Coronavirus à Toulouse : Le couvre-feu à 18 heures est loin d'avoir eu l’effet escompté dans l’agglomération

EPIDEMIE Les études statistiques du laboratoire de virologie du CHU de Toulouse montrent qu'au lieu de contraindre la dynamique de circulation du virus dans l'agglomération, cette mesure aurait eu l'effet inverse en concentrant les activités sur certaines plages horaires

Béatrice Colin

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La place du Capitole, une nuit de couvre-feu (Illustration).
La place du Capitole, une nuit de couvre-feu (Illustration). — F. Scheiber / SIPA
  • Jusqu’à présent, les mesures sanitaires prises localement, comme le port du masque, avaient eu un impact sur la circulation du virus.
  • Le couvre-feu avancé à 18 heures a, selon des études statistiques du laboratoire de Virologie de Toulouse, aurait eu l’effet opposé à celui attendu, en raison peut-être de la concentration des activités sur certaines plages horaires.
  • Le nombre d’hospitalisations a grimpé au sein des services du CHU, passant de 119 patients il y a quinze jours à 159 aujourd’hui.

Le 2 janvier dernier, le couvre-feu était avancé à 18 heures dans 15 départements français pour limiter la circulation du coronavirus. Avant d’être étendu à d’autres parties du territoire, notamment à Toulouse à compter du 16 janvier. Hier, Olivier Véran a expliqué que cette mesure avait eu une efficacité, mais qu’elle s’estompait désormais. Si le taux d’incidence a bien été en baisse au cours des dix premiers jours, cette tendance s’est inversée la semaine suivante selon un bilan de Santé publique France.

Un phénomène constaté aussi dans l’agglomération toulousaine par l’équipe du laboratoire de virologie du CHU de Toulouse. « Dans les conditions épidémiologiques de la ville de Toulouse, le couvre-feu à 18 heures a l’effet opposé à celui qu’on attendait sur la population de l’agglomération. Il y a un intérêt local à prendre cette mesure, pas un intérêt national quand les situations épidémiologiques sont très hétérogènes », tranche Chloé Diméglio, biostatisticienne au CHU qui a publié une étude sur le sujet dans Science Direct.

Pas de fort rebond après Noël

Pour l’affirmer, la chercheuse a fait tourner ses modèles statistiques. Les mêmes qui lui ont déjà servi à mesurer les effets positifs du port du masque dans la Ville rose dès cet été, le couvre-feu à 20 heures ou encore la fermeture des bars sur la circulation du virus. Au-delà du confinement, toutes ces mesures ont été prises localement par le préfet en coordination avec les maires.

Avant d’évaluer l’impact du couvre-feu avancé, elle a voulu savoir si la période des fêtes s’était bien passée. Et c’est plutôt positif. « Si nous étions restés sur une adhésion stricte aux mesures de couvre-feu en place au moment de Noël, nous aurions dû avoir un taux de tests positifs à 7-8 % entre le 10 et le 15 janvier. Nous étions en réalité entre 8,5 et 9 % de tests positifs. Ce qui veut dire que le couvre-feu initial n’a pas été strictement respecté durant les fêtes de Noël, mais nous nous y attendions. On savait que des gens allaient se regrouper et que cela circulerait un petit peu plus. Mais on n’a pas eu un rebond monstrueux », relève Chloé Diméglio.

Hausse des hospitalisations

Le couvre-feu mis en place en fin d’année correspondait à une contrainte de 38 % sur la circulation du virus, avec ce relâchement il a été en réalité de 37 %. Le laboratoire s’est ensuite intéressé à la période qui va 15 au 24 janvier, celle de l’avancé à 18 h du couvre-feu dans l’agglomération. Comme lors de la mise en place des premières mesures sanitaires, tous s’attendaient à voir diminuer le taux de tests positifs.

« En tenant compte de la dynamique précédente, du petit relâchement des vacances de Noël et le couvre-feu précédent, nous aurions dû atteindre les 10 % de tests positifs dans la première quinzaine de février. Mais entre le 20 et le 24 janvier, nous étions déjà à 10 % de tests positifs. Au lieu de retarder l’atteinte de ce seuil de 10 %, le couvre-feu l’a en fait avancé », poursuit la biostatisticienne.

Si seul le couvre-feu ne peut l’expliquer, le nombre d’hospitalisations est en tout cas dans l’ascenseur dans la Ville rose. Il y a quinze jours, les patients Covid-19 occupaient 119 lits au CHU. Ils sont désormais 159, dont 22 en réanimation et 28 en soins intensifs.

Pour le Pr Pierre Delobel, infectiologue, au CHU, ces données doivent être pondérées. « La modélisation montre que la montée a été plus vite que prévu. Si cela s’accélère à Toulouse, c’est aussi parce qu’il y a des clusters, des foyers d’infection. Ce sont deux phénomèhnes en parallèle, il n’y a pas de lien de causalité entre le couvre-feu et la hausse », explique le chef des maladies infectieuses et tropicales.

Certains pourraient y voir l’effet « variant ». Mais selon les études, il était présent à trop faible taux pour avoir encore une incidence. L’explication la plus plausible à cet effet serait peu-être à rechercher dans la concentration des activités sur certaines plages horaires. Comme les courses réalisées le soir en sortant du boulot qui se font désormais le week-end. Et tout le monde se retrouve ainsi au même endroit.