Essonne : En 2020, près de la moitié des rixes en Ile-de-France ont eu lieu dans ce département

VIOLENCE Après la mort de deux adolescents après des bagarres entre bandes, les autorités de l’Essonne alertent sur une forte augmentation de ces rixes violentes dans ce département de la grande couronne parisienne

Caroline Politi

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A Boussy-Saint-Antoine, un adolescent de 14 ans a été poignardé lors d'une rixe
A Boussy-Saint-Antoine, un adolescent de 14 ans a été poignardé lors d'une rixe — Thomas COEX / AFP
  • En 2020, sur les 186 rixes enregistrées en Ile-de-France, près de la moitié a eu lieu dans l’Essonne. Selon le préfet du département, il y a eu 91 en 2020, contre 56 en 2019.
  • Un manque récurrent de policiers est pointé par le vice-président du conseil départemental, chargé de la sécurité, alors que 100 nouveaux policiers et gendarmes arrivent en renfort pour les prochaines semaines.
  • Plusieurs dispositifs pour tenter de faire émerger les « signaux faibles » ont été mis en place.

Les victimes ne se connaissaient pas et pourtant leurs histoires comptent une multitude de points communs. En moins de 24 heures, deux adolescents de 14 ans ont été poignardés à mort dans l’Essonne, un troisième, âgé de 13 ans, a été sauvé in extremis après avoir reçu un coup de couteau à la gorge. Dans ces deux affaires, tout est, semble-t-il, parti de rivalités entre bandes rivales : la collégienne tuée lundi à Saint-Chéron a reçu un coup de couteau à l’abdomen en tentant de s’interposer dans une rixe. L’autre victime a été tuée au cours d’un affrontement à Boussy-Saint-Antoine auquel participait une trentaine de jeunes de Quincy-sous-Sénart et Epinay-sous-Sénart, munis de bâtons, béquilles et armes blanches.

Selon le ministère de l’Intérieur, sur les 186 rixes recensées en 2020 en Ile-de-France, 99 ont eu lieu dans l’Essonne. Le préfet du département, Eric Jalon, avance, lui, le chiffre de 91 mais précise qu’elles ont presque doublé en un an : en 2019, il y en avait eu 56. « On observe un phénomène qui gagne en intensité et en gravité ces derniers temps, insiste le haut fonctionnaire. Cet été, nous avions déjà déploré deux décès, à Massy et Draveil. » Difficile, en revanche, de quantifier le nombre de bandes car si l’appartenance à un quartier sert de « liant », les groupes se forment et se déforment au gré des différends, souvent dérisoires : une histoire de cœur, un mauvais mot sur les réseaux sociaux… « Ces bandes sont l’héritage de rivalités territoriales anciennes, dont d’ailleurs tout le monde a oublié l’origine, mais elles ne sont ni organisées ni structurées, ce qui les rend d’autant plus difficile à appréhender », poursuit Eric Jalon.

L’exception Saint-Chéron

La plupart des affrontements observés dans le département se concentrent autour de grandes agglomérations, Evry-Courcouronnes, Corbeil-Essonnes ou encore Yerres, dont Boussy-Saint-Antoine est tout proche. A ce titre, le meurtre de Saint-Chéron fait plutôt figure d’exception. « Ces deux affaires se ressemblent dramatiquement mais le contexte est un peu différent, note Alexandre Touzet, vice-président Les Républicains du conseil départemental, chargé de la sécurité. Saint-Chéron est une petite commune de 5.000 habitants, relativement calme. Dourdan, dont sont originaires les six adolescents mis en cause, n’est pas connu pour ces phénomènes de bandes. Maintenant il faut déterminer s’il s’agit d’un fait isolé ou si ce type de rivalité gagne de nouveaux territoires. »

Alors que mardi soir, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé le renfort pour quelques semaines de 100 nouveaux policiers et gendarmes – pour éviter notamment « un match retour » –, Alexandre Touzet pointe un manque récurrent. « Nous sommes les moins bien dotés en policiers de toute la région, derrière le Val-d’Oise », insiste celui qui réclame également la création de trois nouveaux quartiers de reconquête républicaine, autour d’Yerres, de Palaiseau et de Sainte-Geneviève-des-Bois. Le préfet, lui, assure que cette piste sera étudiée pour tenter de comprendre la forte hausse des bandes, mais note que depuis 2017, les effectifs ont légèrement augmenté : de 2.127 policiers à 2.181 aujourd’hui. « Et les services ont été réorganisés pour qu’ils puissent être déployés rapidement là où on a besoin d’eux », insiste le haut fonctionnaire.

Détecter les signaux faibles

Le confinement a-t-il pu jouer un rôle ? « Tout ce qui contribue au décrochage scolaire et au désœuvrement est un facteur de risque », reconnaît Eric Jalon. C’est bien l’un des enjeux de cette problématique : la plupart des participants à ces rixes ont entre 13 et 16 ans et bien souvent la géographie de ces rivalités se calque sur la carte scolaire, suit les lignes de bus. « Depuis cet été, on travaille à décloisonner l’information entre les différents acteurs pour détecter et faire remonter au plus vite les "signaux faibles" », poursuit le préfet. Et de donner l’exemple du partenariat monté sur le secteur de Draveil, Montgeron et Vigneux-sur-Seine où une boucle d’échange a été mise en place entre la police nationale, municipale, les responsables des établissements scolaires et les transporteurs publics pour faciliter les échanges. La surveillance aux abords de certains collèges et lycées a également été renforcée.

Mardi, Gérald Darmanin a donné rendez-vous à tous les préfets de la région « pour essayer de travailler à une amélioration de ce qu’on peut faire sur des jeunes ou très jeunes », en lien avec le ministère de l’Education nationale. A l’échelle du département, Eric Jalon a convié, lundi, les maires des communes concernées par cette problématique pour tenter d’élargir les dispositifs déjà en place. Car s’ils ne permettent pas d’éviter tous les passages à l’acte, ils ont, selon le préfet, d’ores et déjà prouvé leur efficacité.