Moselle : Déprimée par son quotidien, une « étudiante fantôme » tourne des vidéos pour se « vider la tête »

INITIATIVE « J’ai un peu tout essayé, la lecture, le sport, la cuisine… Mais ça ne me permettait pas de me changer les idées », explique Louise Perette

Thibaut Gagnepain

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Louise Perette sur son lit devenu son lieu de travail.
Louise Perette sur son lit devenu son lieu de travail. — Louise Perette
  • Etudiante strasbourgeoise résidant à Metz, Louise Perette vit, comme beaucoup, mal le fait de devoir suivre ses cours en distanciel.
  • « Etre seule chez moi, ça ne me dérangeait pas du tout au début. Mais à force, les pensées s’enchaînent. J’ai vécu beaucoup d’insomnies, de remises en question sur l’avenir… », explique-t-elle.
  • Pour tenter d’aller mieux et montrer aussi à quoi ressemble sa vie « d’étudiante fantôme », elle poste depuis début décembre des vidéos sur YouTube.

« La vie d’étudiant, c’est facile, non ? Rester au lit, au chaud, chez soi. Rien de plus simple. Mais cette journée vous voyez, je la vis en boucle. » Voilà comment Louise Perette commence sa vidéo postée sur Youtube le 20 janvier. Durant cinq minutes, la jeune fille de 25 ans montre à quoi ressemble son quotidien d’élève qui suit des cours en distanciel.

La plupart du temps dans son lit donc et à regarder son écran où les cours s’enchaînent. « De 8h30 à 17h, avec une heure entre midi et deux pour manger », détaille l’étudiante en master de ressources humaines à l’Eucléa Business School de Strasbourg. Une ville où elle n’a même pas pu emménager, la faute au reconfinement d’octobre et à ce Covid-19.

« J’ai eu trois semaines en présentiel après notre rentrée début octobre mais l’école nous a vite dit qu’on allait repasser en distanciel alors j’ai gardé mon appartement à Metz », explique celle qui venait d’y boucler un DUT techniques de commercialisation. Elle s’imaginait découvrir un nouvel environnement, de nouveaux camarades etc. Rien de tout ça.

« Il faut dire aussi que je ne sors plus comme à mes 18 ans et que beaucoup de mes amis ont quitté la Moselle. Je me retrouve un peu seule ici et à Strasbourg, je n’ai pas vraiment eu le temps de sympathiser avec quelqu’un », précise-t-elle, toujours sans se plaindre.

« Je ne veux pas me victimiser »

Ce n’est d’ailleurs pas l’objet de sa vidéo, qu’elle a postée sous le pseudonyme de « Lighting Lou ». Son ton y est mesuré, posé, jamais catastrophiste. « Je ne suis pas en précarité financière et sais que certains vivent des situations bien pires que moi, mais ce n’est pas pour ça qu’il faut minimiser ma souffrance. Je ne veux pas me victimiser ou attirer la pitié, juste montrer ce qu’est devenue ma vie d’étudiante fantôme. »

Celle-ci a basculé « à la fin du premier confinement ». « Il y a une rupture qui n’a rien arrangé et je me suis sentie plonger alors que j’avais vécu la période plutôt bien. Etre seule chez moi, ça ne me dérangeait pas du tout au début. Mais à force, les pensées s’enchaînent. J’ai vécu beaucoup d’insomnies, de remises en question sur l’avenir… »

« J’ai un peu tout essayé »

Les consultations auprès d’une psychologue n’ont pas suffi. Depuis quelques mois, Louise Perette est sous « antidépresseurs et anxiolytiques ». Un traitement qu’elle tente d’accompagner par des activités. « J’ai un peu tout essayé, la lecture, le sport, la cuisine… Mais ça ne me permettait pas de me changer les idées. » D’où les vidéos, démarrées début décembre. Elle parle aussi bien de sa quête de cadeaux de Noël, que de son tatouage ou de ce quotidien « comme dans un mauvais rêve ».

« Je me fixe l’objectif d’une vidéo par semaine, ça m’oblige à faire quelque chose et ça me permet de me vider la tête. En plus, j’ai eu pas mal de retours d’autres étudiants qui me remerciaient car ils disaient vivre la même chose. J’étais contente mais aussi triste de voir ça », synthétise la jeune fille originaire de la Meuse. Avant vite de préciser : « Je ne veux pas faire carrière sur YouTube hein ! »

Plutôt retrouver une vie d’étudiante un peu plus normale. « Je voudrais enfin obtenir un stage, retourner en cours en présentiel, déménager à Strasbourg… Là, on n’a pas de date butoir, rien. J’ai l’impression d’être dans une cage. »