Coronavirus : Des restaurants en difficulté sont-ils ciblés par des fonds d’investissement ?

FAKE OFF Un post Facebook soutient qu'un restaurant en difficulté est la cible d'un fonds d'investissement opportuniste en cette période de fermeture imposée

Alexis Orsini

— 

Un graffiti du street-artiste TocToc dans une rue de Paris, le 20 février 2021 (illustration).
Un graffiti du street-artiste TocToc dans une rue de Paris, le 20 février 2021 (illustration). — CHINE NOUVELLE/SIPA
  • Fermés depuis des mois en raison des restrictions sanitaires contre le Covid-19, nombre de restaurants font face à une situation financière compliquée, malgré les mesures d'urgence adoptées par l'Etat.
  • A en croire un internaute, un restaurateur en difficulté se serait vu proposer la reprise de son établissement par un « fonds d’investissement » particulièrement opportuniste en cette période de crise.
  • Si le courrier en question est authentique, il relève d'une procédure de démarchage habituelle d'une société publiant des annonces de cessions de fonds de commerce, sans lien avec la crise du Covid-19. 

Alors qu’on ignore toujours à quelle date les restaurants et bars pourront rouvrir en cette période de restrictions anti-Covid-19, sur Facebook, un internaute s’alarme de l’intérêt jugé cynique d’un « fonds d’investissement » pour le commerce d’un de ses proches.

« Voilà ce que m’envoie un ami restaurateur de la Côte d’Azur, je vous rassure tout de suite, son restaurant n’est pas à vendre, mais oui, bien sûr, il est en difficulté. Mais il ne le vendra pas, voilà tous ces fonds d’investissement qui sont là pour tout racheter à travers la misère de tous ces petits – et je précise bien petits commerces – qui sont déjà dans une merde pas possible. C’est une honte totale ce qui est en train de se passer chez nous », dénonce-t-il.

Le courrier relayé sur Facebook
Le courrier relayé sur Facebook - capture d'écran/Facebook

Dans le courrier joint, signé du groupe « Pic International, spécialiste en transmission de commerces et d’entreprises », on peut ainsi lire : « Monsieur, nous avons le plaisir de vous informer que l’un de nos clients pourrait être intéressé par l’acquisition d’un commerce similaire au vôtre [de restauration traditionnelle]. […] Si notre offre vous intéresse, […] nous pourrons ainsi convenir d’un rendez-vous avec l’un de nos chargés de mission, sans engagement et dans la discrétion absolue, afin de nous entretenir de votre projet. »

FAKE OFF

Contactée par 20 Minutes, la société Pic International nous indique qu’elle « n’a rien à voir avec un fonds d’investissement ». « Nous traitons de la cession de fonds de commerce, notamment à travers un site de petites annonces », précise-t-elle.

« Le destinataire de ce message a dû faire partie d’un de nos publipostages habituels lui demandant s’il était vendeur, afin de voir si nos clients qui cherchent à reprendre des restaurants trouvent preneur. Comme les offres peuvent manquer dans certaines régions ou dans certains secteurs, nous procédons à des ciblages spécifiques », poursuit l’entreprise, qui rappelle qu’elle procède ainsi depuis près de cinquante ans – et que ce démarchage n’a donc aucun rapport avec la crise sanitaire actuelle.

« Une démarche courante en vue d’alimenter un site d’annonces commerciales »

« Il s’agit d’une recherche de cédants potentiels, qui n’a rien de malveillant : il nous arrive aussi de démarcher des chefs d’entreprise qui n’ont pas manifesté d’intention de céder leur établissement car ils pourraient être intéressés. C’est une démarche courante, en vue d’alimenter leur site d’annonces commerciales », abonde auprès de 20 Minutes le site Transentreprise, qui centralise toutes les annonces de cession d’activité et se trouve donc en contact direct avec les chambres de commerce et les chambres de métier de France.

En avril 2020, lors du premier confinement, certains internautes s’étaient déjà émus de la prétendue hausse du nombre de cessions d’activité dans le secteur de la restauration, à la faveur d’un tweet alarmiste sur le sujet. Mais comme l’avait alors indiqué à 20 Minutes Transentreprise, le secteur de la restauration-hôtellerie ne connaissait pas de hausse particulière de cessions d’activité, tout en notant : « Généralement, un projet de cession ne se décide pas du jour au lendemain, ça se réfléchit. C’est un petit peu tôt aujourd’hui mais ça pourrait évoluer dans les mois qui viennent »

Dix mois après, Transentreprise indique avoir « plutôt observé une baisse du nombre de projets de cession ou du moins un report ». « Pour vendre une entreprise, il faut pouvoir prouver sa rentabilité grâce à son chiffre d’affaires, qui repose nécessairement sur une activité, donc les gérants ont tout intérêt à attendre la reprise pour en tirer un prix plus intéressant. On risque en revanche de voir plus de restaurants en difficulté quand il n’y aura plus d’aides financières », explique le site.

Depuis plusieurs mois, nombre d’établissements réclament de pouvoir enfin réaccueillir leurs clients – une demande qui a reçu le soutien de 65 sénateurs le week-end dernier, alors qu’Emmanuel Macron avait indiqué, mi-janvier, sans plus de précision, que les restaurants rouvriront « dès que possible ».