Givors : Deux enseignants en grève de la faim depuis 12 jours pour que leur collège soit classé en Rep+

MOBILISATION Deux enseignants du collège Lucie Aubrac de Givors, soutenus par un large collectif, sont en grève de la faim depuis le 25 janvier pour que l’établissement soit classé en zone d’éducation prioritaire « plus »

Caroline Girardon
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Leïla, professeur d'arts plastiques au collège Lucie Aubrac de Givors, est en grève de la faim depuis le 25 janvier pour que l'établissement soit classé Rep+
Leïla, professeur d'arts plastiques au collège Lucie Aubrac de Givors, est en grève de la faim depuis le 25 janvier pour que l'établissement soit classé Rep+ — C. Girardon / 20 Minutes
  • Douzième jour de grève pour deux professeurs du collège Lucie-Aubrac de Givors dans le Rhône.
  • Plusieurs agressions d’enseignants par des élèves sont survenues ces dernières semaines.
  • Ils réclament que le collège, classé établissement prioritaire, soit désormais basculé en Rep +.

Les premiers signes de fatigue commencent à se manifester. Depuis le 25 janvier, Leïla, enseignante en arts plastiques au collège Lucie Aubrac de Givors ( Rhône), a perdu cinq kilos. Cette mère de famille de quatre enfants est en grève de la faim. Comme son collègue Pierre, prof d’histoire-géo. Tous deux occupent les locaux depuis douze jours, dormant chaque nuit sur place. Et restant déterminés à se battre pour que leur établissement soit classé en REP +

« On pense un peu moins vite, on sent plus affaibli physiquement », confesse l’enseignante qui se nourrit exclusivement d’eau minérale et de bouillons. Mais la motivation est toujours au rendez-vous, même à la veille des vacances scolaires. « On sait que ce sacrifice, on ne le fait pas pour nous, mais bien pour l’ensemble de la communauté », explique-t-elle alors qu’une poignée d’élèves, sortie déjeuner, la salue respectueusement.

Des « mesures actées » selon le rectorat

Le rendez-vous de jeudi avec le directeur académique n’a pas permis de trouver des solutions, contrairement à ce qu’affirmait le rectorat, assurant le soir même par le biais d’un communiqué, que la mobilisation des enseignants « n’avait pas de justification et plus de raison de se poursuivre », au regard de « mesures actées ». Mais les choses actées ne sont pas celles demandées, selon les deux grévistes, qui ont entamé leur action après une série d’agressions par des élèves.

En réponse, le rectorat a consenti à créer un demi-poste de CPE, à embaucher un assistant d’éducation supplémentaire et à respecter le seuil de 25 élèves par classe. « Cela, on s’en félicite mais les besoins des enseignants ne sont pas complets, déplore Leïla. Nous avions demandé une heure de concertation hebdomadaire dans notre emploi du temps pour s’entretenir entre enseignants sur les solutions à apporter ». « On réclame également l’ouverture d’une classe supplémentaire dès que le nombre d’élèves attendu pour la prochaine rentrée est au maximum », complète Pierre.

Mais le rectorat estime avoir que le collège dispose désormais de « moyens équivalents à ceux » d’un REP +. L’établissement, déjà classé en zone prioritaire, était éligible en 2015 mais la priorité a finalement été donnée à un autre dans l’académie, figeant la situation pour quatre ans. Le changement était attendu pour 2019. Mais là encore, le label n’est pas venu, reportant l’échéance à la rentrée de septembre 2022.

« On ne peut pas attendre encore un an et demi »

« On ne peut pas attendre encore un an et demi. Il y a urgence aujourd’hui », plaide Leïla. Et d’argumenter : « Aujourd’hui, nous n’avons pas les moyens d’accompagner les élèves pour que les incidents de ces dernières semaines ne se reproduisent pas. On a des classes avec des enfants allophones (qui ne parlent pas la langue du pays dans lequel ils résident), des Itep (troubles du comportement) des Ulis (handicapés), des élèves dyslexiques. Chacun a besoin d’un accompagnement pédagogique différencié et personnalisé, d’un soutien humain pour accéder à l’apprentissage. Lorsqu’on perd un élève, ce n’est pas à la maison qu’il va récupérer ce qu’il n’a pas compris en cours. Le lendemain, ils sont déjà en décalage. Au final, ils s’ennuient de plus en plus, décrochent, deviennent incontrôlables et finissent par faire des bêtises ».

Les grévistes s’en remettent désormais au ministre de l’Éducation nationale, auquel ils ont demandé une audience.