Coronavirus : Après les Alpes-Maritimes, la stratégie du confinement local sera-t-elle appliquée ailleurs ?

RESTRICTIONS C'est une première en métropole depuis le début de la crise sanitaire 

Manon Aublanc

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Un passant à Nice (image d'illustration).
Un passant à Nice (image d'illustration). — VALERY HACHE / AFP
  • Nice et le littoral des Alpes-Maritimes, le département le plus touché de l’Hexagone, vont être strictement confinés pour au moins deux week-ends.
  • L'annonce d'un confinement territorialisé, en vigueur depuis le 5 février à Mayotte, est une première en métropole.
  • D’autres départements, comme la Moselle, avaient déjà réclamé un confinement local, mais le gouvernement avait toujours refusé jusqu'ici.

Une mesure inédite à l’échelle locale. Face à la flambée des cas de contaminations et à la saturation des hôpitaux dans les Alpes-Maritimes, de nouvelles restrictions locales ont été annoncées, ce lundi, dont le confinement pendant les deux prochains week-ends de Nice et du littoral du département.

Dès la fin de semaine, les habitants du littoral s’étendant de Théoule-sur-Mer à Menton, une zone qui regroupe environ 90 % de la population du département, seront confinés du vendredi soir, 18 heures, au lundi matin, 6 heures. Comme lors du premier confinement il y a un an, les sorties d’une heure seront autorisées, mais dans un rayon de 5 kilomètres, avec une attestation. Il s’agit là d’un véritable confinement territorial donc, qui tranche avec la stratégie nationale jusqu’ici privilégiée par l’exécutif. Le début d’une révolution au niveau des décisions sanitaires hexagonales ?

Une situation propre aux Alpes-Maritimes

Avant les Alpes-Maritimes, d’autres départements avaient réclamé des mesures similaires. La Moselle, où le taux d’incidence dépasse les 300, est également confrontée à une flambée des contaminations, liée notamment au variant apparu en Afrique du Sud. La semaine dernière, la piste d’un confinement ou d’un couvre-feu durci le week-end avait été évoquée, avant d’être écartée par le ministre de la Santé, Olivier Véran. Même chose à Dunkerque, qui a observé un taux très haut du variant anglais. « La situation dans le Grand-Est et dans le Nord est différente de celle de Nice, ce n’est pas une envolée épidémique, c’est un nombre important de variants. A Nice, on peut vraiment parler d’un rebond épidémique. Les services hospitaliers sont saturés, ils n’avaient plus de marge de manœuvre », estime Martin Blachier, épidémiologiste et médecin de santé publique.

Si de telles mesures ont été prises, c’est avant tout que la situation sanitaire est particulièrement inquiétante dans les Alpes-Maritimes. Les services hospitaliers sont « proches de la saturation », souligne Romain Alexandre, le représentant de l’ARS, ce lundi, avec un taux d’incidence de 556 pour 100.000 habitants dans le département, « le plus élevé de France », contre 197 en moyenne à l’échelle nationale. Le taux de positivité, quant à lui, est « en nette augmentation dans toutes les tranches d’âge exceptées pour les plus de 80 ans ».

Eviter un reconfinement national

Pourquoi une telle différence de traitement ? A cause de « l’attractivité » du département, notamment en période de vacances scolaires, selon le maire LR de Nice, Christian Estrosi. Les remontées mécaniques étant fermées, de nombreux Français ont choisi de profiter de la douceur printanière des Alpes-Maritimes. « Il y a eu un afflux de personnes dans le département depuis le début des vacances, ça crée forcément de la mixité. Ces lieux-là sont devenus des lieux à risques », explique Martin Blachier, pour qui les chiffres devraient redescendre naturellement à la fin des vacances.

En autorisant un reconfinement local dans les Alpes-Maritimes, l’exécutif pourrait bien avoir décidé de changer radicalement de stratégie en arrêtant de privilégier les mesures nationales. « Il y a effectivement une forme de territorialisation, on va peut-être laisser davantage de marges de manœuvre aux élus locaux, ce sont eux qui sont en contact direct avec leur population, qui sont les plus à même de trouver des solutions adaptées », reconnaît Marie-Aline Bloch, chercheuse en sciences de gestion à l’École des hautes études en santé publique (EHESP). Mais pour la spécialiste, impossible de laisser chaque département faire à sa sauce : « Il faut adapter les mesures en fonction des situations de chaque territoire, mais en gardant en tête la problématique nationale, puisqu’il y a des flux entre régions. »

Pour Martin Blachier, l’idée est de confiner localement pour éviter de reconfiner nationalement. « En acceptant le confinement local, le message est simple. Emmanuel Macron n’a aucune envie de repartir sur un confinement national. Il préfère lâcher sur la régionalisation que d’ajouter des restrictions nationales », décrypte le chercheur, qui estime que d’autres départements pourraient obtenir le feu vert de l’exécutif dans les prochaines semaines. Il est « fondamental de pouvoir prendre des décisions au bon moment lorsqu’on voit qu’il y a une situation sanitaire qui est sous tension », a reconnu Olivier Véran, ce lundi à Villefranche-sur-Saône, ouvrant la porte à d’autres départements.