Coronavirus : La trêve hivernale des expulsions prolongée jusqu’au 1er juin

LOGEMENT Une trêve sur les coupures d'énergie en raison de factures de chauffage impayées, a annoncé Emmanuelle Wargon

20 Minutes avec AFP

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La ministre chargée du Logement, Emmanuelle Wargon.
La ministre chargée du Logement, Emmanuelle Wargon. — JC Tardivon/SIPA

De la crise sanitaire à la crise sociale: le gouvernement a décidé, comme l'an passé, d'allonger la trêve hivernale des expulsions locatives qui est repoussée au 1er juin «face au risque réel de décrochage des ménages en difficulté». «Je peux vous annoncer que la fin de la trêve est repoussée de deux mois et prendra fin le 1er juin au lieu du 1er avril», a annoncé Emmanuelle Wargon dans une interview au Parisien lundi soir. Une trêve sur les coupures d'énergie en raison de factures de chauffage impayées a également été décidée.

En 2020 déjà, à cause de la pandémie, la trêve hivernale avait été repoussée de plus de trois mois. Cette annonce intervient au moment où la fondation Abbé Pierre publie un rapport alarmant: la pandémie de coronavirus a non seulement créé de nouvelles situations de précarité mais aussi aggravé la situation des millions de personnes déjà pauvres et mal-logées en France.

45% de hausse des demandes d'aide alimentaire

Tous les indicateurs compilés par l'association ont viré au rouge: le Secours populaire a recensé en 2020 une hausse de 45% des demandes d'aide alimentaire par rapport à 2019, tandis que les Restos du Coeur prévoient d'accueillir plus d'un million de personnes cet hiver, contre 875.000 en 2019-2020.

«Témoignant déjà de ''l'onde de choc'' provoquée par la crise sanitaire, le nombre d'allocataires du RSA a augmenté de près de 10% durant l'année 2020, passant de 1,9 million à 2,1 millions de personnes», ajoute le rapport. «D'une crise sanitaire devenue économique, on risque de basculer vers une crise sociale. Nous sommes aujourd'hui face à un risque réel de décrochage de ménages en difficulté», a reconnu la ministre.

Un Français sur sept en difficulté face au logement

Un sondage Ipsos pour la FAP révèle lui que 14% des Français ont eu des difficultés liées au logement (paiement des loyers, vétusté) depuis mars 2020 et 29% expriment des craintes à ce sujet pour 2021.

Ces nouveaux précaires sont venus grossir les rangs de ceux qui souffraient déjà de mal-logement avant la pandémie, confrontés à une «double peine». En 2020, la Fondation Abbé Pierre recensait dans le pays 4,1 millions de mal-logés, dont 300.000 sans domicile. «Il me paraît indispensable de prioriser et d'échelonner les expulsions tout en veillant à ne pas expulser sans solution de relogement ou au moins d'hébergement», a estimé la ministre du Logement.

Cette dernière a également reconnu qu'il fallait «mieux indemniser les bailleurs dont on n'expulse pas le locataire parce qu'on veut lui donner une seconde chance» précisant qu'elle était favorable à une automatisation de cette indemnisation. En 2020, 3.500 personnes ont été expulsées de leur logement, selon un rapport parlementaire publié dimanche, une baisse de 79% par rapport à 2019 due à l'extension de la trêve hivernale jusqu'au 10 juillet pour cause de crise sanitaire.