« Dès cette semaine, le service civique s’adapte pour être plus accessible aux étudiants », annonce Sarah El Haïry

INFO « 20 MINUTES » La secrétaire d’Etat à la jeunesse, Sarah El Haïry, explique à « 20 Minutes » comment le gouvernement compte booster encore ce dispositif en 2021

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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La secrétaire d’État Sarah El Haïry, chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, le 25/01/2021.
La secrétaire d’État Sarah El Haïry, chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, le 25/01/2021. — Romuald Meigneux / Sipa
  • A partir de cette semaine, les volontaires ne seront plus contraints d’effectuer 24 heures minimum par semaine de service civique, mais pourront adapter leur volume d’heures hebdomadaire en fonction de leurs contraintes, annonce à 20 Minutes la secrétaire d’Etat à la jeunesse, Sarah El Haïry.
  • Ce qui devrait permettre d’attirer plus d’étudiants.
  • Autre annonce : à partir de cette semaine, tous les boursiers recevront une bonification supplémentaire à leur indemnité de service civique.

Se rendre utile, partager, acquérir des compétences… Le service civique a 10 ans cette année, et en cette période de crise sanitaire où de nombreux jeunes souffrent de la solitude et de la diminution de leurs activités, il représente plus que jamais une opportunité.

La secrétaire d’Etat chargée de la jeunesse, Sarah El Haïry , annonce à 20 Minutes une réforme du service civique, laquelle vise à faciliter l’engagement des jeunes.

La durée du service civique est de 24 heures minimum sur 6 jours, mais vous voulez offrir davantage de flexibilité horaire afin de permettre aux jeunes de s’engager. Pouvez-vous nous l’expliquer ?

La loi imposait aux jeunes qui effectuaient un service civique de se consacrer au moins 24 heures par semaine à cette mission, ce qui rendait difficile l’engagement de certains, notamment les étudiants. Aujourd’hui, nous voulons, avec Jean-Michel Blanquer [ministre de l’Education nationale], leur apporter des réponses. Car en cette période de pandémie, ils souhaitent plus que jamais se sentir utiles

A partir de cette semaine, le service civique s’adapte pour être plus accessible aux étudiants. Il n’y aura plus cette contrainte horaire hebdomadaire. Un jeune engagé pourra par exemple consacrer 10 à 15 heures à son service civique une semaine où il a cours et effectuer plus de 24 heures la semaine d’après lorsqu’il sera en vacances. Cela permettra à davantage de jeunes, et notamment des étudiants, de participer à leur rythme à une mission de service public sur une période de 6 à 8 mois, tout en cassant ce sentiment d’isolement qu’ils éprouvent souvent en ce moment.

Combien d’étudiants comptez-vous attirer par ce biais ?

Actuellement, ils sont 45.000 à effectuer un service civique. Nous espérons doubler leur nombre en 2021. Cela correspond au besoin de sens qu’ils expriment. Ils ont envie d’être acteurs de notre quotidien​. Cela leur apportera également un soutien financier, car une mission de service civique est indemnisée.

La secrétaire d’État Sarah El Haïry, chargée de la Jeunesse et de l’Engagement.
La secrétaire d’État Sarah El Haïry, chargée de la Jeunesse et de l’Engagement. - Romuald Meigneux / Sipa

Justement, pourquoi n’avez-vous pas décidé d’augmenter la rémunération du service civique, à l’heure où la précarité des jeunes augmente ?

Un volontaire touche 580 euros mensuels. Et jusqu’alors, les boursiers des échelons 5, 6 ou 7 touchaient en plus 108 euros. Je vous annonce qu’à partir de cette semaine, ces 108 euros supplémentaires seront versés à tous les boursiers, quel que soit leur échelon. Par ailleurs, je rappelle que l’indemnité de service civique n’est pas prise en compte dans le calcul de la bourse. C’est un soutien financier en plus.

