Var : « On n’a jamais vu ça en février ! »... Faute de ski, les touristes se rabattent sur Saint-Tropez et ses plages

TOURISME Privés de remontées mécaniques pour les vacances de février, les touristes affluent dans le Var et la situation sanitaire dans le département inquiète jusqu’au plus haut sommet de l’Etat

Mathilde Ceilles

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Les touristes sont inhabituellement nombreux en cette période de vacances de Février dans le Var
Les touristes sont inhabituellement nombreux en cette période de vacances de Février dans le Var — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Habituellement saison morte, les vacances de février 2021 dans le Var sont marquées par un afflux inédit de touristes.
  • Privés de remontées mécaniques, les touristes ont préféré les plages et le soleil aux montagnes qu’ils fréquentent habituellement.
  • Dans ce contexte, le préfet renforce les contrôles, alors que l’épidémie de Covid-19, et notamment de variant anglais, gagnet du terrain de manière inquiétante dans le Var.

De notre envoyée spéciale à Saint-Tropez et Ramatuelle,

Le soleil baigne la longue plage de lumière. Ça se lézarde tranquillement sur les serviettes qui squattent la première ligne, jusqu’au bout, au loin, tandis que les enfants piquent une tête, entre deux châteaux de sable. Le thermomètre affiche 20 degrés. « Et beh ! On n’est pas tout seul ». Derrière les amateurs de soleil, le parking est presque plein. Ile-de-France, Haute-Savoie ou encore Nord, il suffit de regarder les plaques d’immatriculation pour s’apercevoir que toute la France s’est donné rendez-vous sur la mythique plage de Pampelonne, aux portes de Saint-Tropez.

Rien d’anormal jusqu’ici. Sauf que la scène se situe à la fin du mois de février, soit, habituellement, une période où l’activité touristique est au plus bas dans le Var. Mais entre-temps, le coronavirus est passé par là, et a, semble-t-il, changer les plans des Français. « On s’est décidé à venir au dernier moment, confie Delphine, venue de Paris. D’habitude, à cette période de l’année, on va au ski. Mais là, on a décidé de venir ici pour que les enfants s’aèrent, au grand air. On ne voulait pas rester à Paris. Qu’est-ce qu’on peut y faire ? Tout est fermé ! »

« D’habitude, Saint-Tropez, c’est mort ! »

« On a des amis à Sainte-Maxime, et après avoir annulé deux fois notre séjour dans les Alpes, on est venu ici, abonde Christophe, un Nantais venu avec femme et enfant à Saint-Tropez. Au programme, c’est randonnée ou encore visite de caves chez des viticulteurs ! »

Derrière son comptoir, Béatrice, vendeuse dans la boulangerie « La Tarte tropézienne », lieu phare de la célèbre tarte, qui donne sur la place des Lices si chère aux amoureux de Saint-Tropez, n’en revient toujours pas. « Ça fait huit ans que j’habite ici, confie-t-elle. D’habitude, Saint-Tropez, c’est mort ! Un vrai village de pêcheurs. Là, depuis trois semaines, ça n’arrête pas. On n’a jamais vu ça en février ! On a l’impression d’être en plein pont de mai, ou au mois de juin. »

Ruée sur les sandwichs

La queue pour se restaurer dans son magasin semble n’avoir jamais de fin, alors que sonnent les douze coups de midi. Il faut dire que c’est un Saint-Tropez un peu spécial qui s’offre aux touristes, sans restaurant, sans bar, pas même le célèbre café Sénéquier. Alors, les badauds affamés se pressent devant les rares snacks qui proposent de la restauration à emporter, avant de prendre d’assaut le moindre banc public pour un pique-nique, transformant le port en terrasse géante.

« D’habitude, je n’ouvre jamais en mars, affirme Sauville, gérant depuis trente ans d’une sandwicherie qui fait face aux yachts. Mais la fermeture des remontées mécaniques a créé un appel d’air. Et en plus, la météo nous est favorable ! »

Une situation qui inquiète le préfet

« Ça donne une ambiance bizarre, confie Frédéric, avant d’entamer son pique-nique. Tous ces commerces, ces bars, ces restaurants fermés… C’est dommage de pas pouvoir rouvrir au moins les terrasses, avec ce beau soleil ! » « Nous, de notre côté, je peux vous dire qu’on enrage, peste Jean-Pierre Ghiribelli, le président de l’union des métiers et des industries de l’hôtellerie du Var. Voir tout ce monde, et savoir qu’on doit rester fermer… »

Une ouverture qui n’est pas d’actualité pour le préfet du département, pour qui l’heure est à la vigilance… et à l’inquiétude. A une centaine de kilomètres de là, le département voisin des Alpes-Maritimes s’apprête à vivre son premier confinement partiel ce week-end. « Je veux rappeler aux Varois et à ceux qui viennent dans le Var qu’il faut respecter les gestes barrières, martèle Evence Richard auprès de 20 Minutes. La situation sanitaire dans le département est tendue. Le taux d’incidence est élevé et l’occupation des lits de réanimation très importante. A cela, il faut ajouter les vacances scolaires et la bonne météo qui offrent la tentation de profiter avec un certain relâchement. »

La moitié des cas de Covid liée au variant anglais

Dès ce week-end, à la demande du préfet, 600 policiers et gendarmes vont quadriller le département pour faire respecter les restrictions sanitaires : « On fait tout pour éviter la propagation de l’épidémie. Mais si ce n’est pas suffisant, il faudra envisager des mesures comme dans les Alpes-Maritimes. Il faut que chacun fasse un effort si on ne veut pas être reconfiné ! »

Sans confirmer qu’il fait partie de la dizaine de départements visés par un durcissement imminent des mesures sanitaires telle qu’annoncé par Gabriel Attal, Evence Richard affirme que « le département du Var est regardé de près par les autorités centrales, notamment car la moitié des cas de coronavirus est liée au variant anglais ». Le Premier ministre Jean Castex tiendra une conférence de presse ce jeudi, pour évoquer ces potentielles nouvelles mesures.