Calais : « En 2020, on avait deux virus, le Brexit et le Covid-19 »… Les liaisons avec l’Angleterre toujours au ralenti

REPORTAGE En ce début d’année 2021, le port de Calais souffre davantage de la crise sanitaire liée au coronavirus que du Brexit

Gilles Durand

— 

Le trafic de voyageurs entre l'Angleterre et la France est quasi inexistant sur le port de Calais.
Le trafic de voyageurs entre l'Angleterre et la France est quasi inexistant sur le port de Calais. — G. Durand / 20 Minutes
  • Depuis le début d’année, les liaisons Transmanche fonctionnent au ralenti, que ce soit sur le port de Calais ou dans le tunnel.
  • Le prolongement de la crise sanitaire liée au Covid-19 ne fait qu’accentuer le phénomène.
  • Au mois de janvier, le port de Calais a connu une baisse de trafic de 27 % par rapport à 2020.

Désert portuaire. Dans la grisaille, les camions arrivent au compte goutte sur le terminal ferry de Calais. Ce lundi, ils ne sont que 2.100 à partir pour l’Angleterre et 1.900 à débarquer. « Le lundi, c’est une petite journée en plus », glisse Jean-Marc Puissesseau, PDG de la société d’exploitation des ports du détroit. Les voitures de particuliers, elles, ont quasiment disparu. En cette mi-février, on est loin des habituelles norias sur ce port qui se partage avec Eurotunnel le trafic de marchandises et de voyageurs entre la France et la Grande-Bretagne.

Depuis le début d’année, les liaisons Transmanche fonctionnent au ralenti, que ce soit sur le port de Calais ou dans le tunnel. Avec le Brexit, la situation était plus ou moins prévisible lors des premiers mois. Le prolongement de la crise sanitaire liée au Covid-19 ne fait qu’accentuer le phénomène.

Un « portefeuille virtuel » pour faciliter les démarches administratives

Au mois de janvier, le port de Calais a connu une baisse de trafic de 27 % par rapport à 2020. Baisse qui résulte notamment des stocks réalisés par les entreprises anglaises, fin 2020, pour éviter les frais de douane. Début février, la baisse s’établit à 7 %. Mais ce ne sont pas les formalités douanières qui freinent la circulation.

« Nous étions déjà prêts pour le Brexit depuis la fin 2018 puisque la première date de sortie de l’Union européenne du Royaume-Uni était prévue le 29 mars 2019. On a beaucoup travaillé avec la douane pour mettre en place une frontière intelligente concernant les contrôles à l’import », explique Jean-Marc Puissesseau.

Les camions au compte gouttes sur le port de Calais.
Les camions au compte gouttes sur le port de Calais. - G. Durand / 20 Minutes

Comme son concurrent Eurotunnel, le port de Calais a dû mettre en place une sorte de portefeuille virtuel pour faciliter les démarches administratives. Après avoir fait une déclaration auprès des douanes britanniques et françaises, les chauffeurs routiers reçoivent une information lorsqu’ils sont à bord du ferry. « La plupart peuvent prendre la ligne verte pour sortir directement du port. Les autres doivent se rendre sur un parking orange pour régler des problèmes administratifs, douaniers ou sanitaires », raconte le responsable du port.

Un nouveau port livré en 2022

En janvier, un tiers des poids lourds ont dû passer par cette zone de transit. « En fait, la grande majorité restait peu de temps. Il s’agissait de détails. La proportion est tombée à 10 % début février, relativise le patron du port. Concernant les contrôles douaniers et vétérinaires des marchandises, comme c’est le cas des chevaux de course, par exemple, on tombe à 3 % des camions, comme nous l’avions estimé. »

Tout se passe donc comme prévu. Sauf que la crise sanitaire fait de la résistance et bouleverse les plans. « En 2020, on avait deux virus, le Brexit et le Covid. Le Brexit, on s’y est adapté. On a pris tous les antidotes. Reste à soigner le Covid et, en 2022, on devrait faire une belle année car c’est en 2022 qu’arrive notre nouveau port. Le chantier doit se terminer le 5 mai », assure-t-il.

Ce port moderne sera le seul en France à être équipé d’un terminal ferroviaire permettant de transborder des remorques sans les camions tracteurs et sans les chauffeurs. « Ça doit nous ouvrir de nouveaux marchés. On cherche notamment à ouvrir de nouvelles liaisons avec un port anglais au-dessus de l’embouchure de la Tamise pour que les camions du nord de l’Angleterre évitent les embouteillages entre Douvres et Londres. »

L’enjeu est de taille. En 2020, l’infrastructure portuaire a perdu 30 millions de chiffres d’affaires par rapport à 2019.

Le trafic transmanche, un enjeu économique vital