Affaire Adama Traoré : Son décès serait lié à « un coup de chaleur » aggravé par son interpellation, conclut un nouveau rapport

ENQUETE Un nouveau rapport sur le mort d’Adama Traoré estime que son décès est lié à un « coup de chaleur » aggravé par les conditions de son interpellation et la température ambiante

Caroline Politi
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Plusieurs milliers de personnes manifestent pour Adama Traoré
Plusieurs milliers de personnes manifestent pour Adama Traoré — Lise Bollot, Esther Delord AFPTV

Un dossier « complexe » de l’aveu même des quatre experts belges qui se sont penchés dessus. Quatre ans et demi après la mort d’ Adama Traoré, un nouveau rapport commandé par les magistrats en charge de l’instruction de cet épineux dossier, attribue le décès du jeune homme de 24 ans à un « coup de chaleur » aggravé par les manœuvres d’immobilisation et de menottage des gendarmes. La victime est décédée quelques minutes après son interpellation, dans la gendarmerie de Persan-Beaumont (Val-d’Oise).

« Cet effet d’une asphyxie de contrainte n’aurait probablement pas dû engager une issue fatale […] chez un individu en bonne santé », écrivent les experts dans ce rapport dévoilé par L’Obs et que 20 Minutes a pu consulter. La manœuvre « s’est toutefois inscrite chez un individu en état de difficultés respiratoires et d’affaiblissement net, notamment par hypoxie et hyperthermie, celle-ci ayant été déterminée par le coup de chaleur à l’exercice qu’il développait », précisent-ils. Selon les experts, le « stress aigu » de la victime et la « chaleur importante » ce jour-là – près de 37 °C – ont été des « facteurs déterminants ». En revanche, les antécédents médicaux d’ Adama Traoré sont jugés moins déterminants.

Vers une mise en examen de quatre gendarmes ?

De précédentes expertises avaient, en effet, mis en avant le trait drépanocytaire (une maladie génétique du sang) et la sarcoïdose (une maladie inflammatoire rare qui touche principalement les poumons) dont souffrait la victime pour expliquer, tout du moins partiellement, son décès. Aux yeux des médecins belges, la première pathologie « n’est que très rarement la cause de complication » et ils excluent que la seconde ait pu causer son décès mais estime plausible qu’elle ait aggravé « les symptômes asphyxiques ».

« Ces experts ont estimé que s’il n’y avait pas eu l’interpellation, Adama Traoré serait toujours en vie, insiste Me Yassine Bouzrou, le conseil de la famille Traoré. C’est la première fois que des médecins désignés par des juges parviennent aux mêmes conclusions que ceux désignés par les parties civiles. » Le conseil espère désormais la mise en examen des quatre gendarmes mis en cause dans cette affaire.

Mesures de contrainte

Mais comme souvent dans ce dossier, une même expertise peut donner lieu à deux interprétations qui varient du tout au tout. « Les experts écartent l’existence de la moindre asphyxie positionnelle dénoncée de façon récurrente par les parties civiles », se félicitent dans un communiqué les avocats des gendarmes, Me Rodolphe Bosselut, Pascal Rouiller et Sandra Chirac Kollarik. Les experts estiment, en effet, que les éléments du dossier ne répondent pas aux « critères médico-légaux reconnus d’une asphyxie positionnelle ».

Ils n’écartent toutefois pas « l’intervention dans le processus létal d’une période d’asphyxie par "contrainte physique" », tout en notant que la victime ne remplissait pas toutes les conditions de ce syndrome. « L’évolution péjorative » de l’état de santé d’Adama Traoré, concluent les experts, « a été inhabituellement rapide mais reste plausible en raison notamment de la contribution à une hypoxie [manque d’oxygène dans le sang] de manœuvres momentanées de contrainte et dans une plus faible mesure d’états pathologiques sous-jacents ».