Coronavirus : Olivier Véran s’est-il contredit à propos du calendrier de vaccination en France ?

FAKE OFF Des internautes affirment que le ministre de la Santé s’est contredit en l’espace d’une journée à propos de la campagne de vaccination

Alexis Orsini
— 
Le ministre de la Santé, Olivier Véran, le 28 janvier 2021, à Paris. (illustration)
Le ministre de la Santé, Olivier Véran, le 28 janvier 2021, à Paris. (illustration) — Stephane Lemouton-POOL/SIPA
  • A force de multiplier les déclarations publiques, le ministre de la Santé s’est-il contredit sur le calendrier de vaccination anti-Covid-19 prévu par le gouvernement ?
  • Selon un montage relayé sur les réseaux sociaux, Olivier Véran aurait affirmé en l’espace de quelques heures que la France ne serait pas en mesure de vacciner ses publics fragiles d’ici à l’été, mais qu’elle pourrait vacciner 70 millions de personnes d’ici à fin août.
  • Le ministre a bien tenu ces propos le 21 janvier lors de deux prises de parole distinctes, sans se contredire pour autant, selon son cabinet, qui fait la différence entre « cible vaccinale » et « capacité de vaccination ».

« Olivier Véran a réussi l’exploit de se contredire en une seule journée ! » A en croire un visuel partagé sur Facebook et Twitter, le ministre de la Santé aurait lancé deux affirmations contraires à seulement quelques heures d’intervalle.

La première, prononcée le 21 janvier au matin, lors de son passage au Sénat : « La France pourrait ne pas avoir vacciné tous les publics fragiles d’ici à l’été ». Et la seconde, le soir même, sur le plateau du journal télévisé de TF1 : « Nous sommes en mesure de vacciner 70 millions de personnes d’ici à la fin août. »

De quoi laisser penser que le pays serait passé, en une demi-journée, d’un manque de doses pour ses citoyens les plus vulnérables au virus à un approvisionnement supérieur en nombre à ses 66,7 millions d’habitants.

FAKE OFF

Les deux citations prêtées à Olivier Véran sont authentiques : il les a bien tenues le 21 janvier. D’abord lors de son audition au Sénat sur la prolongation de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 1er juin, comme on peut le vérifier sur le site de Public Sénat et dans l’extrait vidéo concerné.

« Nous ciblons 15 millions de personnes vaccinées d’ici à avant l’été. Cela représente une grosse partie de la population à risque de formes graves. Quoique, si on ajoute toutes les personnes qui sont en maladies chroniques, plus les personnes âgées de 60 ans et plus, on est plus proche des 25 à 30 millions de personnes. Ce qui veut dire que même avec la meilleure organisation et tous les approvisionnements qui arriveraient en temps et en heure, nous ne pourrions avoir vacciné tous les publics fragiles d’ici à l’été », y affirmait le ministre de la Santé.

Le soir même, sur TF1, en réponse à une question de Gilles Bouleau sur la vaccination (à partir de 11’25 dans le replay) : « Ce qu’il est important que les Français sachent, c’est que nous sommes en mesure de vacciner 1,3, ou 1,4 million de Français à la fin du mois du fin de janvier. Probablement 4 millions à la fin du mois de février, 9 millions à la fin du mois de mars, 20 millions à la fin avril, 30 millions à la fin mai, 43 millions à la fin juin – ça monte ! - 57 millions à la fin du mois de juillet et 70 millions, c’est-à-dire la totalité de la population française, à la fin août. »

Contacté par 20 Minutes, le cabinet d’Olivier Véran assure que les deux projections avancées par le ministre ne sont pas contradictoires : « Il faut faire la différence entre la cible vaccinale et la capacité de vaccination. La cible vaccinale, comme pour toute campagne de vaccination, ce sont les personnes qu’il faut avoir absolument vaccinées pour les protéger d’un virus : cette cible représente 15 millions de personnes, comprenant des personnes très fragiles, âgées… »

Par ailleurs, « la capacité de vaccination, c’est le nombre de vaccinations que nous serons en mesure de faire compte tenu du calendrier d’approvisionnements des doses contractualisés avec les différents laboratoires, si chaque vaccin obtient bien son autorisation de mise sur le marché. Cette capacité est de 70 millions de vaccinations d’ici à la fin août, permettant de couvrir l’ensemble de la population », poursuit-il. Tout en rappelant « que les personnes les plus fragiles sont vaccinées en priorité [et qu’]à ce stade, les personnes éligibles et donc prioritaires pour la vaccination représentent un peu plus de 8 millions de personnes. »

Une projection particulièrement optimiste

Le cabinet du ministre de la Santé précise enfin que la capacité globale de 70 millions de vaccinations n’est pas synonyme d’obligation : « Cela ne veut pas dire que toute la population française va devoir se faire vacciner : les enfants ne sont pas à ce stade concernés, et l’adhésion à la vaccination n’est pas encore unanime. Mais que si nous avions à vacciner tout le monde, nous aurions les doses pour le faire. »

A condition que la France reçoive les doses de vaccins commandées en temps et en heure, comme le soulignait Olivier Véran sur TF1 : « [Tout cela dans le cas de figure où] la totalité des vaccins que nous avons commandé sont validés par les autorités sanitaires européennes et mondiales. »

Les pronostics du ministre de la Santé semblent toutefois particulièrement optimistes : le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, estimait pour sa part en début de semaine, dans Libération, que la France serait capable « de vacciner de l’ordre de 6 à 8 millions des personnes les plus fragiles et âgées d’ici à la mi-avril », et qu’elle pourrait « probablement vacciner 30 à 35 millions de personnes avant la fin de l’été. »

Soit moitié moins que les chiffres avancés par le ministre de la Santé à la même échéance… alors que le laboratoire Moderna vient d’annoncer qu’il livrera moins de doses que prévu à la France.