Coronavirus : La vague de froid peut-elle faire augmenter les contaminations ?

EPIDEMIE Une vague de froid touche le nord de la France, et particulièrement les Hauts-de-France, où quatre départements sont en vigilance orange grand froid

Manon Aublanc

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Une vague de froid touche actuellement le nord de la France, avec des chutes de neige par endroits.
Une vague de froid touche actuellement le nord de la France, avec des chutes de neige par endroits. — Olivier MORIN / AFP
  • Une vague de froid touche actuellement toute la partie nord de la France.
  • Les épidémies de virus traditionnels, comme la grippe ou la bronchiolite, se développent habituellement l’hiver.
  • Dans ces conditions, on peut se demander si les températures négatives ne vont pas augmenter la circulation du virus ? « 20 Minutes » fait le point.

Jusqu’à -6 °C dans les Hauts-de-France et le Grand-Est, -5 °C en Ile-de-France, -2 °C en Normandie… Une vague de froid s’installe sur la moitié nord de la France pour quelques jours, a alerté Météo France, ce mercredi, qui a placé vingt-trois départements en vigilance orange neige et verglas et quatre en vigilance orange grand froid.

Si la circulation du virus​ a ralenti, cet été, elle a repris de plus belle à l’automne, entraînant un second confinement fin octobre. Pour certains spécialistes, la reprise épidémique serait liée à la baisse des températures. Face à la vague de froid qui touche une partie de l’Hexagone, doit-on craindre une hausse des contaminations ? 20 Minutes fait le point.

Un lien entre baisse des températures et hausse de la circulation du virus a-t-il été établi ?

Oui. Dans une pré-étude, publiée le 26 janvier 2021, l’Institut Pasteur note « une dépendance importante de la transmission du SARS-CoV-2 à la météo » et au climat. Selon le laboratoire, le R0, le fameux taux de reproduction du virus, augmente de 0,16 pour chaque degré perdu sous une température moyenne de 10 °C. « La deuxième vague dans les pays de l’hémisphère nord-ouest a probablement été déclenchée par le passage de conditions estivales à hivernales », estime l’Institut Pasteur dans son étude préliminaire.

La vague de froid va-t-elle augmenter les contaminations ?

Pas forcément. Si le virus aime le froid, il n’aime visiblement pas le grand froid. Selon une étude publiée fin 2020 par Predict Services, une filiale montpelliéraine de Météo France et d’Airbus, le virus se propagerait moins lorsque les températures sont très basses. « Lorsqu’il fait très froid, moins de trois degrés, les gouttelettes ont tendance à tomber au sol », ou à geler, et donc à moins être disséminées, expliquait le ministre de la Santé, Olivier Véran, mi-décembre sur France 5. Un constat valable également quand il pleut ou quand il neige, les gouttelettes retombant plus vite au sol.

Toutefois, le froid n'est pas le seul à avoir un impact. Selon l’étude de Predict Services, le taux d’humidité jouerait lui aussi un grand rôle dans la propagation du Covid-19. « Quand l’air est très humide, les gouttelettes qui transportent le virus ont tendance à monter et à se disséminer, lorsque l’air est très sec, les gouttelettes qui transportent le virus tombent au sol », détaillait également Olivier Véran, sur le plateau de C à Vous.

Existe-t-il une température idéale pour la transmission du virus ?

Oui. C’est la combinaison de basses températures (mais pas trop) et de l’humidité qui favoriserait la transmission du virus. « Entre 3 °C et 12 °C et 60 à 90 % d’humidité, les gouttelettes sur lesquelles se fixe le virus vont avoir tendance à rester en suspension dans l’air. Ça peut contribuer à une transmission plus forte », explique Alix Roumagnac, président de Predict, filiale de Météo France et d’Airbus. Sa société s’est appuyée sur un article de deux chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) de mars 2020 pour élaborer un index de « transmissivité climatique du Covid-19 ». Cet index permet d’expliquer le « développement hétérogène de la pandémie » selon les régions du monde et les saisons, d’après Alix Roumagnac.

Depuis quelques semaines, l’index est d’ailleurs transmis régulièrement à la Direction Générale de la Santé (DGS) afin d'être analysé. Des données qui expliqueraient d’ailleurs pourquoi la Bretagne est relativement épargnée. Dans cette région, c’est « la douceur océanique et la pluie » qui empêcheraient ainsi les gouttelettes porteuses du virus de rester en suspension dans l’air, selon Alix Roumagnac.

Les comportements humains face au froid jouent-ils sur la transmission ?

Encore une fois, oui. Plus il fait froid, plus la population reste à l’intérieur, expliquait l’épidémiologiste, Pascal Crépey, à nos confrères de BFMTV : « Lorsqu’il fait froid on aère moins, on reste plus à l’intérieur, dans des endroits fermés où l’air n’est pas renouvelé. » Autre facteur : nos défenses immunitaires. En hiver, nos organismes sont moins résistants et plus susceptibles d’attraper des infections. A l’inverse, en été, l’air est plutôt sec, nos corps sont un peu plus résistants et nos activités se font davantage en extérieur.