Coronavirus à Toulouse : Quel est le vrai impact de la crise sur Tisséo ?

TRANSPORTS Les modes de transport ont été transformés par le Covid-19, et les réseaux urbains doivent s’adapter. La crise sanitaire a coûté cher à Tisséo, en fréquentation et donc en recettes, avec des conséquences durables sur les transports en commun toulousains

Hélène Ménal
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La station de métro Capitole pendant le premier confinement.
La station de métro Capitole pendant le premier confinement. — F. Scheiber - Sipa
  • Le Covid-19 a bouleversé nos vies, et nos modes de transports. Les nouvelles municipalités élues en juin souhaitent aussi repenser la circulation dans les centres-villes, ce qui ne sera pas sans conséquence pour les projets futurs des réseaux urbains.
  • A Toulouse, la crise sanitaire a entraîné une baisse globale de 40 % de la fréquentation des transports en commun et une perte en billetterie de 46 millions d’euros pour Tisséo.
  • Sur le court terme, les confinements ont notamment ralenti le chantier du fameux téléphérique urbain.
  • Et, pour des raisons financières, la ligne 3 du métro est désormais annoncée pour 2028, avec trois ans de retard.

Il y a quelques semaines à peine, Tisséo recevait le « Pass d’Or », la palme d’or des trophées de la mobilité, pour la fréquentation record de son réseau… en 2019. Car, depuis, « patatras ». La crise sanitaire et les confinements successifs ont produit leurs sombres effets, vidé par intermittence les couloirs du métro de Toulouse et forcé les bus à rentrer plus tôt au dépôt.

Les 199 millions de validations de 2019 ne sont plus qu’un lointain souvenir. « Nous n’avons pas encore les chiffres consolidés pour 2020 mais on sait qu’on aura une baisse globale de fréquentation du réseau d’environ 40 % », indique Jean-Michel Lattes, le président de Tisséo Collectivités.

Les bus, moins dépendants de la vie festive et étudiante, ont un peu mieux résisté que le métro et le tram. Quant à faire des projections pour 2021, ce serait présomptueux. « Il y a tellement de paramètres qui entrent en ligne de compte : d’éventuels reconfinements, la poursuite du télétravail, les usagers qui ont repris la voiture ou se sont tournés vers le vélo, souligne l’élu. Mais selon le Groupement des autorités responsables de transport (Gart), la fréquentation des réseaux ne reviendra pas à son niveau antérieur avant 2023-24 ».

Moins de recettes et de rentrées fiscales

Et qui dit moins de voyageurs, dit forcément moins de recettes. Pour Tisséo, la perte sèche en billetterie a été de 46 millions d’euros en 2020. Mais comme rouler moins coûte aussi moins cher, l’un dans l’autre, l’impact du Covid-19 est de l’ordre de 36 millions d’euros. Le ralentissement de l’économie a aussi siphonné le « versement transport » (VT), cette taxe payée par les entreprises sur la base de leur masse salariale. Selon les premiers calculs de Sacha Briand, vice-président de Toulouse métropole chargé des finances, le manque à gagner serait de 35 millions en 2020 pour la collectivité, de 30 millions d’euros pour les deux années suivantes cumulées.

Petits réglages et grand re-phasages

Le coronavirus a déjà des conséquences tangibles sur les projets. Petites et grandes. Par exemple, la prolongation des horaires du métro le jeudi jusqu’à 3 heures du matin, annoncée pour la Tousaint 2019, a été reportée sine die. Les noctambules s’en remettront, ils ne sauraient pas où aller en ces temps de restrictions.

Plus voyant, le téléphérique urbain Téléo n’a pas débarqué sous le sapin de Noël. « Le chantier a d’abord été arrêté par le premier confinement, puis ralenti car il est extrêmement difficile de faire travailler plusieurs entreprises ensemble dans un protocole sanitaire strict », rappelle Jean-Michel Lattes. Le retard est technique, pas financier. Les premières cabines devraient tourner à blanc dès cet été et accueillir des voyageurs aux alentours de la rentrée scolaire.

En revanche, c’est bien l’argent évanoui au détour de la crise sanitaire qui est invoqué pour le rephasage de la ligne 3 du métro, le populaire projet phare de la décennie. Le chantier va démarrer comme prévu mais sa mise en service est désormais annoncée pour 2028, avec trois ans de retard.