Libourne : Pour desservir des villages isolés, une expérimentation de bus conduits par des chauffeurs bénévoles se précise

RURALITE Sur le modèle des « Buurtbus » aux Pays-Bas, le maire PS de Libourne et président de la communauté d’agglomération Philippe Buisson, veut expérimenter avant cet été deux lignes de bus conduites par des bénévoles

Mickaël Bosredon

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Philippe Buisson (à droite) et le PDG de Transdev Thierry Mallet, visitant un Buurtbus aux Pays-Bas.
Philippe Buisson (à droite) et le PDG de Transdev Thierry Mallet, visitant un Buurtbus aux Pays-Bas. — Cali
  • Le président de la Cali veut expérimenter deux lignes, aux départs de Saint-Ciers-d’Abzac (1.500 habitants) et de Génissac (2.000 habitants) pour relier Libourne le dimanche matin.
  • Les bus exploités par Transdev, seraient conduits par des chauffeurs bénévoles, ce qui serait une première en France concernant une ligne régulière.
  • Transdev et le maire de Libourne veulent s’inspirer de ce qui se pratique déjà aux Pays-Bas depuis les années 1970 avec les « Buurtbus ».

Expérimenter des lignes de bus régulières pilotées par des bénévoles, pour désenclaver les villages les plus mal desservis. C’est le grand projet de 2021 en matière de mobilité, du maire de Libourne et président de la Cali (Communauté d’agglomération du Libournais) Philippe Buisson. Il veut en cela s’inspirer de ce qui se pratique déjà aux Pays-Bas depuis les années 1970, avec les  « Buurtbus », ou bus de quartiers.

Un exemple de Buurtbus
Un exemple de Buurtbus - Flickr

« Ce n’est ni plus, ni moins, que ce que font déjà les associations sportives pour transporter leurs adhérents lors des compétitions du week-end », justifie Philippe Buisson, pour répondre aux critiques qui commencent à poindre face à cette initiative, qui serait une première en France. Plusieurs syndicats, dont la CGT, se sont effectivement récemment émus du projet, estimant que « ce n’est pas à des bénévoles de palier aux déficiences du maillage territorial et aux besoins des citoyens mais aux pouvoirs publics et à l’Etat ».

« Offrir à la population de ces territoires un accès aux deux marchés de plein air »

L’objectif est de créer deux lignes, aux départs de Saint-Ciers-d’Abzac (1.500 habitants) et de Génissac (2.000 habitants) pour relier Libourne, via Saint-Denis-de-Pile pour la ligne de Saint-Ciers-d’Abzac. « Ce que l’on recherche dans un premier temps, c’est offrir à la population de ces territoires un accès aux deux marchés de plein air du dimanche matin », résume Philippe Buisson.

Le projet a germé en 2019, après que le PDG de Transdev, Thierry Mallet, a convaincu Philippe Buisson d’aller voir sur place, aux Pays-Bas, le fonctionnement de ces bus de quartiers, exploités par le groupe français de transport public. Le maire de Libourne avait été conquis.

Philippe Buisson avait visité un réseau Buurtbus aux Pays-Bas en 2019
Philippe Buisson avait visité un réseau Buurtbus aux Pays-Bas en 2019 - Twitter/Philippe Buisson

« Pour couper court à toute polémique, j’insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas de remplacer des bus actuellement pilotés par des salariés, par des bus conduits par des bénévoles, poursuit Philippe Buisson. Ce n’est pas de la substitution, mais un modèle supplémentaire pour amener de la mobilité à des territoires très peu denses, où des lignes de bus classiques n’auraient pas de légitimité. »

« C’est de la complémentarité de service, sans que cela ruine la collectivité »

« L’idée est de desservir des zones qui ne sont pas rentables économiquement, abonde Jean-Baptiste Pugnat, directeur du réseau Calibus chez Transdev. Aucun réseau de France ne pourrait se permettre d’exploiter des lignes régulières sur Saint-Ciers-d’Abzac et Génissac, alors qu’il y a potentiellement très peu de clients ! C’est de la complémentarité de service, sans que cela ruine la collectivité. » Il s’agit par ailleurs « d’une expérimentation, insiste le directeur de Transdev. Dans un premier temps, les deux lignes circuleraient uniquement le dimanche matin, avec deux départs à 8 h 30 et 10 h » précise-t-il.

L’affaire n’est toutefois pas encore dans la poche. Il y a notamment pas mal de freins législatifs et administratifs à lever. « Mais c’est en train de se régler », assure Philippe Buisson, qui ambitionne des premières mises en circulation « avant l’été. »

Entre six et huit conducteurs pour le fonctionnement des deux lignes

Restera ensuite à trouver les bénévoles. « Il nous faudra, tout au plus, entre six et huit conducteurs pour assurer le fonctionnement de ces deux lignes » anticipe le directeur du réseau. Ils devront « avoir le permis adapté, ils seront formés par Transdev, et ils devront évidemment respecter une grille horaire, un trajet de ligne, et toutes les obligations liées au transport collectif, complète Philippe Buisson. C’est un engagement citoyen. »

Philippe Buisson veut ainsi montrer que la Cali peut être « un laboratoire des mobilités ». Comme la mise en place de la gratuité, étendue à l’ensemble du réseau de la Cali en septembre 2019, a pu l’être également.