Nîmes : Dans la prison la plus bondée de France, « la situation est la même depuis cinq ou six ans »

PRISON Avec une densité carcérale de 193 %, la maison d'arrêt gardoise bat encore des records

Nicolas Bonzom
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Une prison (illustration)
Une prison (illustration) — KONRAD K./SIPA
  • La prison de Nîmes est depuis de longues années parmi celles dont la densité carcérale est la plus forte : selon les chiffres publiés le 1er février, la maison d’arrêt était, en 2020, la plus surpeuplée de France, avec une densité carcérale de 193 %.
  • Cette situation, difficilement supportable pour les détenus, « rejaillit sur le personnel, explique Laurens Maffre, représentant syndical. L’été, à Nîmes, il fait très chaud, je ne vous raconte pas les conditions là-dedans. Une heure et demie de promenade le matin, une heure et demie l’après-midi, et le reste du temps, ils sont en cellule. »
  • La direction interrégionale des services pénitentiaires de Toulouse, dont dépend la prison de Nîmes, indique que « les réponses apportées sont principalement des solutions nationales avec le dispositif d’accroissement des capacités de la maison d’arrêt de Nîmes à court et à moyen terme ».

La prison de Nîmes (Gard) est la plus bondée de France. Selon les chiffres publiés le 1er février par le ministère de la Justice, elle souffre d’une densité de 193 %, la plus forte du pays. Au 1er janvier, 386 personnes y étaient détenues, pour une capacité réelle de 200 places. Il y a presque deux fois plus de prisonniers qu’il n’y a de places. Ce n’est pas nouveau : cette prison, mise en service dans les années 1970, truste le malheureux podium des prisons les plus surchargées depuis des années.

En 2015, déjà, soutenu par l’Observatoire international des prisons, un détenu de Nîmes avait saisi la Cour européenne des Droits de l’Homme. « Il doit cohabiter avec deux autres détenus dans une cellule de 9 m2, l’un étant contraint de poser son matelas sur une armoire couchée au sol, dénonçait l’association. Le mobilier réduit encore l’espace disponible, au point d’empêcher tout déplacement simultané de deux détenus. »

« Cela rejaillit sur le personnel »

Et aujourd’hui ? « La situation est la même à Nîmes depuis cinq ou six ans, il y a une véritable explosion des détenus, déplore Laurens Maffre, secrétaire régional du syndicat Ufap-Unsa de l’administration pénitentiaire. Il y a quatre ans, le premier ministre de l’époque, Manuel Valls et le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, s’étaient rendus sur place, on leur avait dit : « Faites quelque chose ». Et rien n’a avancé. »

Près de 400 détenus pour 200 places, la situation est explosive à Nîmes. « Les cellules sont faites pour deux détenus la plupart du temps, confie Laurens Maffre. Il y a des sommiers métalliques, pour accueillir deux matelas. Pour une personne en plus, on met un matelas au sol. » Et si la densité est rude pour les détenus, c’est aussi le cas pour les surveillants. « Cela rejaillit sur le personnel, note-t-il. L’été, à Nîmes, il fait très chaud, je ne vous raconte pas les conditions là-dedans. Une heure et demie de promenade le matin, une heure et demie l’après-midi, et le reste du temps, ils sont en cellule. »

« C’est un secteur où la délinquance est très importante »

Mais pourquoi la prison de Nîmes est-elle la plus bondée de France ? « C’est un secteur où la délinquance est très importante, explique Laurens Maffre, secrétaire régional du syndicat Ufap-Unsa de l’administration pénitentiaire. Sur la région de Nîmes, la situation ne s’est pas arrangée, bien au contraire. Le pourtour méditerranéen est attractif pour la « voyoucratie ». Depuis 10 à 15 ans, on incarcère de plus en plus, et il n’y a pas eu, dans l’ancien Languedoc-Roussilon, de constructions de prisons notables. »

Et le transfert d’une personne condamnée à l’est de l’Occitanie vers une prison où la population carcérale est moins dense est parfois semé d’embûches, reprend Laurens Maffre. « Il arrive que les avocats s’y opposent, pour le maintien des liens familiaux, note le représentant de l’Ufap-Unsa. Même si certains n’ont aucune famille. On a essayé de transférer des détenus ailleurs, sur la région de Marseille. Mais il y a eu un veto. »

Il manque une prison

A Nîmes, la densité carcérale a cependant baissé depuis l’année dernière : au 1er janvier 2020, elle atteignait les 200 %. La maison d’arrêt était alors la deuxième de France où la surpopulation était la plus élevée. Juste derrière Carcassonne (Aude), où la densité carcérale atteignait 223,4 %, Perpignan (Pyrénées-Orientales), 203,6 %, Béthune (Pas-de-Calais), 202,2 %. Dans ces trois prisons, l’indicateur a respectivement baissé de 42, 21 et 39 points. A Nîmes, il n’a baissé que de 7 points en un an.

Sollicitée par 20 Minutes, la direction interrégionale des services pénitentiaires de Toulouse, dont dépend la maison d’arrêt Nîmes, explique que « les réponses apportées sont principalement des solutions nationales avec le dispositif d’accroissement des capacités de la maison d’arrêt de Nîmes à court et à moyen terme ». Et aussi, une nouvelle prison dans le Gard, « prévue à long terme ». Les services pénitentiaires indiquent par ailleurs que des transferts de détenus sont ponctuellement mis en œuvre. La direction interrégionale des services pénitentiaires de Marseille contribue d’ailleurs à ces transferts « chaque fois que cela est possible », poursuit la direction toulousaine.

La maison d’arrêt de Nîmes est la seule prison « dans le ressort du département », et, reconnaissent les services de la direction interrégionale des services pénitentiaires, elle est « sous dimensionnée par rapport au niveau de délinquance ». En 2020, la Cour européenne des Droits de l’Homme, saisie par 32 détenus de six maisons d’arrêt, dont celle de Nîmes, avait condamné la France pour conditions de détention inhumaines et dégradantes, et l’avait invitée à prendre des mesures pour mettre fin à la surpopulation.