A Laguiole, ils affutent leurs couteaux pour protéger leur savoir-faire et les emplois locaux

PATRIMOINE Une enquête publique a lieu jusqu’au 29 mars dans le cadre d’une demande d’obtention de l’indication géographique pour les couteaux de Laguiole

Béatrice Colin

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Le façonnage du couteau de Laguiole. (Illustration)
Le façonnage du couteau de Laguiole. (Illustration) — Syndicat fabricants du couteau de Laguiole
  • L’Institut national de la propriété industrielle (INPI) a ouvert une enquête publique sur l’indication géographique « couteau de Laguiole » à la demande du Syndicat des fabricants aveyronnais du couteau de Laguiole.
  • Cette démarche a pour objectif de protéger le savoir-faire ancestral des fabricants aveyronnais de couteaux pliants, souvent imités et contrefaits.
  • Aujourd’hui, le syndicat des couteliers qui porte cette démarche représente 220 emplois locaux.

Après la porcelaine de Limoges ou encore les charentaises de Charente-Périgord, les couteaux de Laguiole rejoindront-ils le cercle fermé des indications géographiques de produits manufacturés. Pour obtenir ce précieux sésame d’ici à la fin de l’année, les couteliers aveyronnais fédérés en syndicat ont décidé de déposer un dossier d’obtention auprès de l'Institut national de la propriété industrielle (INPI) qui fait aujourd’hui l’objet d’une enquête publique.

Il faut dire que durant vingt ans, de nombreux produits, y compris les fameux couteaux pliants, ont été commercialisés sous la marque Laguiole, sans jamais être passé par une forge du plateau de l’Aubrac. En 1993, un entrepreneur du Val-de-Marne avait eu l’idée de déposer le nom de la commune, ce qui lui permettait d’autoriser son utilisation pour produire aussi bien des barbecues que des vêtements. Après des années de combat judiciaire, la petite commune du nord de l’Aveyron a pu retrouver l’usage de son nom.

Emploi et savoir-faire locaux

Mais entre-temps, le fameux couteau connu pour sa célèbre abeille, né il y a plus de deux siècles, avait été imité sans jamais pouvoir contrer juridiquement ces fabricants de l’autre bout de la France, parfois du monde. « C’est après ce combat autour du nom Laguiole qu’il y a eu la Loi Hamon sur les indications géographiques de produits manufacturés. Avant on ne pouvait pas dire si un couteau était produit à Laguiole ou à Nogent, demain on pourra », se félicite Vincent Alazard, le maire de la commune dont il s’agit de la seule activité manufacturière.

Pour lui, la satisfaction est aussi de voir les couteliers du territoire s’unir autour de ce projet. Leurs entreprises représentent près de 220 salariés, soit 93,6 % des emplois du secteur dans le nord Aveyron, et 15 millions d’euros de chiffre d’affaires. « Nous sommes des fabricants locaux, avec le maintien d’emplois locaux aujourd’hui et à l’avenir, nous voulons défendre notre savoir-faire. La Loi Hamon est là pour éclairer le consommateur d’un usage abusif, nous avons déposé cette demande pour qu’il sache lorsqu’il achète un couteau qu’il est bien fabriqué à Laguiole », plaide Honoré Durand, le président du syndicat.

Un intérêt pour cet artisanat local et ancestral qui ne se dément pas puisque l’an dernier, deux des coutelleries de la commune étaient dans le top 10 des entreprises les plus visitées d’Occitanie avec un total de plus de 200.000 visiteurs. Pour soutenir leur démarche, les couteliers du nord Aveyron appellent les amateurs de fines lames à participer à l’enquête publique qui s’achèvera le 29 mars.