Agression de Yuriy : Quelle réalité derrière les phénomènes de bandes ?

BANDES RIVALES Alors que l’adolescent est toujours dans un état grave, les enquêteurs privilégient la piste d’une rivalité entre bandes rivales. On en dénombre une quinzaine actuellement dans Paris, selon la préfecture de police

Caroline Politi

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La dalle Beaugrenelle où Youriy, 15 ans, a été lynchée par une dizaine d'individus
La dalle Beaugrenelle où Youriy, 15 ans, a été lynchée par une dizaine d'individus — Houpline Renard/SIPA
  • Yuriy, 15 ans, a été agressé à la sortie du lycée et laissé pour mort le 15 janvier dernier.
  • Si aucune piste n’est écartée, l’hypothèse d’un règlement de compte entre bandes rivales est privilégiée.
  • Une quinzaine de bandes actives sont actuellement recensées dans la capitale.

La vidéo est d’une violence inouïe : une dizaine de personnes, tout de noir vêtues, s’acharnent sur Yuriy, un ado de 15 ans, pourtant à terre. Coups de pied, de poing, de béquille et de ce qui s’apparente à un marteau au niveau de la tête. C’était le 15 janvier, sur la dalle Beaugrenelle, dans le 15e arrondissement de Paris. L’adolescent, qui souffre de multiples fractures, notamment au crâne, est toujours dans un état critique. Peu à peu l’enquête se précise. Et si aucune interpellation n’a eu lieu à ce stade, les enquêteurs penchent pour un règlement de compte entre bandes rivales, en l’occurrence entre celles de Beaugrenelle et de Vanves, une commune voisine des Hauts-de-Seine. Et ce, d'autant qu'un tournevis a été retrouvé dans la poche de la victime.

Une seconde vidéo – non datée – publiée ce week-end a alimenté cette hypothèse. On y aperçoit un jeune garçon le visage ensanglanté, victimes de coups et d’insultes. « Tu vas revenir sur la dalle ? », interroge un de ces agresseurs. Est-ce le premier acte de cette tragédie ? L’hypothèse est en tout cas en train d’être explorée par les enquêteurs du 3e district de police judiciaire, en charge des investigations. Une quinzaine de bandes active sont actuellement répertoriées dans la capitale, un chiffre stable depuis plusieurs années. « Ce sont des groupes bien identifiés d’au moins trois personnes qui sont dans une logique d’appropriation du territoire », précise à 20 Minutes Laëtitia Vallar, la porte-parole de la préfecture de police de Paris.

Les réseaux sociaux comme catalyseur de la violence

A ces bandes, s’ajoutent d’autres groupes beaucoup moins stables, qui se forment et se déforment de manière opportune, au rythme des querelles. Selon nos informations, les deux bandes impliquées dans la rixe qui a conduit au lynchage de Yuriy seraient de celles-ci.

« On est face à un phénomène spontané ou un groupe de jeunes du même quartier vont se rassembler autour d’un différend pendant quelques jours ou semaines », poursuit Yvan Assioma, secrétaire Ile-de-France du syndicat Alliance. Bien loin donc de l’image galvaudée des gangs américains avec meneur, serment d’allégeance ou pacte de loyauté. Et si la logique géographique est primordiale – tous viennent généralement d’un même quartier – les affrontements ne sont pas obligatoirement liés au contrôle d’un territoire. « De plus en plus, les réseaux sociaux font office de catalyseur de la violence et des différends pour des motifs futiles, une histoire de cœur ou un mauvais regard par exemple, peuvent prendre des proportions très importantes », précise Laëtitia Vallar.

Si l’on s’en tient strictement aux chiffres, cette délinquance aurait tendance à perdre de l’ampleur ces dernières années. En cinq ans, le nombre de phénomènes violents attribués à ces rivalités – notamment les rixes – a baissé de 47,7 % à Paris, passant de 159 actes recensés en 2016 à 89 en 2019 et 83 en 2020, preuve qu’il ne s’agit pas là d’un biais statistique lié au confinement. Mais cette baisse quantitative n’est pas synonyme d’une diminution de la violence. Si les armes à feu restent relativement rares lors de ces affrontements, les armes blanches et par destination – bâtons, marteau, mobilier urbain – sont devenues la norme.

Âge moyen : 17 ans et 2 mois

Au cours de ces trois dernières années, une dizaine de jeunes, dans leur grande majorité mineure, sont décédés au cours de ces affrontements. Le dernier, il y a quasiment un an jour pour jour, avait 14 ans. Il est mort poignardé. C’est bien là l’une des spécificités du phénomène : le jeune âge des membres des bandes. Parmi les 187 personnes interpellées en 2020 en lien avec ces rivalités, 126 étaient mineurs. Âge moyen, selon la préfecture : 17 ans et 2 mois, principalement des garçons. Depuis 2010, cinq policiers spécialisés travaillent à plein temps sur cette question au sein de la préfecture de police. En une dizaine d’années, ils ont observé un net rajeunissement des participants. Jusqu’en 2015 environ, la plupart étaient de jeunes adultes.

Le phénomène a beau être bien connu, il reste néanmoins difficile à prévenir, notamment à cause de son aspect spontané. A Paris, un partenariat a été noué avec le parquet, l’Education nationale et la Ville pour prendre en compte ses différents aspects. « Dans certains lieux qu’on sait susceptibles d’être le lieu de ces rixes, la présence policière est renforcée, l’aménagement urbain est adapté : les grilles autour des arbres sont scellées, l’éclairage est renforcé », détaille la porte-parole de la préfecture de police tout en reconnaissant que la mobilité de ces groupes rend la tâche compliquée.