#SciencesPorcs : « L’un des moyens d’agir contre les violences sexuelles est une meilleure éducation au consentement »

INTERVIEW Ella Hamonic, cofondatrice de l’association Sexe & consentement, va à la rencontre des étudiants pour les sensibiliser au respect du désir de l’autre

Propos recueillis par Delphine Bancaud
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Illustration d'un couple dans une rue de Paris.
Illustration d'un couple dans une rue de Paris. — Pixabay
  • Depuis deux semaines, des témoignages d’étudiant(e)s d’Instituts d’études politiques affluent sur Twitter pour dénoncer des viols et agressions sexuelles survenus dans leurs écoles.
  • Ella Hamonic, cofondatrice de l’association Sexe & consentement, explique à 20 Minutes le travail de terrain qu’elle effectue auprès des étudiants. 
  • Son but : les sensibiliser à la notion de consentement.

Depuis plusieurs semaines, les prestigieux Instituts d’études politiques (IEP) sont touchés par une vague de témoignages d’étudiant(e)s faisant état de violences sexuelles, via le hashtag #sciencesporcs sur Twitter. Et certains établissements de l’Enseignement supérieur sont accusés de ne pas suffisamment protéger les étudiant(e) s victimes de violences sexistes et sexuelles.

Pourtant, des initiatives existent pour faire de la prévention. C’est la mission que s’est fixée l’association Sexe & consentement, qui a noué un partenariat avec le ministère de l’Enseignement supérieur et fait des actions de sensibilisation à la notion du consentement sexuel dans les universités et les grandes écoles. Pour 20 Minutes, sa cofondatrice, Ella Hamonic, explique en quoi ce travail de terrain est essentiel pour faire bouger les mentalités.

Avez-vous été surprise par l’ampleur des récentes révélations de violences sexuelles vécues par des étudiant(e) s ?

Non, car nous avons fondé l’association Sexe & consentement en 2019 parce que nous étions conscientes de fléau. D’ailleurs, selon un rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) paru en 2020, 63 % des femmes disent avoir subi ou été témoins de violences sexistes ou sexuelles sur leur campus.

Il est urgent que les universités et les grandes écoles changent de culture à propos de la sexualité. Et pour nous, l’un des moyens les plus efficaces d’agir est une meilleure éducation au consentement, dès l’arrivée des étudiants sur leur campus. Car les trois premiers mois de leur vie d’étudiant constituent une zone rouge, en raison des séminaires d’intégration et des soirées pas forcément bien encadrées.

Comment expliquez-vous que cette notion de consentement soit encore si mal appréhendée ?

Actuellement, le consentement explicite n’est pas encore assez présent dans l’imaginaire collectif de la sexualité, il n’est d’ailleurs pas représenté dans les films. Certains estiment que si une personne n’a pas exprimé oralement son refus d’une relation sexuelle, c’est qu’elle est d’accord. Ou que si elle accepte une invitation à domicile, c’est qu’elle a envie d’aller plus loin.

Il faut apprendre à chacun à demander un consentement explicite en posant des questions simples : « Est que tu as envie de faire l’amour ? », « est-ce que je peux continuer ? » ou « tu as envie de quoi avec moi ? ». Et dissiper l’idée de zone grise en matière de sexualité. Il est urgent que les pouvoirs publics lancent une campagne nationale de communication sur la notion du consentement et que l’on en parle dès la fin de l’école primaire.

En quoi consistent vos interventions ?

Elles sont variées : nous en avons effectué une trentaine et touché plus de 3.000 étudiants à l’université de Grenoble-Alpes, Nanterre, Vincennes-Saint-Denis, Paris VIII… Nous distribuons des préservatifs dans les établissements avec des messages sur le consentement tels que : « Est-ce que tu as demandé avant ? », « Sans oui, c’est non », « Pour jouer à deux, il faut dire oui »… C’est l’occasion s’ouvrir le dialogue avec les étudiants.

Autre action : des ateliers de 2 heures autour du consentement et de la notion de témoin actif susceptible d’intervenir en cas de comportement qui pourrait dégénérer en agression sexuelle. C’est l’occasion de réfléchir à la manière de demander à l’autre de manière explicite son consentement, sans casser l’ambiance.

L’art est aussi un moyen d’éveiller les consciences, d’où les ateliers d’écriture via lesquels les participants sont invités à raconter un épisode de leur vie lors duquel ils n’ont pas pu dire non ou ils ont eu l’impression d’outrepasser le désir de l’autre. Nos ateliers d’exercices corporels permettent aussi d’apprendre à reconnaître les gestes non verbaux de rejet corporel. Chacune de nos interventions est l’occasion de redonner les numéros des cellules chargées de traiter les situations de harcèlement sexuel ou de comportements sexistes.

Mais généralement, ce sont les étudiants déjà sensibilisés qui participent à ce type d’initiatives. Comment toucher ceux qui ont des comportements déviants et qui sont dans le déni ?

Lorsque nous abordons les étudiants en leur distribuant des préservatifs, certains ne semblent pas réceptifs à ce que l’on leur dit. Et 70 % des participants à nos ateliers sont des femmes. Mais nous pensons que plus les étudiants entendront parler de consentement, plus ils intégreront le message.

L’idéal serait d’obliger tous les étudiants et les enseignants à suivre un module de prévention des violences sexuelles, comme c’est le cas dans certains pays. Il faut aussi donner les moyens aux universités de financer plus d’actions de sensibilisation.