Parcoursup : Procédure trop longue, inégalités territoriales… Les points faibles de la plateforme d’admission post-bac

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Le Comité éthique et scientifique de Parcoursup, une instance indépendante, a rendu public son rapport annuel ce mardi

Delphine Bancaud

— 

Image d'illustration du site Parcoursup.
Image d'illustration du site Parcoursup. — DENIS CHARLET / AFP
  • La procédure Parcoursup 2021 a démarré le 20 janvier. Les lycéens de terminale et les étudiants en réorientation peuvent y formuler des vœux d’orientation.
  • Dans son rapport annuel rendu public ce mardi, le Comité éthique et scientifique de Parcoursup, une instance indépendante, juge que la plateforme a encore des progrès à faire.
  • Notamment en matière d’adéquation de l’offre et de demande de formations, de transparence, d’accompagnement des étudiants en réorientation…

Après trois ans d’existence, Parcoursup a encore des progrès à faire. La plateforme d’orientation dans l’enseignement supérieur, si décriée lors de sa première année d’existence, s’est améliorée dans plusieurs domaines. Mais elle a toujours quelques travers, comme le souligne le rapport annuel du Comité éthique et scientifique de Parcoursup (CESP), une instance indépendante, publié ce mardi. Voilà quatre défis qu’il va falloir relever dans les prochaines années.

Une procédure trop longue

« Nous pensons que la procédure est trop longue », estime la présidente du CESP, Isabelle Falque-Pierrotin. Car la formulation des vœux par les candidats démarre mi-janvier et la phase d’affectation intervient de mi-mai à mi-septembre. Soit huit mois en tout. « Les néobacheliers attendent parfois plus de deux mois avant de recevoir une première proposition, ce qui crée de l’angoisse. Et cela provoque des abandons par lassitude », souligne Catherine Moisan, inspectrice générale honoraire de l’Education nationale et membre du CESP.

Pour changer la donne, le CESP propose de rendre obligatoire, une semaine environ après les résultats du baccalauréat (soit mi-juillet), le classement des vœux en attente par les candidats. Cela concernerait 55.000 personnes et permettrait de faire des propositions aux candidats plus rapidement ensuite. « La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a trouvé cette idée intéressante à explorer », ajoute Isabelle Falque-Pierrotin.

L’offre de formations ne correspond pas assez à la demande

Alors que Parcoursup et la loi « Orientation et réussite des étudiants », promulguée en mars 2018, visaient notamment à réduire le taux d’échec en première année de fac en améliorant le processus d’orientation, le CESP relève que trop de néobacheliers n’obtiennent pas la formation qu’ils veulent. « Le nombre de candidats n’ayant reçu que des réponses négatives est passé de 12.000 en 2019 à 17.600 en 2020. Par ailleurs, 41.000 néobacheliers n’ont reçu aucune proposition à l’issue de la procédure. Et 78.000 néobacheliers quittent la plateforme alors qu’ils ont eu une proposition. Ces chiffres sont des indicateurs d’alerte », souligne Isabelle Falque-Pierrotin.

Ces données vont dans le même sens qu’un sondage Ipsos* publié en septembre, via lequel 22 % des néobacheliers déclaraient ne pas être satisfaits de la formation qu’ils ont obtenue via Parcoursup. Les bacheliers pros et technos sont particulièrement mal servis, car ils subissent la concurrence avec les bacheliers généraux lorsqu’ils demandent une formation en BTS ou DUT. Ce qui incite le CESP à demander au ministère de l’Enseignement supérieur de mieux réguler l’offre et la demande, « notamment en créant des places dans les formations professionnalisantes ».

Des inégalités territoriales qui persistent

On n’a pas les mêmes chances d’accéder à la formation de son choix selon sa région d’origine. Et étonnamment, alors que l’Ile-de-France regorge de formations, les néo-bacheliers y sont mal servis. « Il y a une inadéquation entre l’offre et la demande de formation pour certains jeunes franciliens. D’ailleurs, en 2019, 11 % des néobacheliers franciliens n’ont reçu aucune proposition, contre 7 % des néobacheliers du reste de la France », souligne Catherine Moisan. Et ce pour une raison simple : une surreprésentation des formations « d’élite » dans cette région et une sous-représentation de l’offre pour les bacheliers technologiques et professionnels. « Rappelons qu’à Paris, il n’y a qu’un seul IUT, alors que la région compte plus de 700.000 étudiants », souligne-t-elle.

Le CESP recommande une révision complète de l’offre de formations sur ce territoire, mais aussi que les dossiers des candidats franciliens postulant à des formations professionnalisantes en dehors de leur département fasse l’objet d’une plus grande attention sur Parcoursup.

Des étudiants en réorientation trop peu accompagnés

Encore un signe qui montre que beaucoup de néobacheliers s’inscrivent dans une formation qui ne leur correspond pas bien : le nombre de candidats en réorientation a bondi de 48 % sur Parcoursup entre 2018 et 2020. « Et cette population risque encore d’augmenter du fait de la crise sanitaire et de ses impacts », estime Isabelle Falque-Pierrotin. Or, ces étudiants en réorientation sont mal accompagnés dans leur changement de cap, ce qui peut les conduire à un nouvel échec.

Pour Isabelle Falque-Pierrotin, « c’est à l’établissement d’origine de l’étudiant de piloter son changement de filière, tout d’abord en lui faisant des propositions de réorientation en interne ». Et si ce n’est possible, le CESP préconise que l’établissement accompagne l’étudiant dans sa démarche de réinscription dans Parcoursup et émette un avis sur son projet de réorientation, à l’instar de ce qui est demandé aux lycées pour les bacheliers.

Le manque de transparence de la procédure

Beaucoup d’étudiants se plaignent de ne pas comprendre sur quels critères les dossiers sont triés. « Un certain nombre de formations (sélectives ou sous tension) opèrent un pré-tri de leurs candidats en fonction de critères qui ne sont pas connus ».

Pour le CESP, la solution est simple et claire : les formations doivent publier un barème de pré-classement des vœux.