ils sont 100 % en coton bio et en cellulose naturelle. « Il n’y a aucun élément chimique, et zéro plastique », note Gaële Le Noane.

Aujourd’hui, Marguerite & Cie a installé 500 distributeurs en France et en Suisse, dans 210 établissements, soit 1,4 million de tampons et serviettes par mois. Et l’entreprise devrait participer activement à la promesse de la ministre de proposer gratuitement des protections hygiéniques à toutes les étudiantes à la rentrée prochaine.