Coronavirus : Oubliée l’hydroxychloroquine, quels sont les traitements prometteurs contre le virus ?

REMEDES On parle beaucoup de vaccination mais la recherche avance aussi sur la mise au point de traitements contre l’épidémie

Lucie Bras

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Une boîte de dexaméthasone, au Royaume-Uni.
Une boîte de dexaméthasone, au Royaume-Uni. — JUSTIN TALLIS / AFP
  • Contre le coronavirus, les traitements médicamenteux sont aussi un espoir. Depuis le début de l’épidémie, pas de traitement miracle mais la recherche avance, entre espoirs et déceptions.
  • Jusqu’à présent, une seule famille de médicaments a prouvé son efficacité dans la réduction de la mortalité liée au Covid-19 : les corticoïdes.
  • En France, le gouvernement investit dans les anticorps monoclonaux. Des protocoles cliniques devraient être développés dans les prochains jours. Et ce ne sont pas les seules pistes prometteuses sur lesquelles travaillent les chercheurs.

Alors que la pandémie de coronavirus connaît sa troisième vague en ce début d’année en Europe, la recherche continue pour trouver un médicament efficace pour soigner les malades. Pour l’instant, aucun traitement miracle n’a émergé, mais les essais continuent.

Dimanche, Gabriel Attal a affirmé sur BFMTV que la France avait investi dans les anticorps monoclonaux, qui font partie des traitements « prometteurs ». « Des protocoles cliniques vont être développés pour travailler cette piste-là […] dès les prochains jours », a confirmé le porte-parole du gouvernement. Depuis le début de la crise, de nombreux médicaments ont été testés. Tour d’horizon de ceux qui fonctionnent, ceux qui ont déçu, et ceux que l’on attend encore.

Les traitements qui donnent des résultats

Aujourd’hui, très peu de médicaments existants ont montré leur efficacité face au Covid-19. Parmi ces rares élus, la dexaméthasone, qui entraîne une réduction de la mortalité chez les cas très sévères. Une solution également recommandée par l’OMS, qui déconseille toutefois de donner ces médicaments au début de la maladie, car il abaisse les défenses immunitaires.

Au-delà de la seule dexaméthasone, des travaux parus le 2 septembre dans la revue médicale américaine Jama ont montré que les autres médicaments de la même famille, les corticoïdes, permettaient de réduire de 21 % la mortalité au bout de 28 jours chez les patients souffrant d’un Covid-19 sévère.

Les médicaments qui ne marchent pas (ou pas assez)

Le Remdesivir est la grande déception de ces derniers mois. Soutenu par les Etats-Unis, ce traitement antiviral initialement développé contre Ebola était d’abord jugé très prometteur. Mais, le 20 novembre, l'OMS a finalement recommandé de ne pas l'administrer aux malades du Covid-19 hospitalisés, car il n’évite ni les morts ni les formes graves de la maladie. L’essai clinique européen Discovery a annoncé fin janvier l’arrêt des tests sur cet antiviral, « faute de preuves de son efficacité ».

En revanche, une étude parue fin mai dans la revue américaine New England Journal of Medicine a montré qu’il réduisait légèrement la durée de rétablissement des malades du Covid-19 hospitalisés (de 15 à 11 jours en moyenne).

L’hydroxychloroquine, recommandée par Didier Raoult et Donald Trump, a fait la une des médias pendant plusieurs mois, devenant un sujet politique et polémique. Pourtant, les études ont tranché : l’hydroxychloroquine ne réduit pas la mortalité du Covid-19, selon l’essai clinique britannique Recovery.

Un grand nombre d’antiviraux déjà existants font l’objet de tests. Ils sont une cinquantaine en tout, « dont au moins 40 contre le VIH », explique Etienne Decroly, directeur de recherche au CNRS. « On manque clairement de molécules thérapeutiques contre les virus de manière générale. Des médicaments sont en cours de développement sur la base de nouvelles stratégies mais le délai va être beaucoup plus important. »

Anticorps monoclonaux et développement de nouveaux médicaments… Les sources d’espoir

On entend de plus en plus parler d’anticorps monoclonaux : ce traitement imite la réaction du système immunitaire après la contamination, en allant bloquer la pointe du virus qui lui permet de s’attacher aux cellules humaines et de les pénétrer. Il existe déjà dans le traitement des bronchiolites chez le nouveau-né par exemple.

Cette solution est injectée en intraveineux au patient « à l’hôpital, dans un cadre médical. Dans le contexte du Covid-19, ces traitements doivent être administrés en début de la maladie pour être efficaces et éviter que les patients à risque ne basculent en réanimation », explique Manuel Rosa-Calatrava, directeur de recherche à l’Inserm et codirecteur du laboratoire VirPath au sein du centre international de recherche en infectiologie à Lyon. L'Allemagne va d’ailleurs devenir le premier pays de l’Union européenne à utiliser dès la semaine prochaine ce traitement expérimental administré à Donald Trump.

« Ce sont des choses qui sont assez chères niveau production. Je ne crois pas aujourd’hui que des thérapies basées sur anticorps monoclonaux deviennent des thérapies de masse », fait remarquer Etienne Decroly. Pour preuve, le gouvernement allemand a acheté 200.000 doses de ce traitement pour 400 millions d’euros, ce qui représente… 2.000 euros par dose. Discovery va poursuivre ses essais sur cette solution.

Autre espoir : le Tocilizumab, immunosuppresseur, utilisé contre la polyarthrite rhumatoïde, qui donne pour l’instant des résultats contrastés. Les chercheurs s’intéressent aussi au plasma (la partie liquide du sang) prélevé sur des personnes rétablies, transféré à des malades du Covid-19, qui pourraient bénéficier de leurs anticorps. Cette solution est en cours de test dans le cadre de l’essai Recovery. Quant aux projets de recherche de l’Institut Pasteur, après l'annonce d'une piste prometteuse en septembre 2020, ceux-ci sont « encore au stade pré-clinique », a indiqué la fondation privée à 20 Minutes.

Enfin, il reste les médicaments… en cours de développement. Ces molécules chimiques n’ont pas encore de nom et leur développement pourrait prendre du temps. « Il faut en général une dizaine d’années pour les développer », indique Etienne Decroly, qui rappelle que « la recherche, ce n’est pas Twitter, c’est un temps long. »

Molécules « repositionnées », anticorps ou régulation de l’immunité… Si les scientifiques mettent autant d’énergie à chercher une solution médicamenteuse, c’est pour compléter leur arsenal vaccinal. « Tous les autres traitements sont très utiles quand une personne ne répond pas suffisamment au vaccin, ou quand il y a une défiance vis-à-vis de vaccination », assure Manuel Rosa-Calatrava. « Il faut des solutions thérapeutiques en complément. Mais, par définition, la pierre angulaire contre les maladies infectieuses, c’est la vaccination. » Près d'1,5 million de personnes ont été primo-vaccinées en France en janvier.