Bordeaux : Malgré la demande d’un moratoire, les opérateurs activent bel et bien la 5G

TECHNOLOGIE Après Bouygues et SFR, Orange active la 5G ce mardi sur Bordeaux

Mickaël Bosredon

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Bouygues Telecom, SFR et Orange ont bel et bien activé la 5G sur le territoire de la métropole de Bordeau.
Bouygues Telecom, SFR et Orange ont bel et bien activé la 5G sur le territoire de la métropole de Bordeau. — Lionel BONAVENTURE / AFP
  • L’élue écologiste Delphine Jamet reconnaît qu’une collectivité comme une ville ou une métropole « ne peut pas contraindre un opérateur ».
  • Elle souligne que des capteurs d’exposition aux ondes électromagnétiques ont été installés, et qu’il faut maintenant anticiper l’arrivée de la 5G sur la fréquence 26 ghz.
  • Orange assure de son côté que la 5G est absolument nécessaire, pour faire face aux usages du numérique en mobile, en constante augmentation.

Après deux ans d’expérimentation, la 5G, est bel et bien en train de se développer sur Bordeaux. Le vote à la rentrée dernière d’une motion par la majorité verte et PS de Bordeaux Métropole, demandant au gouvernement un moratoire sur cette technologie et un report du processus d’attribution des fréquences, n’y a donc rien changé.

Ainsi, Bouygues Telecom et SFR ont ouvert le 8 février l’ensemble du territoire métropolitain à la 5G. Ce mardi, c’est au tour d’Orange de le faire, sur la ville de Bordeaux, essentiellement sur des bandes de fréquence de 3,5 GHz. « La métropole avait demandé à l’Etat d'appliquer un moratoire dans l'attente d'études complémentaires, mais nous, on ne peut pas contraindre les opérateurs » reconnaît Delphine Jamet, adjointe EELV au maire de Bordeaux, et conseillère métropolitaine en charge du numérique. Elle souligne que la collectivité a juste réussi à « gagner un peu de temps. »

Environ 80 nouvelles antennes sur Bordeaux

« Normalement, les opérateurs auraient dû déployer la 5G fin novembre-début décembre, ils ont reculé un peu, pas assez à mon goût… Ils ont juste attendu que l’on installe nos capteurs d’exposition aux ondes électromagnétiques. On en a trois sur Bordeaux – place de la Victoire, au Grand Parc et à proximité du CHU – qui permettent de suivre les mesures en ligne, sur le site de l’observatoire de l’Anfr (Agence nationale des fréquences). » Des niveaux qui sont aujourd’hui conformes à la législation, puisque tournant entre 1,5 et 2,5 Volts/mètre (V/m), alors que les valeurs limites réglementaires se situent entre 36 et 61 V/m selon les fréquences pour la téléphonie mobile. Les fréquences « sont très encadrées, assure Eric Arduin, délégué régional Nouvelle-Aquitaine Sud chez Orange, et l’Anfr veille au respect de ces seuils. »

Il confirme que « l’arrivée de la 5G nécessite l’installation de nouvelles antennes, environ 80 sur Bordeaux, mais sur des sites existant. » « On a toujours dit qu’on lancerait une 5G utile et responsable, poursuit-il. On se concentre là où notre réseau 4G est le plus sollicité, afin d’éviter tout risque de saturation, car nous prévoyons sur des zones denses que la 4G pourrait être saturée d’ici 18 à 24 mois. Et nous avons mis en place des antennes intelligentes, qui restent en veille la plupart du temps, et qui ne se réveillent que lorsqu’elles détectent un terminal qui fait appel à elles. »

Anticiper l’arrivée de la 5G sur la fréquence de 26 ghz

« Le Haut Conseil pour le climat a très clairement dit que l’impact sur l’environnement va être important, assène pour sa part Delphine Jamet. Il va en effet falloir changer tous les terminaux, et il va y avoir une consommation plus importante puisqu’il y aura davantage de flux de données. Il faut que chacun prenne conscience de l’usage que l’on fait du numérique, car l’impact du numérique sur les GES est de l’ordre de 4 %, avec une augmentation de 8 % par an. Et certes, le numérique limite des déplacements, mais on n’est pas obligé d’utiliser la 4G ou la 5G pour se connecter à Internet, la fibre se déploie quand même de plus en plus. Enfin, faut-il constamment créer de nouveaux besoins ? Je n’en suis pas certaine. »

L’élue estime cependant que le débat autour de cette 5G sur la fréquence de 3,5 GHz est maintenant dépassé, et qu’il faut se concentrer dorénavant sur l’arrivée de la fréquence de 26 GHz. « Cette fréquence multiplierait par six l’impact par rapport à la 3,5 GHz », prévient Delphine Jamet, qui indique que les premières expérimentations sont prévues pour 2022-2023. « Ce sera à l’Etat de se saisir du sujet, en attendant on a bien dit que sur la métropole de Bordeaux, il n’y aurait pas d’expérimentation de la 26 GHz. »

Les usages data ont augmenté de 40 % entre 2019 et 2020

« La 26 GHz est annoncée d’ici trois à cinq ans, temporise Eric Arduin, il sera essentiel de dialoguer avec les collectivités le moment venu. » Et en attendant, la fibre ne peut pas répondre à tout, argumente-t-il. « Ce sont deux réseaux complémentaires, la 5G est utilisée essentiellement en mobilité, or il faut savoir qu’aujourd’hui, 50 % des connexions internet se font via les smartphones. La fibre permet du très haut débit à son domicile ou dans son entreprise. »

De plus, poursuit le directeur, « on se rend compte que les usages digitaux augmentent de façon exponentielle : entre septembre 2019 et septembre 2020, les usages data sur le parc Orange ont augmenté de 40 %, entraînant un risque de saturation des réseaux actuels d’ici à 2022. »

Pour le directeur régional d’Orange, « de nombreux usages de la vie quotidienne vont être facilités par la 5G, par exemple la télémédecine et le contenu éducatif, qui se sont particulièrement développés durant les périodes de confinement. La 5G va aussi permettre aux entreprises d’accélérer leur digitalisation, et aux collectivités de développer des services autour de la ville intelligente, comme du pilotage de trafic routier pour fluidifier la circulation en temps réel. »