Coronavirus : Ce que l'on sait d'une intervention de police survenue dans un Franprix ouvert juste après 18 heures

FAKE OFF Une intervention de police dans un Franprix parisien ouvert peu après le début du couvre-feu suscite l’indignation en ligne

Alexis Orsini
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Un magasin Franprix (illustration).
Un magasin Franprix (illustration). — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Risque-t-on d’être verbalisé lorsqu’on fait ses courses juste après le couvre-feu, dans un magasin en cours de fermeture ?
  • C’est ce que dénoncent, sur Facebook, plusieurs clients d’un Franprix parisien, qui ont vu une équipe de policiers débarquer peu après 18h, mercredi 27 janvier.
  • Si ces derniers ont bien procédé à un contrôle d’identité, comme 20 Minutes a pu le confirmer, les clients se demandent encore s’ils ont été verbalisés ou non, comme le leur a affirmé le chef de patrouille au cours de cette intervention.

Edit du 29 janvier 2021 : ajout de la réponse de la préfecture de police, reçue après publication.
 

« C’est juste ignoble », « quelle honte », « ils vont trop loin »… Sur Facebook, depuis quelques jours, nombre d’internautes expriment la même indignation en réponse à une publication relatant une intervention de police pour le moins surprenante en cette période de couvre-feu sanitaire.

Mercredi 27 janvier, peu après 18h30, Aurélie raconte en effet, sur son compte Facebook, la scène qu’elle vient de vivre dans un Franprix du 20e arrondissement de Paris : « Ce soir 18h et des brouettes […], il reste une poignée de clients à la caisse qui ont couru (comme moi) jusqu’au supermarché pour 3 steaks hachés, des couches, 4 yaourts, de la lessive et du Benco. Soudain les policiers sont arrivés en opération commando. Ils nous ont crié dessus : " Sortez vos pièces d’identité, laissez vos courses, personne ne sort d’ici, tout le monde sera verbalisé ! " Nous, on leur a dit : " Mais laissez-nous finir nos courses et on rentre, on ne fait rien de mal ". Rien à faire. Je suis sidérée et écœurée par cette scène. »

Si ce texte a été particulièrement repris par d’autres pages, Aurélie n’est pas la seule à avoir évoqué cet incident : d’autres internautes s’en sont fait le relais sur les réseaux sociaux, dans leur propre publication ou en commentaire.

FAKE OFF

Jointe par 20 Minutes, Aurélie, « surprise que son post ait été aussi partagé », détaille la scène qui s’est déroulée juste après l’entrée en vigueur quotidienne du couvre-feu : « Quinze minutes avant 18h, j’ai couru au Franprix pour acheter des courses qui me manquaient. C’était ouvert, donc je me suis engouffrée. Quelques personnes faisaient leurs courses. Le caissier nous a dit : " on va fermer ", donc on s’est tous dirigés vers les caisses. Et à ce moment-là, on a entendu les policiers nous dire, depuis la rue, avec un haut-parleur : " Rentrez chez vous ! " »

« Les caissiers ont commencé à nous presser et alors que j’attendais mon tour, j’ai vu que les policiers étaient rentrés dans le Franprix. Leur chef a crié : "Sortez vos papiers, tout le monde va être verbalisé". Il a pris en photo les pièces d’identité de ceux qui en avaient, ainsi que mon attestation de déplacement pour le travail, et il a accepté que je le prenne en photo avec son numéro de RIO [le matricule] si je voulais contester l’amende. Toutes les personnes qui avaient un document d’identité ont pu partir après qu’il leur a répété qu’on serait verbalisés, mais pas les autres, qui ont été mises sur le côté », poursuit Aurélie. Qui déplore cette intervention : « C’est humiliant, j’ai dû laisser mes courses et rentrer sans rien, avec l’impression d’avoir été punie comme un enfant qui aurait fait une bêtise ».

