En colère, les producteurs d’œufs font irruption dans des hypermarchés à Nantes et à Rennes

AGRICULTURE Les éleveurs de poules pondeuses dénoncent la volonté de certaines enseignes de baisser les prix alors que les coûts de production ont grimpé

Frédéric Brenon

— 

Manifestation de producteurs d'œufs dans l'hypermarché Auchan de Saint-Sébastien-sur-Loire,  le 17 février 2021.
Manifestation de producteurs d'œufs dans l'hypermarché Auchan de Saint-Sébastien-sur-Loire, le 17 février 2021. — F.Brenon/20Minutes
  • Des producteurs d’œufs ont manifesté à Nantes et à Rennes ce mercredi.
  • Ils ont vidé les rayons d’œufs de magasins Auchan et Carrefour.
  • Ils reprochent à ces enseignes de vouloir baisser les prix dans le cadre des négociations annuelles.

« Hors la loi, Auchan ne rémunère pas les producteurs ». Le message s’affiche en grosses lettres sur une bâche recouvrant le rayon « œufs » de l’hypermarché Auchan de Saint-Sébastien-sur-Loire ( Loire-Atlantique). La conséquence d’une manifestation exceptionnelle d’une centaine d’éleveurs avicoles à l’intérieur de la grande surface ce mercredi après-midi. Venus de toute la région Pays-de-la-Loire, ces producteurs de poules pondeuses ont récupéré toutes les boîtes d’œufs du magasin et les ont empilées symboliquement devant l’entrée, après avoir dégradé les code-barres.

Des pâtisseries industrielles gourmandes en œufs ont également fait les frais de l’opération, déclinée au même moment au sein d’un hypermarché Carrefour de Rennes. Objectif : dénoncer la « pression insupportable » mises « par les enseignes Auchan, Carrefour, Casino et Aldi » dans le cadre des négociations annuelles en cours avec les fournisseurs.

« C’est méprisant et contraire à la loi »

« Depuis l’été dernier, les producteurs sont confrontés à une hausse de près de 25 % du prix des matières composant l’alimentation distribuée aux volailles, explique Eric Guellaff, président de l’union des producteurs du Grand Ouest. Nos exploitations sont donc fragilisées. Mais au lieu d’envisager une hausse du prix d’achat des œufs, quatre enseignes de la grande distribution exigent à l’inverse une baisse de prix aux fournisseurs. C’est méprisant, et surtout contraire à la loi EGAlim [adoptée fin 2018, la loi vise, notamment, à payer le juste prix aux producteurs]. »

Manifestation de producteurs d'œufs dans l'hypermarché Auchan de Saint-Sébastien-sur-Loire, le 17 février 2021.
Manifestation de producteurs d'œufs dans l'hypermarché Auchan de Saint-Sébastien-sur-Loire, le 17 février 2021. - F.Brenon/20Minutes

Ces exigences de rabais passent d’autant plus mal que les éleveurs ont le sentiment d’avoir « démontré une forte mobilisation pendant la crise sanitaire », crise dont la grande distribution est perçue comme « la grande gagnante financière ». Pour répercuter la hausse de leurs charges, ils demandent donc une augmentation de 1 centime par œuf. Ce qui reviendrait à environ 3 centimes de hausse en magasin dans la mesure où un œuf est, après conditionnement et mise en rayon, « revendu en moyenne trois plus cher [entre 15 et 45 centimes l’unité selon sa catégorie] que le prix payé au producteur ».

« Je pense que les consommateurs sont prêts à comprendre »

« Nous sommes pris à la gorge. Seule cette hausse de 1 centime par œuf permettrait de sauver la filière locale. Je pense que les consommateurs sont tout à fait prêts à comprendre », insiste Olivier Traineau, représentant des Jeunes agriculteurs FRSEA.

Spectateur de la manifestation, le directeur du magasin Auchan dit « comprendre la colère des éleveurs ». Il assure toutefois que les négociations de prix ne « se jouent pas à (s)on niveau ». Quant aux œufs et produits entreposés devant les caisses, ils seront soit remis en rayon à prix soldés, soit distribués à des associations. « Il n’y aura pas de gâchis », promet-il.