Saint-Valentin : « Merci au couvre-feu qui nous a permis de "conclure" »… Les « amoureux du confinement » se racontent

LOVE, LOVE, LOVE Depuis près d’un an de pandémie, deux confinements et un couvre-feu sans fin, les célibataires ne sont pas aidés pour faire des rencontres. Pourtant, certains ont une nouvelle vie à deux boostée par ce contexte exceptionnel

Oihana Gabriel

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Illustration d'un couple.
Illustration d'un couple. — Pixabay
  • La Saint-Valentin, c’est ce dimanche, et pour certains qui ont découvert la vie à deux depuis peu, ce sera une première.
  • Si les confinements, les frontières fermées et le couvre-feu ne facilitent pas les rencontres, les jeunes amoureux, eux, ont vécu une relation en accéléré.
  • Vivre à deux sans sorties culturelles, sans amis et sans hobbies, cela permet de se découvrir rapidement… Mais gare à l’ennui.

Il y a des histoires qui mériteraient leur adaptation par Disney… Depuis près d’un an de pandémie et de restrictions de la vie sociale, pas simple pour les célibataires de rencontrer l’âme sœur. Et de fêter la Saint-Valentin ce dimanche (voire plus si affinités).

Mais certains Français, qui ont accepté de nous raconter leurs aventures, ont réussi à construire une histoire d’amour malgré tout. Et se félicitent de traverser ce très long hiver à deux…

L’accélération de l’engagement

Pour beaucoup, cette rencontre au temps du Covid-19 a permis de s’engager plus rapidement. Ophélie, 28 ans, « matche » Thomas sur Tinder en février 2020, alors qu’il vit en Angleterre. Il passe une semaine chez elle, repart. « Mais dès le lendemain, le président annonce que nous allons être confinés, que "nous sommes en guerre". Je fais une grosse crise d’angoisse. Sans hésiter, Thomas prend un nouveau billet d’avion et alerte son manager qu’il souhaite être confiné en France avec sa famille. Dès le lendemain, il est chez moi. » Et n’est pas reparti depuis. « La pandémie nous a permis de construire une relation très solide et fusionnelle. »

Cet apprentissage à vitesse grand V, Angelo, ambulancier de 31 ans, l’a également découvert. Car son deuxième rendez-vous avec Sébastien s’est brusquement rallongé. C’était le samedi 16 mars. « Le président a annoncé le confinement et Sébastien a voulu changer son billet pour repartir plus tôt mais impossible, gare bondée, aucune place. Il s’est retrouvé coincé chez moi alors qu’on se connaissait à peine. » « J’ai invité (mon compagnon) à dîner à la maison, il n’est pas reparti, résume de son côté Béa, 55 ans. Merci au couvre-feu qui nous a permis de "conclure". Depuis, vivant dans le périmètre du kilomètre réglementaire, nous nous sommes parfaitement adaptés au nouveau confinement ».

Mais vivre en vase clos, n’est-ce pas risquer de brûler les étapes ? « Cette accélération n’est pas nécessairement négative, analyse Caroline Kruse thérapeute de couple et autrice de Le savoir-vivre amoureux*. Elle permet de passer par-dessus des peurs, des blocages, c’est une prise de risque avec ce que cela comporte d’énergie et de désir de vivre. » Mais ce n’est pas forcément un long fleuve tranquille. « Ayant quitté mon domicile, ma ville, mon département pour vivre avec lui, je me suis retrouvée seule, Monsieur travaillant toujours, critique Maud, 28 ans. Et cela a amené des conflits… » Surtout avec le télétravail 24h sur 24 dans la même pièce.

« Dans certains cas, des angoisses ressurgissent, des doutes qui peuvent miner la relation, reprend la conseillère conjugale. Dans ces cas-là, je conseille, même à ces très jeunes couples, d’aller consulter afin de réfléchir à ce qu’ils n’ont pas eu le temps d’élaborer, qui risque de parasiter leur désir d’être ensemble ».