Voulez-vous attirer d’autres publics ?

Il n’y a pas une jeunesse en France, mais des jeunesses. Le service civique est accessible à tous, comme le montrent les derniers chiffres : un quart des volontaires ont moins que le bac, 40 % ont le bac ou équivalent et un gros tiers ont plus que le bac. Et si en 2019, 1.250 volontaires étaient en situation de handicap, nous avons l’objectif de doubler leur nombre d’ici à 2022, en facilitant le financement des aménagements nécessaires dans les organismes qui les accueillent.

Le 14 juillet dernier, Emmanuel Macron a annoncé que 100.000 missions supplémentaires seraient financées d’ici à 2021. N’est-ce pas un peu ambitieux ?

C’est une avancée historique pour fêter les 10 ans du service civique. Le budget qui lui sera consacré va passer de 508 millions d’euros en 2020 à 868 millions en 2021. Au total, 245.000 missions seront proposées en 2021. Aujourd’hui, 65.000 sont déjà pourvues, il en reste 180.000 pour nos jeunes C’est ambitieux, mais si comme moi, on croit à la France des héros du quotidien, on les atteindra. Car le service civique est une des plus belles inventions des dix dernières années.

Et depuis septembre, j’effectue un tour de France tous les jeudis et vendredis, à la rencontre des associations et des collectivités pour leur vanter les mérites du service civique. Beaucoup d’entre elles ne savent pas que l’indemnité versée aux volontaires l’est par l’Etat. Il y a encore un vivier énorme à conquérir. Quant aux volontaires, on devrait les trouver sans problème puisque l’an dernier, on a compté trois candidatures en moyenne par offre.

La secrétaire d’État Sarah El Haïry, chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, le 25/01/2021.
La secrétaire d’État Sarah El Haïry, chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, le 25/01/2021. - Romuald Meigneux / Sipa

Comment faire en sorte qu’en période de crise, le service civique ne se substitue pas au salariat ?

Aucune mission n’est validée par l’agence du service civique si elle ressemble à un emploi. Nous avons établi une grille d’évaluation de 60 critères définissant ce que doit être une mission de service civique, qui doit être avant tout d’intérêt général. Malgré cela, certains jeunes alertent l’agence lorsqu’ils sont étonnés par la nature de la mission qui leur a été confiée. Nous sommes également vigilants à l’égard des opérateurs qui recrutent toujours le même profil de jeunes plusieurs années de suite. En cas de suspicion, une équipe de l’agence est chargée de faire des contrôles.

Les missions de service civique ont-elles changé depuis la crise sanitaire ?

Certaines se sont adaptées, car la nécessité de renforcer le lien social et la solidarité s’est fait ressentir. Les personnes âgées ayant exprimé un fort besoin de contacts avec les plus jeunes, 10.000 missions de service civique vont ainsi être créées en Ehpad cette année. Certains bénévoles âgés s’étant mis en retrait, les associations caritatives ont recruté davantage de jeunes en service civique pour effectuer des distributions alimentaires. D’autres volontaires ont été enrôlés pour épauler des étudiants dans les résidences universitaires, pour accompagner les agriculteurs impactés par la crise du coronavirus, pour sensibiliser la population aux gestes barrières, pour initier les seniors aux outils numériques…

Avant le confinement, 75 % des volontaires étaient en emploi ou en formation 4 à 8 mois après cette expérience. Cela risque-t-il de changer avec la crise ?

Quelle que soit la situation économique, le service civique sera toujours un tremplin pour trouver une formation, une vocation ou un emploi. On ressort toujours grandi d’une telle expérience et on a davantage confiance en soi. Par ailleurs, nous travaillons avec Frédérique Vidal [Enseignement supérieur] et Jean-Michel Blanquer à la manière dont nous pourrions davantage valoriser ces missions sur Parcoursup, afin qu’elles puissent être mieux prises en compte lorsqu’un jeune postule à une formation.