Mal-logement : « Mes parents payent mon loyer, je le vis comme un retour en arrière », confie Marc, 26 ans

CRISE Dans son rapport annuel paru ce lundi, la Fondation Abbé-Pierre révèle que 32 % des Français craignent de ne pas pouvoir payer leur loyer en 2021. Une situation que Marc vit déjà

Delphine Bancaud

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Un jeune seul chez lui.
Un jeune seul chez lui. — Pixabay
  • Le rapport sur le mal-logement de la Fondation Abbé-Pierre paru ce lundi souligne la difficulté croissante de certains Français à payer leur loyer à cause de la crise économique que nous traversons.
  • C’est ce qui arrive à Marc, 26 ans, qui n’avait pas fait assez d’heures avant la crise sanitaire pour pouvoir bénéficier du statut d’intermittent, et qui n’a plus suffisamment de revenus pour payer son loyer.
  • Depuis le mois d’août, ce sont ses parents qui s’en chargent.

Au début de l’année 2020, tout souriait à Marc*, Parisien de 26 ans. « Mon activité d’ingénieur du son et de régisseur d’orchestre, que j’avais démarrée quatre ans auparavant, commençait à bien marcher et j’avais des projets à long terme. Mais tout s’est arrêté avec le confinement. Je devais participer à la tournée d’un opéra en plein air pendant trois mois, elle a été annulée », se souvient-il en baissant les yeux.

Démarre alors une période de galère, où Marc court après la moindre opportunité professionnelle : « J’ai travaillé sur trois émissions de télévision depuis mars. J’ai effectué des missions d’intérim en tant que magasinier, travaillé pour l’entreprise d’un ami… » Mais ces jobs temporaires ne sont pas suffisants pour éviter la dégringolade financière.

Et pas trop moyen de compter sur les aides de l’Etat pour s’en sortir : « J’effectuais mon activité de régisseur sous le statut d’intermittent. Mais en mars, je n’avais effectué que 440 heures alors que pour avoir droit aux allocations-chômage, il faut justifier 507 heures. Et concernant mon activité d’ingénieur du son que j’effectuais par le biais d’une autoentreprise, j’ai touché trois fois 500 euros depuis mars. Et plus rien après, sans que je comprenne pourquoi. Je ne rentre dans aucune case », poursuit-il.

« Je ne vois pas un retour à une vie professionnelle normale avant 2022 »

Jour après jour, l’angoisse de Marc de ne pas pouvoir payer la part du loyer de sa colocation, de 750 €, est montée : « Mes économies m’ont permis de le faire jusqu’en juillet. Mais dès le mois d’août, mes parents ont pris le relais », explique-t-il. Un crève-cœur pour lui : « Le fait que mes parents payent mon loyer, je le vis comme un retour en arrière. C’est compliqué à accepter. D’ailleurs, j’ai mis longtemps à leur parler de mes problèmes financiers », confie-t-il.

Difficile pour Marc aussi de se projeter les prochains mois. Doit-il poursuivre son rêve de vivre de sa passion ou doit-il se réorienter par nécessité ? « Plusieurs amis qui bossaient dans la culture ont déjà bifurqué. Je prévois de faire des plans 3D pour un architecte ainsi que du développement d’enceintes. Car je n’ai aucune visibilité sur le démarrage des évènements culturels. Et je ne vois pas un retour à une vie professionnelle normale avant 2022. En attendant, il faut tenir ».

* Le prénom a été changé.