Toulouse : Adrien Taquet lance une campagne pour prévenir les pulsions pédophiles

SOCIETE En visite à l'hôpital Marchant à Toulouse, le Secrétaire d'Etat chargé de l'Enfance et des Familles a annoncé la généralisation d'un dispositif test pour prévenir la pédophilie à 54 départements

Julie Rimbert
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Aurélien Taquet, lors de sa visite à l'hôpital Marchant de Toulouse, pour évoquer la campagne de sensibilisation du dispositif STOP (Service téléphonique d'orientation et de prévention).
Aurélien Taquet, lors de sa visite à l'hôpital Marchant de Toulouse, pour évoquer la campagne de sensibilisation du dispositif STOP (Service téléphonique d'orientation et de prévention). — J. Rimbert / 20 Minutes
  • Durant un an, cinq régions françaises, dont Midi-Pyrénées, ont expérimenté le numéro d’appel du dispositif STOP.
  • Ce service s'adresse aux personnes attirées sexuellement par les enfants et vise à écouter leur parole, pour mieux prévenir la pédophilie.
  • Le Secrétaire d'Etat a également annoncé une campagne de communication dans toute la France autour de ce sujet tabou.

« L’idée de cette campagne de communication n’est pas de heurter le grand public et les victimes de pédophilie mais de transcrire un message avec un visuel et de faire évoluer les choses », confie Cécile Miele, psychologue aux Centres ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS) de Clermont-Ferrand.

Cette professionnelle était présente vendredi lors de la visite à l'hôpital Marchant à Toulouse du secrétaire d’Etat chargé de l’Enfance et des Familles, Adrien Taquet, pour expliquer son expérience dans le suivi des personnes pédophiles. A l’occasion de cette rencontre, la campagne de sensibilisation au dispositif STOP (Service téléphonique d’orientation et de prévention)*, qui permet à des personnes attirées sexuellement par les enfants, a été généralisée à 54 départements. En parallèle, une campagne d’affichage nationale a aussi été lancée pour mieux orienter ces personnes, qui n’osent souvent pas en parler.

Plus d’un millier d’appels en un an

Durant un an, cinq régions françaises, dont Midi-Pyrénées, ont expérimenté le numéro d’appel du dispositif STOP. Un test primordial pour lever un sujet tabou et qui permet de faire de la prévention et d’éviter des victimes. « Pour des personnes qui ne sont pas encore passées à l’acte et qui ressentent de l’attirance pour les enfants, cela permet de solliciter de l’aide et une prise en charge, explique Anne-Hélène Moncany, psychiatre à Toulouse et présidente de la Fédération des CRIAVS, à l’origine de l’initiative. Ca a été un combat pour faire accepter ce dispositif en France car nous avons beaucoup de retard par rapport à ces questions ».

C’est souvent une fois condamnés que les psychologues ont affaire aux personnes pédophiles. Avec ce numéro d’appel, l’idée est de prendre en charge ces personnes avant un passage à l’acte. De novembre 2019 à novembre 2020, près de 1.070 appels, émanant de 340 personnes, ont été enregistrés sur le dispositif STOP. La majorité était des hommes, âgés de 19 à 75 ans. A l’autre bout du fil, ils se sont entretenus avec un psychiatre, une infirmière ou un sexologue, formés à cette problématique. Après une évaluation, près de trois quarts des appelants ont ainsi été orientés vers des centres spécialisés.

« Difficile de ne pas avoir d’espace de parole »

Moment fort de la visite du Secrétaire d’Etat : la prise de parole d’un homme de 35 ans, qui a appelé le dispositif. Depuis plus de vingt ans, il ressent une attirance pour les jeunes enfants mais assure être incapable de faire du mal à un enfant. Lui-même victime de violences sexuelles dans son enfance, il sait les dégâts d’un tel acte sur un enfant. « C’est un combat intérieur, chronique et le plus difficile c’était de ne pas avoir d’espace de parole, d’écoute car on sait l’image qu’un pédophile renvoie à la société, rapporte-t-il avec émotion. J’ai fait le choix de me battre seul plutôt que de franchir la ligne rouge. L’an dernier, j’ai franchi le pas en appelant le numéro car je sentais pour la première fois que je pouvais être un danger pour un enfant. Mon objectif, c’est d’avancer et que cela prenne moins de place dans ma vie ».

Une campagne de communication sur le risque pédophile va être lancée dans toute la France.
Une campagne de communication sur le risque pédophile va être lancée dans toute la France. - J. Rimbert

Un témoignage écouté avec attention par Adrien Taquet, qui compte « sur la campagne de communication sur ce dispositif pour le rendre visible. La question des violences sexuelles est un sujet d’actualité, qui se révèle là avec un phénomène de masse, plongeant profondément dans les racines de notre société. Il faut faire en sorte de franchir ce pas et d’actionner tous les leviers possibles contre ce fléau ».

*0 806 23 10 63