Montpellier : Le Crous permet aux étudiant(e)s transgenres de changer leur prénom d'usage

IDENTITE Aucun document ne sera demandé, hormis la carte d'étudiant(e)

Nicolas Bonzom
— 
Un bâtiment du Crous (illustration)
Un bâtiment du Crous (illustration) — GILE Michel/SIPA
  • Le Crous permet désormais aux étudiant(e)s transgenres de changer leur prénom d’usage sur les documents administratifs, comme les lettres de bourses ou les loyers.
  • Cette mesure a été mise en place par le groupe de travail sur les discriminations LGBT, créé après le suicide d’une étudiante transgenre, en septembre dernier.
  • Pour Solidaires Etudiants, c’est une « victoire ». Mais le syndicat montpelliérain espère toutefois que cette possibilité soit offerte dans tous les Crous de France.

Le 23 septembre, une étudiante transgenre a mis fin à ses jours, à Montpellier (Hérault). Son suicide avait suscité une vive émotion dans la communauté universitaire. Syndicats, associations et étudiants avaient dénoncé les failles des services du Crous dans l’accompagnement de cette étudiante précaire en transition.

L’académie de Montpellier et le Crous avaient assuré, de leurs côtés, qu’elle avait bénéficié « d’un accompagnement renforcé de la part des services sociaux, comme des personnels assurant la gestion de la résidence » où elle habitait.

Seules les lettres de contentieux ne sont pas concernées

Un groupe de travail, pour lutter contre les discriminations LGBT, avait été créé après le drame. Il a permis cette semaine une première avancée : désormais, le Crous offre la possibilité aux étudiant(e)s de changer leur prénom d’usage sur les documents de l’administration étudiante (notifications de bourses ou quittances de loyers, par exemple), sur simple demande, sans qu’aucun justificatif, ni autorisation parentale ne soient demandés. Seule une carte d'étudiant(e) est exigée. Uniquement les lettres de contentieux ne sont pas concernées, « où seul l’état civil fait foi », note le Crous.

Un étudiant en transition de l’université Paul-Valéry, interrogé par 20 Minutes, accueille cette avancée avec joie. « Je ne peux pas dire que je l’attends depuis longtemps, car c’est ma première année à l’université, témoigne-t-il. Donc, je n’avais pas ce problème de voir mon deadname [le prénom usité avant sa transition] partout, étant donné que j’utilisais mon prénom d’usage au lycée. Mais, depuis ma rentrée dans les études supérieures, forcément, je m’occupe de tous les papiers administratifs tout seul, donc quand je dois aller voir le Crous, j’ai toujours cette boule au ventre, car je sais qu’on va me deadname. » Ou aussi, poursuit cet étudiant, quand « je paye mon loyer dans la résidence étudiante », où il y a « toujours un mail pour confirmer le paiement avec « Prénom du locataire », et mon deadname. Et ça, c’est vraiment pénible pour moi. »

« Il reste du chemin à faire »

« La démarche de changement de prénom en mairie peut être compliquée, et n’est pas toujours acceptée, explique une étudiante montpelliéraine, membre du syndicat Solidaires Etudiants, qui confie avoir changé de prénom "dans un cadre similaire". Or, avoir tous les documents de son logement à son prénom de naissance peut être douloureux, d'être ramené à ça continuellement. Et dangereux, puisque ça peut "outer" les personnes trans à leurs voisins, et donc les exposer à de la violence. »

Le syndicat Solidaires Etudiants à Montpellier évoque dans un communiqué une « victoire syndicale », après « plusieurs mois de travail » au sein du groupe de lutte contre les discriminations LGBT. De son côté, le Crous assure que la procédure était en cours de réflexion, et qu'elle a été présentée par ses services, et validée par les syndicats.

« Cette victoire n'est pas suffisante »

« Grâce à cette avancée », se félicite le Scum, le Syndicat de combat universitaire, les transgenres « ne seront plus mégenrées lors des communications avec cette administration. Ce premier pas ne nous fait pas oublier que du chemin reste à faire, au Crous, comme dans d’autres administrations, afin d’améliorer leur rapport aux étudiantes et aux étudiants. » « Cette victoire n’est pas suffisante, note Solidaires Étudiants. Nous revendiquons que cette procédure soit mise en place dans l’ensemble des Crous. » Car si une poignée de Crous ont mis en place ce dispositif, c’est loin d’être le cas partout.

Par ailleurs, le changement de prénom est aussi possible à l’université de Montpellier, et l’université Paul-Valéry, ont indiqué les deux établissements à 20 Minutes. En 2019, le gouvernement avait demandé aux établissements de l’enseignement supérieur de faciliter la prise en compte des changements d’identité des étudiant(e)s.

Pour prendre rendez-vous auprès du Crous de Montpellier pour changer le prénom d’usage sur les documents administratifs : referenteegalite@crous-montpellier.fr.