Coronavirus : « 300 coups de fil, 60 candidatures, un entretien »... La galère des étudiants en recherche de stage

TEMOIGNAGES Pas simple en temps normal, trouver un stage est encore plus compliqué pour les étudiants cette année en raison de la crise sanitaire

Julie Urbach
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Illustration d'un étudiant et son ordinateur portable
Illustration d'un étudiant et son ordinateur portable — Gabrielle CEZARD/SIPA
  • Près d’une centaine de jeunes gens ont répondu à l’appel à témoins lancé par 20 Minutes.
  • Ils racontent les difficultés liées à la recherche de stage, leurs craintes pour l’avenir, et le manque de contact humain.

Précarité, isolement, décrochage… Depuis un an, la pandémie touche fortement les étudiants dans leurs études et leur vie quotidienne. Des difficultés rencontrées aussi dans la recherche de stage, qui est carrément devenue mission impossible pour certains alors que la fin d’année approche. Il y a quelques jours, la présidente de la région Pays-de-la-Loire Christelle Morançais (LR) a même lancé un appel aux entreprises pour qu’elles ouvrent davantage leurs portes aux jeunes. Le gouvernement, lui, mettra en ligne lundi prochain plus de 30.000 offres de stages sur sa plateforme 1jeune1solution. Objectif : répondre à des situations encore plus tendues que d’habitude, comme le racontent les jeunes internautes qui ont répondu par dizaines à l'appel à témoins de 20 Minutes.

« J’aurais dû commencer mon stage de fin d’études en laboratoire pharmaceutique en janvier, et me voici fin février toujours en recherche désespérée », écrit Antoine. Valentine, étudiante en droit, galère aussi : après 50 candidatures envoyées à des notaires, avocats ou associations de sa région, elle n’a pour le moment reçu que… cinq réponses, toutes négatives. « Ce sont toutes les mêmes : impossibilité de me recevoir à cause des conditions sanitaires. Je suis même arrivée au point où je suis heureuse d’avoir une réponse négative parce que cela prouve qu’on me considère un minimum », avoue la jeune Toulousaine, déjà privée de son job de serveuse.

« Si je n’ai rien, je ne pourrais pas valider mon année »

Si l’on comprend le manque d’offres dans certaines filières, comme le tourisme ou la restauration, il concerne aussi des secteurs plus porteurs. « Mon domaine d’études étant le management des entreprises de santé au sens large, je dois avouer que je suis dans l’incompréhension », indique Yann, qui raconte que son stage de Master 1 avait déjà été annulé, l’an dernier. « Une centaine de candidatures et aucune de positive, calcule de son côté Elias. Pourtant, étudiant en DUT Informatique, la demande devrait être simple ». Il faut dire que la concurrence est rude. « Beaucoup d’entreprises ont opté pour un alternant plutôt qu’un stagiaire pour répondre à leurs demandes, en raison des aides proposées par l'Etat pour les alternants », avance un internaute. Selma, étudiante en Gestion des entreprises et organisations, dresse un constat amer. « On se sent délaissé par des entreprises qui voudront plus tard qu’on ait un minimum d’expérience mais qui ne veulent pas nous la procurer », confie-t-elle. « C’est désespérant », écrit Max.

Des inquiétudes pour l’avenir parfois à très court terme, alors qu’un stage est souvent indispensable à la validation d’une année ou d’un cursus. « Cette année, c’est un désert, constate Graziella, qui a déjà eu plusieurs expériences dans le journalisme culturel. Si je n’ai rien, je ne pourrais pas valider mon année, tandis que j’ai obtenu mon premier semestre avec mention… » Jules, en arts appliqués, regrette que son école n’ait pas prévu de « filet de sauvetage » et se prépare à l’option d’un redoublement. Scénario impossible pour Baptiste, qui devra carrément arrêter ses études le cas échéant. « Je n’aurai pas les moyens de repayer une année supplémentaire de frais de scolarité », craint cet élève ingénieur nantais.

« Le contact humain manque cruellement »

Pour certains, à force de persévérance, cette quête a été couronnée de succès. Encore a-t-il fallu faire des concessions. Après « 300 coups de fils et 60 candidatures », Olivier rapporte avoir décroché un entretien pour un stage en psychologie où il a été pris… à 1h45 de chez lui. Coralie, elle, a accepté « une gratification minimale » en raison du « manque de budget de l’entreprise ». Ousaama, en BTS immobilier à Paris, savait qu’il n’aurait « pas énormément de missions à réaliser » mais a pu tirer de son stage de six semaines des échanges intéressants avec le directeur de l’agence qui avait, du coup, le temps pour le former.

En stage depuis septembre pour six mois, Lyna, elle, avoue regretter d’avoir accepté ce poste, faute de mieux. « Je suis dans le domaine du handicap alors que je veux me spécialiser dans le champ de l’addiction, raconte cette future assistante sociale. Je suis dans un bureau toute la journée, personne ne se soucie de nous et je n’aime pas ce que je fais. Ça joue sur mon mental, ça m’a dégoûté de mes études et de mon futur métier. »

Heureusement, le tableau n’est pas aussi noir pour tout le monde. Margaux, en master 2 marketing, a décroché sa place dans « une entreprise qui ne travaille qu’en ligne et qui a vu son activité exploser en 2020 ». Jean-Baptiste, lui, estime que son stage se déroule « normalement » même si « au bout de deux mois, le temps est long et le contact humain manque cruellement ». Il faut dire qu’après un jour sur site, le jeune homme est passé à 100 % en télétravail. « On a deux cafés virtuels dans la semaine, un accompagnement avec des points réguliers et surtout on nous rappelle de bien faire la frontière entre vie pro et vie perso. » Un apprentissage qui lui sera utile pour son entrée dans le monde du travail tel que l’a désormais façonné le Covid.