RSA : « Notre "minimum jeunesse" vise à tendre la main à des jeunes qui se noient », explique Boris Vallaud

INTERVIEW Député PS des Landes, Boris Vallaud a répondu aux questions de « 20 Minutes » sur la proposition de loi dont il est le rapporteur et qui sera examinée ce jeudi à l'Assemblée

Propos recueillis par Clément Giuliano

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Distribution d'aide alimentaire par l'association COP1 aux étudiants et étudiantes en situation de précarité, le 29 janvier 2021 à Paris (illustration)
Distribution d'aide alimentaire par l'association COP1 aux étudiants et étudiantes en situation de précarité, le 29 janvier 2021 à Paris (illustration) — Louise MERESSE/SIPA
  • Les députés examinent, ce jeudi dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, plusieurs textes soumis par le groupe socialiste. A l’ordre du jour, une propostion de loi coécrite par Boris Vallaud visant à instaurer un « minimum jeunesse ».
  • L’élu PS des Landes propose en particulier de fusionner le RSA et la prime d’activité pour créer un « revenu de base » accessible à partir de 18 ans contre 25 ans aujourd’hui pour le RSA. Refusée par la majorité LREM-MoDem, le texte devrait être rejeté, mais Boris Vallaud souhaite que cette proposition soit reprise dans le cadre de la prochaine présidentielle.
  • « Chacun voit, tous les soirs, des jeunes faire la queue devant les banques alimentaires et s’enfoncer dans la précarité. Ça fait mal au ventre et il y a de quoi être révolté », déclare le député, qui écarte tout risque d’effet dissuasif de la mesure sur la recherche d’emploi.

« La société ne veut pas laisser tomber la jeunesse. » Fort de cette conviction, et alors que les questions liées à un revenu universel suscitent de plus en plus d'intérêt chez les responsables politiques en raison de la crise économique et sociale liée à l’épidémie de coronavirus, les députés socialistes ont fait inscrire à l’ordre du jour de l'Assemblée nationale, ce jeudi, leur proposition de création d’un « minimum jeunesse ».

Défendue notamment par les députés Boris Vallaud (Landes) et Hervé Saulignac (Ardèche), elle vise notamment à réformer le RSA et la prime d’activité pour donner naissance à un « revenu de base » accessible à partir de 18 ans, contre 25 ans aujourd’hui pour le RSA. Le texte prévoit aussi l’instauration d’une dotation universelle de 5.000 euros pour permettre à chaque jeune de financer une formation ou la création d’une entreprise, par exemple. « Il serait grave que, ce jeudi, la représentation nationale ne soit pas au rendez-vous de cet acte de fraternité », prévient Boris Vallaud dans un entretien accordé à 20 Minutes.

Boris Vallaud est député PS des Landes depuis 2017.

Vous proposez l’instauration d’un « minimum jeunesse ». La perception de l’opinion a-t-elle évolué sur ces questions de revenu universel, porté notamment par Benoît Hamon lors de la présidentielle de 2017 ?

Je pense que chacun a sous les yeux, pour la vivre directement ou en être témoin, la violence de la crise sociale que nous traversons. Chacun voit, tous les soirs, des jeunes faire la queue devant les banques alimentaires et s’enfoncer dans la précarité. Ça fait mal au ventre et il y a de quoi être révolté. Face à cette réalité brutale, la perception a effectivement changé. La société ne veut pas laisser tomber la jeunesse. Un sondage publié lundi a d’ailleurs montré que 68 % des Françaises et des Français étaient favorables à l’extension du RSA aux moins de 25 ans*. Désormais, il n’y a plus guère que la majorité et le gouvernement pour y être opposés…

Notre proposition de « minimum jeunesse » vise donc à tendre la main à des jeunes qui se noient, pour les aider à sortir de cette crise mais aussi à s’inventer un avenir. J’ajoute que la proposition de loi vise également à rendre le versement de ce « revenu de base » obligatoire pour toutes les personnes qui y ont droit. On va donc ainsi rattraper 25 % de personnes qui ont droit au RSA mais ne le perçoivent pas car elles ne connaissent pas leurs droits. La fraternité, la solidarité ne doivent pas rester des mots mais doivent se traduire dans les actes politiques.