« Une sorte d’attente de collégien »

Autre cas de figure : les confinements et le couvre-feu ont séparé les jeunes amoureux. D’où une découverte accélérée de l’autre par écrans interposés. Pour Camille, 33 ans, qui a retrouvé sur Facebook son amoureux douze ans après une soirée arrosée, ce fut d’abord « une nuit blanche de discussions. Puis nous nous sommes écrits tous les jours et tout le temps. Être confinés à distance sans pouvoir ni se voir, ni se toucher a ajouté du piment, une sorte d’attente de collégien. Quand il est venu chez ma mère le jour du déconfinement, on se connaissait déjà, on était plein de désir l’un pour l’autre. »

Construire à distance invite aussi à se réinventer. Lisa, 27 ans, a rencontré un partenaire au début du premier confinement. « Nous avons parlé virtuellement pendant plusieurs semaines. Il a fallu faire preuve d’innovation : cinéma en visio, envois de colis ou de commandes de repas à distance… » Enzo a un défi de plus : sa chérie vit en Nouvelle-Zélande, dont les frontières sont fermées depuis mars 2020. « La relation à distance est de base assez compliquée, et les douze heures de décalage horaire ne simplifient pas la chose », confie-t-il.

« La relation est un peu faussée »

Un challenge supplémentaire pèse sur ces couples : l’absence de cinéma pour se bécoter, de restaurants, de dîners entre amis pour rencontrer l’univers de l’autre, d’activités pour décompresser en solo… Quand le dîner en amoureux n’est plus exceptionnel, l’histoire risque de manquer de carburant. Georges, 31 ans, a rencontré Florent juste avant le deuxième confinement. « Nous nous sommes rapprochés en très peu de temps. Malheureusement, au bout de trois mois, nous nous ennuyons un peu et n’avons qu’une hâte, c’est de se faire un restaurant, une bière en terrasse ou un week-end au soleil, comme un couple normal ! » Perrine, 35 ans, souffre aussi : « en un an, je n’ai jamais rencontré ses amis ou sa famille. On continue d’avancer, mais j’ai l’impression que la relation est un peu faussée. » Lisa regrette, elle, « ces moments de flirt où l’on se prépare pour se retrouver la première fois. Tout a été fait dans le désordre sans pouvoir construire des souvenirs romantiques. »

« Nos tête-à-tête sont nombreux, ce n’est pas forcément pour nous déplaire, se félicite en revanche Juliette, 25 ans. On prend le temps de se connaître, de savoir ce que nous voulons pour l’avenir. Cette crise permet finalement de nous recentrer sur l’essentiel. » Julie, 30 ans, voit aussi positivement cet enfermement l’un sur l’autre. « L’avantage : aucun pote pour nous faire une intervention type "depuis que t’es avec ton nouveau mec, on te voit plus", et aucun de nous deux pour reprocher à l’autre de privilégier lesdits potes. L’inconvénient ? Pour l’instant aucun, si ce n’est la peur de créer une "addiction" à l’autre : comment ferons-nous lorsque la vie normale sera de nouveau possible ? »

Un retour à la normale, espéré ou craint, qui pourrait être compliqué, prévient Caroline Kruse. « Même hors pandémie, les débuts d’un couple sont souvent très fusionnels et même assez désocialisants, commence-t-elle. Peut s’y ajouter ici l’impression d’avoir trouvé celle ou celui qui nous permet d’affronter l’épreuve de l’épidémie. En revanche, comme tout couple, les "amoureux du confinement" devront défusionner et sortir de leur bulle magique, sans quoi le trop-plein de proximité risque de les étouffer. » Mais nombre d’internautes gardent confiance. Car pour eux, vivre soudés ces mois d’enfermement est une belle preuve de solidité.

* Le savoir-vivre amoureux, les secrets des couples qui durent, Caroline Kruse, Le Roche poche, 6 janvier 2021, 8,90 €.