Coronavirus à Paris : Comment les transports en commun vont-ils affronter l’avenir ?

TRANSPORTS Les modes de transport ont été transformés par le Covid-19, et les réseaux urbains doivent s’adapter. En Ile-de-France, la RATP veut notamment proposer « une expérience client » et se diversifier

R.L.

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La gare de la Défense-Grande Arche, à Puteaux (Hauts-de-Seine), le 5 février 2020.
La gare de la Défense-Grande Arche, à Puteaux (Hauts-de-Seine), le 5 février 2020. — ClÈment Follain / 20 Minutes
  • Le Covid-19 a bouleversé nos vies, et nos modes de transports. Les nouvelles municipalités élues en juin souhaitent aussi repenser la circulation dans les centres-villes, ce qui ne sera pas sans conséquence pour les projets futurs des réseaux urbains.
  • En Ile-de-France où le nombre de voyageurs a chuté de moitié, la RATP veut miser sur « une expérience client » mais également se diversifier.
  • L’immobilier et les taxis volants sont notamment dans les tuyaux.

Confinements, baisse de la fréquentation, craintes d’un nid à miasmes, boom du vélo, augmentation du télétravail… Les transports franciliens ont été mis à rude épreuve en un an. Avant la crise sanitaire liée à l’épidémie de coronavirus, la RATP comptait 12 millions de voyageurs par jour. Un chiffre qui a chuté à 2 millions durant le premier confinement pour « atteindre 5 à 6 millions aujourd’hui », a expliqué lors de ses vœux 2021, Catherine Guillouard, présidente de la RATP. C’est moitié moins que dans le « monde d’avant ».

Résultat, les pertes financières sont nombreuses. En avril, la RATP publiait une perte nette de 88 millions d’euros au premier semestre. Sur l’année globale, l’impact serait estimé à 230 millions d’euros. « Mon obsession de l’année a été de ne pas se laisser engloutir par cette crise et de conserver le cap sur les défis que nous avons », abonde Catherine Guillouard. La SNCF qui gère certaines lignes de RER a subi le même sort. En tout, Ile-de-France Mobilités estime à un milliard sa perte de recettes à venir en 2021 à cause du coronavirus, qui s'ajoutent aux 2,24 milliards de 2020, indiquait en décembre, la présidente de l’autorité régionale des transports, Valérie Pécresse. Sollicité par la présidente de la région, l’Etat a décidé de mettre la main à a poche et de soutenir les transports franciliens à hauteur de 2,5 milliards d’euros, pour compenser les pertes subies. Mais comment les transports s’adaptent à la crise sanitaire et affrontent l’avenir dans un tel contexte ? 20 Minutes fait le point.

« Mettre le client au cœur de l’expérience »

« La crise est un révélateur […] depuis deux ans, nous souhaitons mettre le client au cœur de l’expérience et c’est aujourd’hui un chantier prioritaire », affirme Catherine Guillouard. Et pour cause, il faut les faire venir. 30 % des usagers disent vouloir renoncer durablement aux transports en commun une fois la crise sanitaire passée, selon l’étude 2020 « Observatoire de la mobilité » réalisée par l’IFOP pour le compte de l’Union des transports publics et ferroviaires. En filigrane, la RATP promet des transports plus propres, des innovations, des nouvelles mobilités et la poursuite des travaux enclenchés.

« C’est Noël à Saint-Ouen avec onze jours d’avance », s’est réjouie mi-décembre Valérie Pécresse, lors de l’inauguration du prolongement au nord de la ligne 14 accueillie en grande pompe. Plus d’un mois plus tard, c’est la station Porte de Clichy qui a ouvert. « Ça change la vie des gens », reconnaît Catherine Guillouard. La ligne 14 qui fait désormais 27 kilomètres de long devrait voir sa fréquentation passer de 550.000 voyageurs par jour – avant la pandémie de coronavirus – à un million. Et les travaux continuent pour de nouveaux prolongements. Au nord, jusqu’à Saint-Denis Pleyel (Seine-Saint-Denis) en 2023 et au sud, jusqu’à l’aéroport d’Orly (Essonne) en 2024. Mais des chantiers ont également été retardés par la crise sanitaire.

Le titanesque chantier du Grand Paris Express enregistre « trois à huit mois de retard » selon la Société du Grand Paris (SGP). L’année 2021 doit notamment permettre de combler ce retard alors que le creusement de dizaines de kilomètres de tunnel est prévu. Par ailleurs, l’automatisation des lignes doit également se poursuivre notamment sur la 4 et la 12. Point faible, les accès pour les personnes handicapés sont encore à la traîne alors que la capitale accueille en 2024 les Jeux olympiques et paralympiques.

Immobilier, concurrence et taxis volants

Mais la RATP ne veut pas uniquement miser sur les transports du quotidien. Si le développement par l’innovation est dans les tuyaux, la régie des transports veut aussi miser sur l’immobilier. « On ne le sait pas, mais la RATP est un acteur très important dans l’immobilier, on a 250 hectares dans Paris de parc immobilier. On a des programmes de constructions notamment de logements sociaux ou de services », développe Catherine Guillouard. Et de préciser : « Au-delà de notre rôle de gestion de mobilité et de mass transit, il y a une série de savoir-faire et il est temps de les organiser pour se créer un avenir plus large. Et il faut le faire, car nous allons entrer en concurrence. » L'ouverture à la concurrence de la RATP doit en effet commencer par son réseau autobus, à partir du 1er janvier 2025.

Enfin, du côté de l’innovation, le futur semble tout proche. La perspective d’un taxi volant dans le ciel de la région parisienne à l’horizon 2030 prend forme : une trentaine d’acteurs ont été sélectionnés pour participer à une filière de mobilité aérienne urbaine avec de premiers essais prévus dès cet été. « Ça ne remplacera jamais un RER, c’est complémentaire », insistait en octobre dernier Catherine Guillouard, « Le moment où vous prendrez un ticket par Internet pour monter là-dedans, c’est plutôt vers 2030. Mais c’est demain », ajoutait-elle à l’aérodrome de Pontoise-Cormeilles-en-Vexin (Val-d’Oise) qui accueillera ces fameux essais.