Cette proposition de loi, vous l’avez rappelé en commission à l’Assemblée, est le fruit de plusieurs années de travail du groupe socialiste. Elle semble prendre tout son sens aujourd’hui…

C’est en réalité la suite d’un travail mené par 19 départements socialistes qui, il y a plus de trois ans, avaient proposé d’expérimenter un tel revenu de base. La majorité avait balayé notre proposition d’un revers de main sans débat. Lorsque nous avons vu cette pandémie éclater, nous avons tout de suite compris que deux catégories de population en souffriraient le plus : les jeunes et les personnes en situation de précarité. Nous avons donc repris le travail au moment du premier confinement, avec notamment une consultation en ligne en partenariat avec l’association Parlement & citoyens, qui s’est achevée mi-janvier.

Votre projet de « minimum jeunesse » constituerait nécessairement des dépenses publiques supplémentaires. Comment les financer ?

Un certain nombre d’études documentaires montrent que le coût de la pauvreté est supérieur aux coûts de politiques de lutte contre la pauvreté. Cette proposition de loi, c’est un investissement dans l’avenir dont le coût global, que nous estimons à 20 milliards par an au maximum, sera profitable à l’ensemble de la société. Tout le monde vit mieux dans un monde plus égalitaire.

Nous avons identifié plusieurs pistes pour financer ce « minimum jeunesse », notamment la fiscalité sur les multinationales qui aujourd’hui ne paient pas leurs impôts ou encore une taxe sur les très grosses successions qui consistent à la transmission d’une rente.

« Aucune étude dans le monde n’a fait de lien entre ce type d’aides et la recherche d’un emploi », souligne Boris Vallaud

L’une des principales critiques vis-à-vis de votre projet concerne le risque de mise en place d’une forme d’« assistanat ». Que répondez-vous à cette critique ?

Nous voulons répondre à cette inquiétude par les faits. Esther Duflo, prix Nobel d’économie en 2019, qui travaille depuis des années sur la pauvreté, a rappelé encore cette semaine qu’aucune étude dans le monde n’a fait de lien entre ce type d’aides et la recherche d’un emploi **. Tout le monde veut travailler, notamment les jeunes, qui veulent un boulot de qualité et qui ait du sens. Il nous faut donc marcher sur deux jambes : mener la bataille de l’emploi de jeunes et avoir un accompagnement sur le plan social. Notre « minimum jeunesse » s’adosse d’ailleurs à un dispositif d’accompagnement des bénéficiaires qui doit être de haut niveau. On est appelé à sortir de la crise sanitaire, mais aussi à changer de modèle.

Votre proposition de loi a été rejetée en commission et devrait être rejetée ce jeudi à l’Assemblée nationale. Souhaitez-vous que cette proposition d’un revenu de base soit au programme du ou de la candidate qui sera soutenue par le PS en 2022 ?

Oui, bien sûr, je le souhaite, et je pense que ce sera le cas. Mais je souligne que le but de notre proposition n’est pas de nous opposer coûte que coûte au gouvernement et à la majorité. Je leur dis : « Faisons ça ensemble pour notre jeunesse ! » Ce serait grave que, ce jeudi, la représentation nationale ne soit pas au rendez-vous de cet acte de fraternité.

* Sondage EcoScope OpinionWay-Square pour Les Echos et Radio classique réalisé en ligne les 10 et 11 février 2021 auprès d’un échantillon représentatif de 1.002 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

** Sur France Inter, l’économiste a déclaré lundi : « Aucune étude dans le monde ou en France ne montre qu’un revenu assuré, comme le RSA, ait un effet démobilisateur. On n’a jamais vraiment vu ça. Soit on trouve peu d’effets, négatifs ou positifs, sur la reprise d’emploi […], soit, quand on trouve des effets, ils ont plutôt tendance à être positifs. »