Nantes : Forte mobilisation pour Bangaly, apprenti charpentier « sérieux et intégré » menacé d’expulsion

MIGRANTS Une pétition demandant la régularisation du jeune Guinéen a récolté plus de 19.000 signatures en quelques jours

Julie Urbach

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Bangaly Soumah et son patron Arnaud Christophe, le 8 février 2021
Bangaly Soumah et son patron Arnaud Christophe, le 8 février 2021 — J. Urbach/ 20 Minutes
  • Bangaly Soumah, 18 ans et apprenti charpentier près de Nantes, est sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français.
  • Son hébergeur et son patron se mobilisent pour que le jeune homme soit régularisé.
  • Le mois dernier, c'est un boulanger de Besançon qui avait obtenu gain de cause, après une grève de la faim.

« Il y a eu d’abord beaucoup d’inquiétude, des nuits où je ne dormais pas… Mais le moral commence à revenir avec tous ces gens qui se battent pour moi. » Depuis quelques jours, la mobilisation grandit dans la région nantaise autour de Bangaly Soumah. Ce Guinéen de 18 ans, arrivé dans la Cité des ducs en 2018, est sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français à la mi-février. Une situation inacceptable pour les proches de cet apprenti charpentier décrit comme « sérieux » et « intégré » : ils ont lancé une pétition qui a déjà récolté plus de 19.000 soutiens ce lundi.

Son patron, Arnaud Christophe, est l’un des premiers à avoir signé. La solidarité qui se crée autour du jeune homme lui donne de l’espoir. « Bangaly est intégré, il a un boulot, il n’y a aucune raison qu’il parte, estime le dirigeant de l’entreprise Christophe à Sainte-Luce-sur-Loire, qui compte 17 employés. On l’a d’abord pris en stage un mois, et depuis septembre il est avec nous en alternance, pour son CAP. C’est un très bon élément, ça se passe bien, avec tout le monde. Tout ce que je demande, c’est de continuer à le former et de l’embaucher pour de bon, s’il le souhaite ! »

Une manifestation samedi

Sauf que la justice ne l’entend pas de cette oreille. Bangaly Soumah rapporte avoir déjà fourni « énormément de papiers » ces dernières années pour que son état civil soit confirmé. C’est finalement fin 2020, quelques semaines avant ses 18 ans, que le migrant a bel et bien été reconnu comme mineur. Mais l’étape suivante a bloqué. « A la surprise générale, son titre de séjour s’est vu refusé, écrit Antoine Lahorgue, un Nantais qui héberge Bangaly depuis plus de deux ans, quartier Bellevue. La légalité de son état civil, bien qu’elle ait été reconnue par le tribunal, a encore été mise en doute. » Un recours a été déposé, mais il ne devrait pas être étudié avant plusieurs mois. « Légalement, on n’a plus le droit de le faire travailler mais nous on continue. On ne fait rien de mal », estime le chef d’entreprise.

Alors qu’un jeune Guinéen a été régularisé à Besançon après que son patron boulanger a mené une grève de la faim le mois dernier, Arnaud Christophe espère ne pas avoir à en arriver là. Il réfléchit cependant à des « actions symboliques » et a déjà mobilisé son réseau de collègues artisans, dont certains sont confrontés à la même situation, assure-t-il. Et c’est vrai que depuis quelques jours, un peu partout en France, plusieurs cas similaires font parler d'eux. « On a une pénurie de main-d’œuvre, il faudrait arrêter de nous mettre des bâtons dans les roues, râle le patron. Ces jeunes sont là, ils ne demandent qu’à être formés, alors que d’un autre côté les CFA sont vides. »

Un rassemblement est organisé samedi matin à 10h devant la préfecture de Loire-Atlantique en soutien à Bangaly, dont « l’attitude et le sérieux ont toujours été salués », assure son hébergeur qui le considère comme « un membre de la famille à part entière ». Contactée, la préfecture n’a pas encore donné suite aux sollicitations de 20 Minutes.