Un sentiment partagé par Arnaud, autre client présent à ce moment-là, comme il nous le raconte : « L’agressivité de la chose a de quoi démunir, car quoi qu’il arrive et qu’on dise, vous savez que ça se retournera contre vous. Ce chef de patrouille avait visiblement l’intention d’aligner tout le monde. Les policiers ont pris en photo ma carte d’identité, j’ai également montré mon attestation de déplacement pour le travail mais on m’a répondu qu’elle ne servait à rien. J’ai l’impression que ses deux collègues avaient l’air plus ennuyés par la situation qu’autre chose, ils suivaient les ordres mais n’étaient pas aussi virulents que leur chef. »

« C’est la façon de faire qui m’a choqué »

Et Arnaud d’ajouter : « Je n’envie pas les policiers, leur métier est difficile, mais je pense qu’il y a un peu de bon sens à avoir, c’est leur façon de faire qui m’a choqué. Ça n’amuse personne d’aller faire ses courses à 18h en courant, c’est ce que j’ai dit à leur chef après qu’il a lancé : « Ça suffit, c’est comme ça tous les soirs ». Il a aussi dit : "Ceux qui n’ont pas leur carte d’identité, on vous embarque au commissariat". Je ne sais pas s’il l’a vraiment fait, sachant qu’un père de famille était là avec ses deux enfants, mais sans sa carte. »

Selon le site Service-public, le non-respect du couvre-feu est passible d’une amende de 135 euros. Contrairement au déplacement pour motif professionnel, le fait de faire ses courses après 18h ne compte pas parmi les « motifs de sortie autorisés » – une telle activité n’étant théoriquement pas possible puisque les magasins sont censés être fermés à compter de 18h.

Enfin, Tom, un autre témoin de la scène, nous confirme le déroulé des événements tout en apportant quelques compléments : « J’ai pu discuter avec un agent de police lorsque je lui ai donné ma carte d’identité, il m’a dit : " Vous ne serez pas verbalisé ". Je ne sais pas si c’était du bluff pour simplifier les choses, donc j’attends de voir si je recevrai une amende ou pas. Il a noté les infos sur un bout de papier et pris mon numéro de téléphone, puis je suis parti », poursuit Tom, qui relate son échange avec un autre policier, stationné à la sortie du magasin : « Il m’a expliqué que le problème venait du fait que ça faisait 4 fois qu’ils étaient passés pour dire au gérant de fermer à 18 heures pile. »

Un « rappel à l’ordre » en vue de bloquer l’accès du magasin à 17h50

Comme le relatait France Inter peu après l’instauration du couvre-feu en Ile-de-France, certaines enseignes Franprix restaient ouvertes après 18h, en permettant à certains clients de rentrer discrètement faire leurs achats pendant un créneau de 2 heures réservé au retrait des courses. Jointe par 20 Minutes, l’enseigne Franprix nous confirme que « des policiers se sont rendus quelques minutes après 18h dans ce magasin » et « y ont verbalisé une dizaine de clients tout en procédant à un rappel à l’ordre auprès du magasin, en demandant à son personnel d’en fermer l’accès à 17h50, pour qu’à 18h, tout le monde soit parti ».

Contactée par 20 Minutes, la préfecture de police indique que « comme chaque soir, des policiers étaient mobilisés pour faire respecter le couvre-feu » : « Vers 18h10, les policiers ont remarqué qu’un client sortait d’un magasin de commerce alimentaire situé dans le quartier de Belleville. Le gérant de ce commerce avait déjà été mis en garde sur la nécessité de respecter plus strictement l’horaire de fermeture de 18h. Les policiers ont donc procédé au contrôle du magasin et ont découvert la présence de clients à l’intérieur après le début du couvre-feu. Le gérant et les clients ont été contrôlés et verbalisés en application stricte des règles du respect des mesures du couvre-feu. »
« En effet, s’agissant de clients, seules les activités correspondant aux motifs de sortie avec attestation peuvent être faites pendant le couvre-feu, lesquelles n’incluent pas les courses alimentaires dans des magasins qui doivent être fermés en application de la loi », ajoute-t-elle.

« Ce que je retiens de tout ça, c’est que le dialogue avec les policiers est extrêmement important, surtout en ce moment. Mais il faut qu’il soit possible et ça tient à eux lors de leurs interventions », conclut pour sa part Tom.