Coronavirus à Bordeaux : Sur le réseau TBM, « on ne retrouvera pas tous les clients qu’on a perdus » prévient Keolis

TRANSPORTS Les modes de transport ont été transformés par le Covid-19, et les réseaux urbains doivent s’adapter. Selon une étude de l’Union des transports publics (UTP), 31 % des voyageurs comptent délaisser partiellement ou totalement le transport public

Mickaël Bosredon

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Tramway à Bordeaux
Tramway à Bordeaux — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Le Covid-19 a bouleversé nos vies, et nos modes de transports. Les nouvelles municipalités élues en juin souhaitent aussi repenser la circulation dans les centres-villes, ce qui ne sera pas sans conséquence pour les projets futurs des réseaux urbains.
  • A Bordeaux, la chute du trafic atteint 60 % en 2020 en raison de la crise du Covid-19.
  • Les acteurs du transport public insistent toutefois sur l’importance de maintenir une offre de qualité, pour faire revenir les voyageurs à l’issue de la crise.
  • Il faudra toutefois plusieurs mois, peut-être même plus, pour retrouver les niveaux de trafic d’avant, prévient-on chez Keolis.

La crise du Covid-19, va-t-elle renforcer l’utilisation de la voiture individuelle ? C’est la crainte de certains opérateurs de transport, notamment au regard des résultats de l’observatoire de la mobilité 2020, réalisé par l’Union des transports publics et ferroviaires. Il en ressort que « 31 % des voyageurs comptent délaisser partiellement ou totalement le transport public et se reporteraient à 29 % sur les modes actifs (marche, vélo…) et/ou la voiture individuelle (16 %). »

« On a tout intérêt à ce que le report modal vers la marche et vélo demeure, parce qu’il est vertueux pour la ville et pour les transports, analyse Aurélien Braud, directeur marketing de Keolis Bordeaux Métropole. En revanche, il y a un vrai risque de congestion sur les routes à la sortie de la crise », s’inquiète-t-il. « C’est un gros enjeu pour la métropole. »

« Le trafic reviendra avec l’offre »

Pour le directeur marketing de Keolis, il sera donc primordial de maintenir une offre de transport qualitative. « Il ne faut surtout pas se dire qu’il faut abaisser l’offre, sous prétexte qu’il y a actuellement 40 % de trafic en moins. Le trafic reviendra avec l’offre, et il faudra poursuivre les projets de transport pour continuer de favoriser le report modal. »

Si les contraintes financières pèseront dans les prochaines années dans les choix que devra faire Bordeaux Métropole, les élus assurent toutefois qu’ils ne dégraderont pas cette offre. « Il est évident que c’est en proposant des transports performants et adaptés, que la clientèle reviendra », abonde Béatrice de François, vice-présidente de Bordeaux Métropole, en charge des transports. D’autant plus, anticipe Aurélien Braud, que « les usagers n’accepteront plus de voyager dans les conditions qu’ils acceptaient auparavant, notamment dans les conditions de charge. »

« Nous vivons également une sorte de "démobilité" »

Reste à savoir d’ici combien de temps le réseau de Bordeaux Métropole retrouvera sa fréquentation d’avant la crise, qui avait atteint 179 millions de voyages en 2019, et qui s’est effondrée de 60 % en 2020 ? « Même quand tout redeviendra normal, il faudra encore plusieurs mois, voire une année, pour retrouver une bonne partie de la fréquentation du réseau », estime Aurélien Braud. « Et on ne retrouvera pas tous les clients qu’on a perdus, prévient-il, même si à terme le trafic, en volume, reviendra à son niveau d’avant, et le dépassera même, car la métropole va continuer de grandir. »

Pour Béatrice de François, « la baisse de fréquentation est surtout due aux étudiants qui ne sont plus en cours et aux télétravailleurs. Et notre grande interrogation repose sur le télétravail : va-t-il continuer, et à quel niveau ? Nous n’avons pas ces réponses pour le moment. » Le directeur marketing de Keolis Bordeaux ajoute toutefois que « d’autres habitudes ont été prises durant la crise » et que nous vivons également « une sorte de "démobilité", on se déplace moins. »

De plus, ajoute-t-il, « il y a un facteur encore plus embêtant pour nous, c’est cette défiance un peu irrationnelle, et injustifiée, sur la crise sanitaire dans les transports en commun. Alors même qu’on n’a jamais détecté de clusters dans les transports, pour la simple raison que c’est régulièrement aéré, et qu’il y a un très fort taux de port du masque. »

« Etendre la gamme des tarifs sociaux »

Pour Mathieu Obry, du syndicat CGT, « il y a une baisse de trafic, c’est indéniable, mais elle s’enregistre surtout le soir, notamment après 20 heures. En journée, il y a du monde quand même ! » Le représentant syndical reconnaît cependant qu’il faudra certainement relancer l’attractivité des transports à l’issue de la crise. Et pour lui, cela passera aussi par les tarifs. « Sans aller forcément jusqu’à la gratuité, je pense qu’une des solutions à explorer sera d’étendre la gamme des tarifs sociaux. »

« Il y a globalement une réflexion aujourd’hui, sur la façon dont nos déplacements vont évoluer, conclut Béatrice de François. Faut-il continuer à prendre le tram pour une station ? Que peut-on faire pour améliorer la marche, le vélo ? Chacun devra faire un effort de son côté, notamment pour essayer d’adapter ses horaires en fonction de la situation, et éviter d’emprunter les transports à l’heure de pointe quand ce n’est pas absolument nécessaire. » Le principal restant, pour la collectivité, de tout faire pour limiter au maximum les déplacements en voiture.